Après le Covid-19, le Ségur de la santé fait le «coup de grâce» aux sages-femmes

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En première ligne lors du pic d’épidémie de Covid-19, les sages-femmes se sentent oubliées par les accords du Ségur de la santé. Une «occasion manquée» de reconnaître ce métier, pourtant mobilisé au quotidien pour la santé des femmes. Reportage à la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis.


Adrien Gantois, sage-femme et président du Collège national des sages-femmes de France, 25 juillet 2020, à la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis). © Sarah Leduc, France 24

Parcours avec flèches colorées, distances de sécurité, trois salles d’attente spacieuses: une pour les femmes enceintes, une pour les patients présentant des symptômes de Covid-19 et une dernière pour les patientes «classiques». L’équipe de quatre sages-femmes, dont deux échographistes, et quatre médecins généralistes a tout fait pour garantir un climat sécurisé et serein à la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis (93).

Samedi 25 juillet, Adrien Gantois, sage-femme, reçoit son premier patient à 9h15 avec le sourire et la détente. Il l’appelle par son prénom, la connaît et connaît son dossier par cœur. C’est une première grossesse et chaque patiente mérite d’être entourée, écoutée et rassurée. «Ici, j’ai une totale confiance, je recommande même la maison à mes patients», explique France 24 Malyza, elle-même médecin généraliste, venue de Montreuil.

Dans cette mairie, située dans le département le plus pauvre de France, les soignants aiment la proximité avec leurs patients, le suivi à moyen et long terme et les «histoires» individuelles. Il n’est pas rare d’entendre que vous ne travaillez pas dans le “9-3” par hasard. Tout ici est donc fait pour protéger les femmes des turpitudes extérieures.

“Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des accoucheuses”

Cependant, depuis la signature des accords Ségur de la santé le 13 juillet, Adrien Gantois serre les dents. Comme la plupart de ses collègues sages-femmes, il se sent «méprisé» par Ségur. Certes, la profession bénéficiera d’une réévaluation de 183 euros net par mois. Mais cette augmentation est ajustée à celle des professions paramédicales, tandis que les sages-femmes font partie des professions médicales, comme les médecins et les dentistes.

«Le Ségur a été l’occasion de reconnaître le métier de sage-femme et de le promouvoir à sa juste valeur. C’est un échec», regrette Adrien Gantois, sage-femme exerçant en privé depuis 6 ans et président du Collège national des sages-femmes. femmes de France. «Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des sages-femmes. Mais nous avons évolué dans la formation et les compétences», insiste-t-il.

Les sages-femmes subissent cinq années d’études, dont une année de médecine, puis quatre autres se spécialisant en gynécologie et obstétrique. Ils peuvent alors assurer les accouchements à l’hôpital et à domicile, mais aussi les suivis de grossesse, les soins post-partum, l’avortement médicamenteux, la contraception ou le suivi gynécologique. Et bien sûr, diagnostiquer les urgences.

Samedi, en milieu de matinée, de fortes larmes viennent déchirer la quiétude de la petite maison de Pré-Saint-Gervais. Derrière les portes closes, la détresse d’une femme enceinte est palpable. Adrien Gantois vient de déceler un cou trop ouvert, synonyme de risque d’accoucher trop tôt. Le diagnostic est confirmé par échographie. Moins de dix minutes plus tard, la Samu transporte la patiente aux urgences de sa maternité. “Son dossier est déjà transféré”, a déclaré Adrien Gantois lorsque la pression s’est calmée. “La clé du succès est là: il faut travailler main dans la main avec les hôpitaux. Rationaliser les parcours de soins. Et cela aussi a échappé à Ségur, qui n’avait pas l’ambition de réformer le système”, regrette-t-il.

La profession non représentée à Ségur

«Ce Ségur est une honte», ajoute-t-il, soulevant un autre point qui le fait se hérisser. «Le fait que les sages-femmes soient oubliées est une faute politique et symbolique qui en dit long sur le patriarcat en France», affirme-t-il. “Les sages-femmes sont respectées dans les pays les plus avancés en termes d’égalité des sexes, où l’importance de la santé des femmes est reconnue.”

Même analyse de Cécile Caze, coordinatrice sage-femme du réseau périnatal Seine-Saint-Denis. «Nous sommes à 98% une profession féminine et en plus nous nous occupons des femmes: c’est une double peine!», Ironise-t-elle. Elle déplore le manque de poids politique de la profession qui ne rassemble «que» 24 000 personnes en France (contre plus de 700 000 infirmières). Outre la non-reconnaissance de leur statut, elle déplore leur exclusion des négociations de Ségur.

«Quand Olivier Véran dit que les revalorisations sont le résultat de négociations syndicales, il faut rappeler que les syndicats de sages-femmes n’ont pas pu siéger à Ségur et que les syndicats généraux ne reconnaissent pas la singularité de notre métier», précise-t-elle, en réponse au ministre de la Santé qui a assuré à France 2 le 22 juillet que “les sages-femmes ne sont pas du tout oubliées”.

Sages-femmes, “roseaux dans la tempête” de Covid-19

La pilule est d’autant plus difficile à avaler que, comme d’autres corps médicaux, les sages-femmes sont sur le pont depuis le début de la crise Covid-19. «Les femmes n’arrêtent pas d’accoucher pendant le Covid», poursuit Cécile Caze, qui a participé, comme Adrien Gantois, à la cellule nationale opérationnelle de crise tout au long de la détention.

Située en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus touchés par Covid-19 pendant le pic de la crise sanitaire, avec plus de 200 cas de patientes enceintes diagnostiquées positives au virus, la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais a effectué sa mission sans interruption. «On a tout donné», assure Adrien Gantois: rédaction d’un protocole, mise en place de téléconsultation, poursuite des soins d’urgence et échographies avec les moyens à portée de main – masques achetés en pharmacie, robes de cantine mises à disposition par la mairie et charlottes remises par un cabinet de kinésithérapie… «Nous étions comme des roseaux dans la tempête», s’enflamme Adrien. Mais les femmes ont pu s’y accrocher.

Diagnostiquée positive au Covid-19 en février, six mois et demi avant sa grossesse, Rebecca a d’abord été référée aux urgences puis a bénéficié d’une préparation à l’accouchement par téléconsultation et des soins en face à face nécessaires: “a expliqué que le risque de transmission fœtale était minime, je me suis accrochée à cette idée. Les sages-femmes m’ont rassurée », explique-t-elle en quittant sa consultation de suivi post-partum.

Besoin de repos et de reconnaissance

Fin juillet, alors que la Seine-Saint-Denis est de retour au-dessus du seuil de vigilance pour Covid-19 – avec un taux d’incidence de 10,1 contaminations pour 100000 habitants enregistré dans la semaine du 6 au 12 juillet, ce qui n’était plus arrivé depuis la fin de mai – les sages-femmes confirment qu’elles ressentent un “frisson”. Ils disent qu’ils sont plus préparés qu’en mars dernier. Plus fatigué aussi.

Depuis le déconfinement, les consultations ont repris dans des conditions sanitaires contraignantes et l’horaire n’est pas vide de femmes enceintes: “La future génération de l’accouchement”, rigole Adrien, dont on ne voit que les yeux bleus souriants, au-dessus du masque. Mais il ne cache pas son épuisement. “J’ai besoin de repos pour pouvoir m’assurer en cas de deuxième vague. J’ai aussi besoin d’un peu de recul car le Segur a été le coup de grâce. Si nous nous en tirons mal, nous ne pouvons pas assurer un suivi de bonne qualité. comprendre les ministères. “



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