Au Cameroun, la lutte contre le Covid-19 relance la guerre des chefs

0
59



Publié le: Modifié:

Le président camerounais Paul Biya et son principal adversaire Maurice Kamto ont trouvé de nouveaux terrains d’affrontement grâce à la pandémie de Covid-19.

La lutte contre le coronavirus a relancé au Cameroun une guerre des chefs qui a débuté dans les urnes il y a près de deux ans, entre l’indestructible Paul Biya et son principal adversaire, Maurice Kamto, qui se proclame “président élu”.

La pandémie n’a pas favorisé une trêve politique comme dans d’autres pays du continent. Même si le Cameroun, avec officiellement plus de 5 300 contaminations par Covid-19 et près de 180 décès fin mai, est l’un des pays les plus touchés d’Afrique subsaharienne.

Au contraire, la confrontation entre le pouvoir de Paul Biya et le parti de Maurice Kamto se durcit, “chacun instrumentalisant la lutte contre l’épidémie”, souligne pour l’AFP le politologue camerounais Sévérin Tchokonte.

>> Voir: Coronavirus, le défi africain: enquête sur l’évolution de la pandémie sur le continent

Dirigé depuis trente-sept ans par le président Paul Biya, le Cameroun est plongé dans une crise politique depuis la réélection en octobre 2018 du chef de l’Etat, âgé de 87 ans.

Sa victoire est toujours contestée par Maurice Kamto, son rival, qui avait lancé des manifestations pacifiques après les élections avant d’être emprisonné pendant neuf mois puis relâché sous la pression internationale.

Assez effacé depuis sa sortie de prison en octobre, il semble avoir repris depuis le début de l’épidémie au Cameroun mi-mars. Assisté involontairement par un chef d’État étrangement absent qui a attendu plus de deux mois avant de parler publiquement à la télévision du coronavirus.

Opération de collecte de fonds lancée par l’opposant Kamto

Fin mars, Maurice Kamto lui a lancé un ultimatum, lui demandant de s’adresser aux Camerounais avant sept jours. “Dans le contexte actuel de grave danger pour la nation, son silence n’est pas seulement irresponsable, il devient criminel”, s’attaque l’adversaire.

Trois semaines plus tard, il a même annoncé qu’il avait lancé un processus pour déclarer la vacance au pouvoir. Dans le processus, Maurice Kamto a lancé une opération appelée Survie-Cameroun Survival Initiative (SCSI) pour lever des fonds pour la lutte contre le coronavirus.

Cela “a provoqué une tension dans le gouvernement qui l’a vu comme une affirmation de l’échec du système de réponse national”, commente Sévérin Tchokonte.

>> Voir: Covid-19 au Cameroun: le pays a choisi la chloroquine

Parce que la gestion de la crise par Yaoundé est assaillie par les critiques. Dès lors, les autorités ont tout fait pour empêcher l’initiative. Depuis début mai, une dizaine de volontaires du SCSI ont été arrêtés pour avoir distribué, “selon la police”, illégalement, des masques et du gel hydroalcoolique.

Le gouvernement avait déjà empêché la levée de fonds également qualifiée d ‘”illégale” en ordonnant fin avril aux opérateurs de téléphonie mobile de fermer les comptes recevant les dons. Et la police judiciaire a ouvert une enquête notamment pour “blanchiment d’argent” visant deux proches de Maurice Kamto responsable du SCSI.

“Le parti au pouvoir au Cameroun utilise la pandémie pour régler des comptes et punir l’opposition”, a déclaré l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW).

“La survie ou la continuité du régime dépend de sa capacité à contrôler ou à neutraliser la MRC”

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto “mène des actions confuses qui le mettent dans le piège de la politisation” de la lutte contre le coronavirus, argumente un responsable du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du Camerounais (RDPC), Jean-Baptiste Atemengue.

“Celui qui a construit son illégitimité est M. Biya lui-même”, rétorque Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, offensé par la “criminalisation d’une action humanitaire en faveur des personnes en danger”.

Pour Sévérin Tchokonte, “la survie ou la continuité du régime dépend de sa capacité à contrôler ou à neutraliser la MRC: c’est la raison pour laquelle, chaque fois que la MRC prend une initiative, systématiquement, le gouvernement réagit”.

>> Voir: “Le Cameroun n’a jamais atteint un tel niveau de violence politique” déclare l’opposant Maurice Kamto

D’autres partis d’opposition ont lancé des actions contre le coronavirus, sans être ciblés par le gouvernement.

Après plus de deux mois de silence, Paul Biya s’est finalement adressé à son peuple dans un discours télévisé le 19 mai, appelant à une “union sacrée” face au coronavirus.

Dans le même temps, Maurice Kamto s’exprimait également devant la caméra en direct sur sa page Facebook, pour dénoncer “les agressions barbares et répétées du régime en place” contre son initiative.

Le gouvernement a décidé d’assouplir les restrictions sur la fermeture des frontières, les restaurants et les bars, et les écoles devraient également rouvrir lundi. Ces décisions font déjà grincer une partie de l’opinion publique et de l’opposition, Maurice Kamto dénonçant une “gestion catastrophique” de la crise.

Avec AFP



Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici