au Cameroun, la méthode Raoult érigée en protocole d’État

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Alors que le débat fait rage en France autour de la méthode du professeur Raoult, qui préconise un mélange de chloroquine (antipaludique) et d’azithromycine (antibiotique) pour traiter les patients atteints de Covid-19, certains pays africains ont, entre-temps, pris ses recommandations très au sérieux. C’est le cas du Cameroun, qui a adopté le traitement du professeur français.

“Aucun traitement ne s’est encore révélé efficace.” Lors de son discours sur la stratégie de déconfinement, le 28 avril, Édouard Philippe a clairement réaffirmé la position de la France. Alors que le débat autour du protocole du professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille, continue de diviser la communauté médicale, le gouvernement, bien qu’ayant autorisé le traitement de manière très encadrée pour les cas sévères, affiche son scepticisme quant à l’association de la bithérapie chloroquine (antipaludique), ou son dérivé hydroxychloroquine, et azithromycine (antibiotique contre les infections pulmonaires, ORL et amygdalite) pour traiter les patients atteints de Covid-19.

Alors que certains professionnels français jugent le traitement trop toxique et doutent de son efficacité, de nombreux pays africains, déjà habitués aux antipaludéens, ont tranché la question en faveur du professeur marseillais. C’est notamment le cas au Cameroun, qui a adopté la bithérapie de Didier Raoult.

Si le pays a accru sa connaissance des épidémies suite au passage d’Ebola dans la région, sa capacité médicale reste limitée et un scénario européen, avec une augmentation des cas graves, pourrait provoquer une catastrophe. Mi-mars, lorsque l’épidémie commence à se propager sur le territoire, et que les pays européens, déjà durement touchés, lancent des plans de confinement, la première vidéo du Dr Didier Raoult vantant l’efficacité de son protocole est largement relayée sur les réseaux sociaux camerounais, suscitant d’immenses espoirs. Dans un pays où une partie de la population a encore des difficultés importantes d’accès aux soins de santé, la perspective d’un traitement basé sur des médicaments accessibles, peu coûteux et familiers apparaît alors comme une bénédiction.

Un protocole chloroquine

Le 27 mars, dans une circulaire du ministère de la Santé, le conseil scientifique a proposé de généraliser le traitement à la chloroquine. Jugé “prometteur”, il pourrait réduire la charge virale et la contagiosité même si le groupe de scientifiques reconnaît un “manque de preuves”. Enfin, le conseil a souhaité l’associer, comme le recommandait Didier Raoult, à l’azithromycine pour éviter les risques d’infections secondaires. Le 9 avril, le protocole est validé pour la prise en charge de tous types de patients testés positifs, asymptomatiques, en prévention, aux patients souffrant d’infections sévères.

«Avec l’arrivée des premiers cas, les cliniciens ont été tentés d’essayer des protocoles individuellement et il a fallu donner des instructions claires et rapides pour organiser la réponse» explique le Dr Alain Etoundi, directeur du contrôle des maladies, des épidémies et des pandémies au ministère camerounais de la Santé , interviewé par France 24.

“La question de la toxicité supposée de la chloroquine a été abordée et rejetée par le conseil. Pour l’instant, les résultats qui nous parviennent semblent satisfaisants, mais l’évaluation du traitement continue”, précise-t-il.

Une image de “héros national”

Le Pr William Ngatchou est chirurgien cardiovasculaire à l’Hôpital général de Douala, capitale économique du Cameroun. Lorsqu’on lui demande s’il connaît le professeur Raoult, il acquiesce d’un ton amusé: “Tout le monde connaît le professeur Raoult au Cameroun! Certains le considèrent même comme un héros national”. Comme de nombreux professionnels de santé du pays, William Ngatchou considère que l’efficacité de la bithérapie associant antipaludique et antibiotique a été prouvée: “Cela fait presque deux mois que ce protocole est utilisé pour les patients atteints de Covid-19. J” J’ai moi-même vu des améliorations significatives chez les patients avec son utilisation et le débat autour des effets secondaires de la chloroquine me semble très exagéré “.

Sept semaines après la détection du premier cas sur le sol camerounais, le bilan de contamination communiqué par le gouvernement est d’environ 2 000. La progression du virus semble, comme dans de nombreux pays africains, beaucoup plus lente que ne l’indiquent les modèles. Cependant, affirme Alain Etoundi, le traitement n’est qu’un élément d’une politique de santé mondiale et il est beaucoup trop tôt pour proclamer la victoire: «Nous sommes dans une phase de montée de la maladie et le pic n n’est pas encore atteint. Tout est encore possible “.

Problèmes d’approvisionnement et explosion du marché noir

Outre une décision de santé publique, le choix de la bithérapie représente un défi logistique au Cameroun. Car si elle a été massivement utilisée dans le pays à un moment donné, cela fait plusieurs décennies que la chloroquine a perdu son efficacité pour lutter contre le paludisme et a été remplacée par d’autres médicaments plus efficaces. “Les stocks étaient complètement épuisés, nous avons dû passer de grosses commandes à l’étranger et relancer une production industrielle nationale”, explique Alain Etoundi.

Au Cameroun, des hôpitaux publics ont été sélectionnés pour centraliser les patients de Covid-19. En théorie, les stocks de chloroquine et d’azithromycine y sont suffisants, même si une source au sein des services médicaux, contactée par France 24, nous a signalé des cas ponctuels de pénurie. Mais la situation est plus complexe dans le secteur pharmaceutique. Très important au Cameroun, les pharmacies privées jouent parfois le rôle de médecin, et elles ne sont pas autorisées à vendre de la chloroquine.

“Dès que nous avons commencé à parler de la maladie, en mars, beaucoup de gens voulaient acheter des stocks de chloroquine, certains agressivement. D’autres sont venus essayer de nous vendre”, explique un pharmacien pharmacien dans un quartier populaire de Douala, contacté par France 24 “Ici, la demande de traitement Covid explose, nous avons augmenté nos ventes d’azithromycine de quatre entre mars et avril. Comme nous n’avons pas de chloroquine, les clients se sont tournés vers les antipaludéens voisins comme Artequin, qui est déjà en rupture de stock chez les grossistes”, a-t-elle expliqué. continue.

Le marché de la drogue noire, déjà florissant en temps normal au Cameroun, augmente fortement avec la crise des coronavirus. Les autorités ont déjà émis plusieurs alertes concernant la circulation de fausse chloroquine au sein du réseau de santé.

Enfin, un autre sujet inquiète le gouvernement, la disparition de l’hydroxychloroquine, le dérivé de la chloroquine, également recommandé par le Pr Raoult, jusqu’alors vendu en vente libre en pharmacie et très peu utilisé car réservé au traitement de maladies très spécifiques (polyarthrite rhumatoïde et lupus) ). “Les étagères ont été dévaluées très rapidement, mais les patients dépendent de ces médicaments. Ils se retrouvent aujourd’hui privés et il faut trouver des solutions pour les protéger”, déplore Alain Etoundi.


Un document des services de santé camerounais met en garde contre la fausse chloroquine en circulation. © Lanacome



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