Bordeaux, ancien port esclavagiste, poursuit dans ses rues son travail de mémoire

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Bordeaux a apposé, ce jeudi, des plaques explicatives dans cinq rues au nom des trafiquants d’esclaves, un effort pour se souvenir des militants antiracistes salués même si, au milieu du mouvement Black Lives Matter, certains voudraient aller plus loin.

Alors que les statues de marchands d’esclaves ou d’anciens colons sont déboulonnées à Bristol, Boston ou Miami, Bordeaux préfère la “pédagogie mémorielle”. Cet ancien port d’esclaves, l’un des plus grands d’Europe, a apposé, le 11 juin, des plaques explicatives sur cinq rues au nom des trafiquants d’esclaves.

Pour la rue David-Gradis (1665-1751), une plaque explique qu’il a armé dix navires pour la traite négrière mais qu’il a également acheté un terrain qui est devenu le premier cimetière juif de la ville. “C’est pour cette raison et parce que ses descendants étaient aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue.”

“Le racisme est né de la traite des esclaves”, a déclaré Marik Fetouh, maire adjoint responsable de l’égalité et de la lutte contre la discrimination. “Le racisme est là pour justifier le commerce humain et la classification entre supérieur et inférieur.”

Comme Nantes ou La Rochelle, la capitale girondine a prospéré grâce à la traite négrière, avec 508 expéditions d’esclaves, mais aussi au commerce lucratif des produits coloniaux produits par les esclaves. De 1672 à 1837, 120 000 à 150 000 esclaves africains sont déportés vers les Amériques par des armateurs bordelais.

Un effort de mémoire commencé il y a dix ans

Ces cinq plaques s’inscrivent dans un effort de mémoire qui a commencé il y a une dizaine d’années, après un “voyage mémoriel” dans la ville, des salles dédiées à l’esclavage au Musée d’Aquitaine ou l’installation d’une ‘statue de Modeste Testas, esclave déporté à Saint-Domingue.

“Les actions que la ville de Bordeaux a mises en place ces dernières années ont été fortes”, admet Karfa Diallo, fondatrice de Mémoires et Partages, une association qui pousse les politiques locales depuis vingt ans à faire face à cette ombre. .

Karfa Diallo aimerait maintenant que l’initiative couvre une vingtaine de rues, dont “ceux qui vivaient en esclavage, qui possédaient des plantations coloniales en Amérique”.

“Renommer une rue”

Début juin, il avait adressé une “lettre ouverte” aux candidats municipaux des anciens ports négriers de Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Marseille, ainsi qu’à Biarritz, où il dénonçait un quartier appelé La Négresse.

“Il est urgent de renommer, ou du moins d’expliquer et de contextualiser, la centaine de rues, places, quartiers et monuments qui en France violent les principes républicains et nourrissent la méchante bête du racisme”, écrit-il.

Mais aujourd’hui, pense-t-il, les récents mouvements antiracistes “exigent qu’un symbole tombe”, a-t-il dit, demandant “que nous renommions une rue” dans ces villes. Nous devons “répondre à l’impatience de cette jeunesse qui nous secoue”, dit-il.

Avec AFP



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