“Benjamin Netanyahu n’a pas l’intention de démissionner”

0
26



Publié le:

Hausse de la contamination par Covid-19, crise économique, suspicion de corruption … Des milliers de manifestants sont à nouveau descendus dans les rues de plusieurs villes israéliennes samedi pour exiger la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Un mouvement d’ampleur déchiffré par le géopolitologue Frédéric Encel.

Depuis plusieurs semaines, des milliers d’Israéliens sont descendus dans la rue pour manifester contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ils appellent à sa démission en raison de sa gestion de l’épidémie de Covid-19, qui se développe dans le pays, et des soupçons de corruption qui pèsent sur lui.

Le samedi 1er août, des manifestations ont de nouveau eu lieu dans plusieurs villes du pays contre le chef du gouvernement. Certains manifestants se sont même rassemblés devant la résidence de Benjamin Netanyahu à Jérusalem. Pour comprendre les enjeux de cette mobilisation, qui s’est accélérée en juillet, France 24 a interviewé Frédéric Encel, géopolitologue et maître de conférences à Sciences Po Paris.

France 24: Depuis de nombreuses semaines, des milliers de manifestants anti-Netanyahu se sont mobilisés dans les rues du pays. Quel est leur profil et quelles sont leurs motivations?

Frédéric Encel: Contrairement à ce que l’on pourrait penser, en raison du contexte de crise économique provoqué par la situation sanitaire, la majorité des manifestants ne sont pas issus des couches les plus populaires. Et il ne faut pas non plus croire que ces manifestations reposent uniquement sur la crise sociale ou la gestion de l’épidémie de coronavirus. Au fond, les personnes qui se sont mobilisées, en particulier des membres de la petite ou moyenne bourgeoisie, eux-mêmes marqués par la crise, sont descendus dans la rue pour exprimer leur rejet, voire parfois leur détestation, du personnage de Benjamin Netanyahu, plus que pour protester contre son économie. stratégie ou sa politique envers les Palestiniens. Quelle que soit la génération des manifestants, il s’agit d’une question personnelle dans le sens où ils considèrent le Premier ministre, qui fait face à trois mises en accusation pour des accusations très graves, comme un dirigeant corrompu, prévaricateur et népotiste. Et ce, sans compter l’attrition du pouvoir, après douze ans à la tête du gouvernement. Pour résumer, ils expriment un certain marre de Benjamin Netanyahu, au pouvoir sans interruption depuis 2009.

Ce mouvement peut-il avoir des conséquences politiques?

Les manifestations peuvent durer et même prendre de l’ampleur, mais elles risquent surtout de devenir lettre morte car Benjamin Netanyahu n’a pas l’intention de démissionner. Certainement pas après avoir réussi à se maintenir démocratiquement au pouvoir, en étant mal mais malgré tout réélu, c’est le jeu de la démocratie israélienne. Son gouvernement est en place depuis 18 mois, et a priori, sauf cataclysme politique, il a très peu de chances de tomber. Plus encore que son principal rival, Benny Gantz est désormais son partenaire principal. Cependant, en dehors de cette coalition, Benny Gantz ne pèse plus très lourdement sur l’échiquier depuis sa défection du mouvement Bleu Blanc, dont il était la tête d’affiche des dernières élections législatives. Avec maintenant moins de 15 députés, il est très faible politiquement et ne constitue plus une menace pour Benjamin Netanyahu.

Quel impact ces manifestations peuvent-elles avoir sur l’image de Benjamin Netanyahu, déjà ternie par les procès?

Fort de son expérience, après tant d’années en politique, Benjamin Netanyahu ne se soucie plus de son image, d’autant plus qu’il devrait démissionner dans quinze mois. C’est une personne insubmersible qui maîtrise tellement son image et sa communication. Il le démontre en se faisant réélire presque à chaque fois malgré de mauvaises nouvelles, notamment sur le plan juridique. Je pense que ces manifestations sont certes gênantes pour son image, mais elles n’auront qu’un impact limité sur son image, sachant qu’il a connu une plus mauvaise mobilisation, notamment avec les grèves et le grand conflit social de 1996.



Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici