A Mayotte, l’aide difficile aux «invisibles», démunis face au Covid-19

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Face à la crise sanitaire et aux difficultés rencontrées lors de cet enfermement, les associations se sont mobilisées pour venir en aide aux quartiers et bidonvilles défavorisés, où une partie des habitants vivent de l’économie informelle pour survivre. Bacar Soundi, coordonne les actions de l’association humanitaire

Nous avons commencé à mettre en place des actions à partir du 14 mars, d’abord sous forme de colis alimentaires livrés par l’association Humanity First France. Il s’agissait de produits de base tels que des pâtes, de l’huile, du savon, que nous avons distribués aux familles pauvres. Une vingtaine de bénévoles se sont rendus disponibles sur le terrain et nous avons pu aider plus de 400 ménages, soit environ 2 000 personnes.

Nous avons également sensibilisé les gens qui n’y croyaient pas trop, qui ont banalisé la maladie. Nous avons expliqué comment respecter les gestes de barrière, comment se protéger, protéger ses proches et les personnes fragiles: en s’éloignant à deux pas, en se lavant régulièrement les mains et en portant un masque. De plus, à la demande de la Préfecture et avec d’autres associations locales, nous distribuons des chèques de service. Cela a permis à 3 500 familles de bénéficier d’une assistance durant cette période très compliquée.


“Le coronavirus chevauche une épidémie de dengue”

Nos actions sont concentrées au sud de Mayotte. Chaque fois, nous prenons contact avec les référents locaux des villages et des districts pour savoir qui sont les personnes les plus démunies et faire passer les messages de prévention.

Au début de la crise, certains messages ne se sont pas bien passés, notamment dans les quartiers où les gens ne parlent pas bien le français. Maintenant, c’est mieux, notamment grâce au déploiement d’associations et de CCAS (centres d’action sociale communaux). Il y a encore des gens qui banalisent la maladie car elle recouvre une épidémie de dengue: cela fait parfois dire aux gens qu’il n’y a pas de coronavirus mais seulement de la dengue. Nous essayons de leur dire qu’il y a les deux et que nous devons respecter les barrières.


Nous sommes allés dans des quartiers dits difficiles, déjà difficiles d’accès, sans électricité, sans eau potable. Les quartiers de ceux que nous appelons “l’invisible”. La crise sanitaire de Covid-19 a aggravé leurs difficultés. Certains habitants de ces quartiers ne sont pas connus de l’État, ne reçoivent ni prestations sociales ni assistance. Nous sommes intervenus sans distinction: auprès de familles isolées, qu’elles soient en situation régulière ou irrégulière.

Selon la chaîne Mayotte, au 1er, dix associations ont été sélectionnées par la préfecture de Mayotte pour distribuer des colis alimentaires et des chèques alimentaires d’une valeur de 35 euros l’unité.


Pour Bacar Soundi, cette aide était la bienvenue, mais il a également observé d’autres problèmes, tels que l’enfermement impossible:

L’accès aux soins de santé est compliqué dans ces quartiers et villages: nous avons vu des enfants malades et handicapés. Ce sont souvent des personnes en situation irrégulière qui ne se traitent pas correctement, ne vont pas voir un médecin. Nous avons expliqué autant que possible que vous devriez vous rendre à l’hôpital si vous présentez des symptômes du coronavirus.

Il est également impossible d’imposer le confinement: certaines personnes vivent dans des maisons en tôle, sans eau, au chaud et au soleil. J’ai été frappé de voir des femmes avec plusieurs enfants, sans l’autre parent. Ce sont des familles qui vivent dans des conditions déplorables. Parfois, nous revenons deux ou trois fois dans des quartiers où les besoins sont grands.

Un système de santé fragile

Le 28 mai, l’archipel comptait 1 670 cas confirmés et 21 décès depuis le début de la crise de Covid-19. La situation semble s’améliorer avec une baisse du nombre de nouveaux cas par jour, mais le directeur de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Mayotte, Dominique Voynet, ancien ministre de l’Environnement, restait inquiet en début de semaine.

Lundi 25 mai, elle a évoqué des sources de contamination “inquiétantes, dans des quartiers précaires” et a indiqué que le nombre de tests avait diminué ces derniers jours, en raison notamment d’un manque de réactifs (les produits utilisés dans les tests pour révéler la présence du virus) dans le seul laboratoire privé de l’île. “L’épidémie n’est pas derrière nous”, a-t-elle averti.

Dans son avis rendu en avril, le conseil scientifique avait classé Mayotte dans une “catégorie à part”. Depuis le début de l’année, le département a connu une épidémie de dengue qui a fait une quinzaine de morts et qui est toujours active avec environ 3 000 cas confirmés. Mayotte est également un département fragilisé par une mauvaise offre sanitaire: selon le journal Le Monde, il existe 18 médecins de ville pour 279 000 habitants officiellement répertoriés par l’Insee.

Pour soulager le seul hôpital de Mayotte, une quarantaine de patients ont bénéficié d’une évacuation médicale du Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) vers La Réunion. Un module de réanimation militaire, composé de dix lits, est également déployé. Dans un communiqué de presse du 28 mai, la préfecture de Mayotte a annoncé l’arrivée de 25 professionnels des services de santé de l’armée pour renforcer les équipes de réanimation du CHM ainsi que la réception de matériel médical. Le 19 mai, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, s’était déjà rendue à Mayotte avec six tonnes de matériel médical.

Le 25 mai, le préfet de Mayotte a annoncé la réouverture des écoles et des lieux de culte à Mayotte. Mais ce déconfinement très progressif, ainsi que le passage dans la zone orange du département, n’empêche pas Bacar Soundi de rester sur ses gardes:

Nous poursuivons nos actions sur le terrain et, même si Mayotte est désormais dans la zone orange et que les restrictions se relâchent, nous restons prudents. Je pense même que les gens doivent être plus vigilants qu’auparavant, pour éviter une éventuelle reprise de l’épidémie.



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