«Aujourd’hui, les ressources fauniques sont mieux gérées grâce aux efforts exceptionnels consentis par l’Etat qui a doté le secteur de moyens humains, matériels et financiers», déclare le Lieutenant-colonel Hamissou Halilou Malam Garba – Le Sahel

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Colonel, la préservation des réserves fauniques demande un investissement durable. Qu’est-ce qui a été fait pour la conservation, la gestion, le suivi et le contrôle du potentiel faunique de notre pays ?

Au sortir du sommet planétaire de Rio de Janeiro au Brésil de 1992 avec l’adoption des trois (3) conventions dont la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), le secteur de la faune a connu de profondes mutations. Plusieurs systèmes de gestion des ressources fauniques ont été expérimentés au Niger grâce à l’adoption de la loi 98-07 du 29 avril 1998 fixant le Régime de la Chasse et de la Protection de la Faune.

Cela est passé d’abord par la création du cadre institutionnel notamment les structures appropriées de gestion des ressources naturelles de la biodiversité telles que le Ministère de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine et du Développement Durable (MESU/DD) et ses démembrements comme la Direction Générale des Eaux et Forêts (DGEF) et une direction technique nationale, la Direction de la Faune, de la Chasse, de Parcs et Réserves (DFC/PR). Cette réorganisation du secteur a permis l’élaboration et l’adoption de certains textes législatifs et réglementaires pour une véritable prise en charge des actions de gestion et conservation des ressources fauniques dont la réhabilitation des Aires Protégées (AP) qui sont leurs derniers refuges.

Ensuite, des politiques, stratégies et plans d’actions ont été adoptés dans ce domaine afin d’accompagner et encadrer les structures dans la mise en œuvre de toutes ces philosophies d’intervention. Il y’a aussi l’élaboration et la mise en place des outils et dispositifs de gestion des aires protégées telles que les Unités de Gestion des Aires Protégées (UGAP) au niveau des Aires protégées (AP) qui n’en ont pas et l’amélioration ou le renforcement des capacités de celles qui existent ; la création de mécanismes de financement durable des AP tels que les fonds fiduciaires pour sécuriser le financement des actions de gestion et de conservation des AP ; la cogestion des aires protégées avec tous les acteurs concernés dont les communautés locales riveraines, etc.

C’est ainsi que des états de lieux de la faune ont été effectués à travers les inventaires ou les dénombrements afin d’évaluer le capital disponible. Aussi, avec l’augmentation de l’effectif du personnel du cadre des Eaux et Forêts consécutifs aux différents recrutements d’agents forestiers réalisés, des conservateurs ont été nommés à la tête des Unités de Gestion (UGAP) de chacune des neuf (9) aires protégées fauniques du Niger. L’effectif de ces UGAP est passé parfois de 0 agent à 20, 30, 40 voire 50 agents des Eaux et Forêts pour la gestion, la protection, la conservation et la valorisation de ces ressources.

On sait que le Niger partage des aires protégées avec d’autres pays, qu’est-ce qui est fait dans ce domaine ?

Au niveau bilatéral, depuis 1986, le Niger, le Bénin et le Burkina Faso ont signé un ‘’Accord Tripartite’’ N° 06956 du 04 juillet 1986 de lutte anti-braconnage entre la République Populaire du Bénin, le Burkina Faso et la République du Niger jetant la base de la gestion régionale des aires protégées contiguës et leurs ressources naturelles transfrontières. L’Accord relatif à la Gestion Concertée de la Réserve de Biosphère transfrontalière du ‘’W’’ d’octobre 2008 et de celui de 2017 pour la gestion concertée des Parcs ‘’W-Arly-Pendjari (WAP) entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger a consacré la gestion commune des Aires Protégées Transfrontalières et la mise en place d’un mécanisme de financement durable de ces ressources naturelles à travers la Fondation des Savanes Ouest Africaines (FSOA). Enfin, le Niger est aujourd’hui entrain d’expérimenter un autre système de gestion des Aires Protégées dans le cadre du Partenariat Publique Privé (PPP) par l’octroi d’une délégation de gestion de la Réserve Naturelle Nationale du Termit et du Tin – Toumma (RNNTT) à des structures privées comme il en est le cas dans la sous – région. Les prochaines années nous édifieront après l’évaluation de cette innovation.

Aujourd’hui, les ressources fauniques sont mieux gérées grâce à ces efforts exceptionnels consentis par l’Etat qui a doté le secteur des moyens humains, matériels et financiers. Des partenaires techniques et financiers (PTF) se sont également intéressés à cette démarche en l’accompagnant dans cette œuvre de sauvegarde de la biodiversité. Cela a abouti à des

reconnaissances internationales de certains sites par l’obtention de labels de bonne gouvernance tels que le Bien du Patrimoine Mondial de l’Humanité, les Réserves de Biosphère, les Sites Ramsar en tant que Zone Humide d’Importance Internationale.

Les réserves fauniques au Niger sont ces dernières années menacées en raison des activités anthropiques et des perturbations climatiques, quelles sont les principales actions phares entreprises par le gouvernement pour la sauvegarde de la diversité biologique dans les différentes réserves fauniques?

Pour préserver les ressources fauniques face aux activités anthropiques néfastes et aux dérèglements climatiques, le gouvernement pour la première fois en 2014 et 2015 a octroyé rien qu’au secteur de la faune et des aires protégées fauniques, des allocations budgétaires respectivement de 200 millions de FCFA et 100 millions CFA en vue de faire face à toutes les pressions. C’est dans ce cadre que certaines UGAP ont été dotées en moyens matériels roulants (véhicules 4 x 4, Motos Cross, vélos, pirogues et une quantité importante de carburant) ; les matériels informatiques (ordinateurs fixes, portables et imprimantes, et leurs consommables) ; le matériel technique (GPS, appareils météorologiques portatifs, appareils photos numériques, les cameras-pièges, jumelles), l’alimentation des agents lors des missions de patrouille de Lutte Anti – Braconnage (LAB). Ce renforcement des capacités opérationnelles des UGAP a permis de redynamiser les sections de protection et surveillance au sein des aires protégées à travers l’organisation régulière de la LAB, la lutte contre le pâturage illégal, la pêche illégale, les feux de brousse sauvage et toutes les autres infractions tendant à dégrader les ressources naturelles de la biodiversité de ces aires protégées.

La création de nouvelles Aires Protégées ou leur labellisation, la contribution au classement de certaines espèces fauniques menacées dans les annexes de la Convention CITES ou de la Convention CMS.

Le Niger a ratifié la CDB et ses instruments dont le plan stratégique qui sert de cadre flexible pour la mise en place d’objectifs nationaux et régionaux et favorise la mise en œuvre cohérente et efficace des trois objectifs de la convention. Ce plan stratégique comprend une vision partagée, une mission, des buts stratégiques et 20 objectifs ambitieux mais réalisables, nommés «Objectifs d’Aichi» particulièrement les objectifs 11 et 12 qui concernent la conservation des Aires Protégées et le ralentissement de l’extinction de certaines espèces de biodiversité menacées.

L’accompagnement des communautés locales riveraines des Aires Protégées et de certains acteurs de gestion concernés par la réduction de leur pression sur ces ressources naturelles de la biodiversité notamment les ressources fauniques par la mise en œuvre des Activités Génératrices de Revenus (AGR), le renforcement du PPP par l’octroi des concessions touristiques ou de chasse, les actions d’information, de formation et sensibilisation.

Aussi, le Niger est signataire de l’accord de Paris sur le Changement et les variabilités climatiques. Par conséquent, il souscrit à toutes les politiques, stratégies et plans d’actions relatif à l’amélioration de la résilience des populations face aux changements climatiques, crises et catastrophes par l’amélioration de l’efficacité des mécanismes d’anticipation et de coordination des interventions en situation d’urgence, la contribution aux réponses appropriées et adaptées dans les situations d’urgence.

Il est illusoire de penser au développement de la faune sans des espaces fauniques sécurisés, quelle est la politique du Niger dans le domaine de la faune ?

La politique du Niger dans ce domaine est la sanctuarisation des ressources naturelles fauniques à travers la création des aires protégées, leur labellisation et leur valorisation. Cela a pour objectif d’une part, de sécuriser les ressources fauniques ou les espèces par rapport à leur domaine vital, leur niche écologique pour leur pérennité et leur développement et, d’autre part éviter les conflits de tout genre que leur présence pourrait engendrer dans la zone. Les conflits homme-faune (CHF) sont souvent à la base de la disparition de la plupart des espèces fauniques dans un milieu. La préservation, la conservation et la réintroduction des ressources fauniques emblématiques dans leur biotope d’origine, constitue une alternative à la gestion de la faune.

En revanche, la création et l’amodiation des zones chasse où c’est possible, l’organisation et l’encadrement de la chasse sportive dans les zones cynégétiques ou dans les zones banales contribuera à la réduction des pressions constatées sur les aires protégées et sur les ressources fauniques. Cela contribuera au renforcement de la conservation de la biodiversité faunique grâce à cette forme de valorisation de la faune qui est la chasse sportive.

Jusqu’à une époque récente, la faune nigérienne était riche en diversité biologique. Aujourd’hui, plusieurs espèces sauvages sont soit en voie de disparition ou ont carrément disparu, est-il possible de voir le retour de ces espèces ? Si oui comment ?

Jusqu’à présent, le Niger est un bon élève en matière de gestion et conservation de la grande faune mammalienne. En dépit de la disparition de certaines espèces fauniques, le pays recèle d’importantes ressources fauniques emblématiques dont certaines espèces sont les derniers spécimens vivant en liberté au monde dans la nature.

Parmi ces espèces on peut citer la dernière population d’espèces de girafes (Giraffa camelo pardalis peralta) d’Afrique de l’ouest présente au Niger avec un effectif de près de 700 individus ; la gazelle dama (Nanger dama dama) dite «Mena» emblème des équipes sportives nationales du Niger. Le Niger abrite deux (2) des trois (3) métapopulations vivant en liberté au monde. Il s’agit d’un groupe d’environ 20 individus sur le Mont Takoulkouzat, dans la Réserve Naturelle Nationale de l’Aïr et du Ténéré (RNNAT) et un 2ème groupe pour un effectif d’environ 30 individus dans la Réserve Naturelle Nationale du Termit et du Tin- Toumma (RNNTT) ; et enfin, l’Addax (Addax nasomaculatus), une population de plus ou moins 60 individus dans le désert du Tin – Toumma. A celles – là, il faut ajouter la présence de bien d’autres espèces fauniques telles que le lamantin (Trichechussenegalensis), le lycaon (Lycaon pictus), le guépard (Acinonyxjubatushecki), le lion (Panthera leo), mais qui sont menacées d’extinction.

Des espèces comme l’autruche à cou rouge (Sthruthiocameluscamelus) présente seulement en

captivité et l’Oryx (Oryx dammah) qui a systématiquement disparu du Niger vers les années 80, des possibilités de leur réintroduction dans leur milieu naturel existent. Il suffirait de réactiver le dossier de projet de réintroduction de cette espèce dans la Réserve de biosphère de Gadabédji, élaboré par le Niger en 2010 et soumis aux Émirats Arabes Unis comme ce fût le cas au Tchad. Quant à l’autruche à cou rouge, un élevage de reconstitution de l’effectif de cette espèce a été entamé depuis quelques années à Iférouane grâce au soutien de l’Etat et de l’ONG- GAGE, et un autre élevage beaucoup plus suivi a démarré à Kellé et Maïné – Soroa par l’ONG «Sahara Conservation Fund (SCF)» dans le but de produire beaucoup d’oiseaux et procéder à des lâchées dans la nature dans un bref délai.

Donc, il est bel et bien possible de voir un jour le retour de ces espèces dans leur milieu naturel d’où elles ont disparu comme ça a été le cas de la translocation de la girafe en 2018 dans la Réserve de biosphère de Gadabédji.

Pour un meilleur équilibre écologique, il va falloir concilier la nature et l’homme, qu’en pensez-vous ?

Le Niger l’a compris depuis les années 90 en impliquant davantage les populations locales dans la gestion des ressources naturelles de la biodiversité. La reprise des activités cynégétiques à travers l’ouverture de la chasse en 1998 fermée depuis 1972.

Mieux, la désignation de trois (3) aires protégées à savoir le Parc Régional du W du Niger (PRW/N), la RNNAT et la Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG) respectivement en 1996, 1997 et 2017 en Réserve de biosphère dans le cadre du Programme Intergouvernemental «Man And Biospher (MAB) » ou ‘’Programme de l’Homme sur la Biosphère’’ de l’UNESCO procède de cette philosophie. Ce programme met l’Homme au centre des préoccupations grâce à une gestion concertée et un zonage des ressources naturelles des réserves de biosphères. En effet, les réserves de la biosphère sont des sites d’excellence pour tester les approches novatrices du développement durable où se combinent connaissances scientifiques et modes de gouvernance visant à réduire la perte de la biodiversité, améliorer les moyens de subsistance des populations, favoriser les conditions sociales, économiques et culturelles essentielles à la viabilité du modèle de développement.

Réalisé par Hassane Daouda(onep)



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