Cédéao: discours du président Issoufou Mahamadou à l’ouverture du sommet extraordinaire sur covid-19

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EXCELLENCES GENTLEMEN CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT,

LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE,

LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE LA CEDEAO,

LE REPRÉSENTANT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES

POUR L’AFRIQUE DE L’OUEST ET LE SAHEL,

MESDAMES ET MESSIEURS,

Permettez-moi de souhaiter une chaleureuse bienvenue à ce sommet extraordinaire. Merci pour votre participation malgré votre calendrier que je connais très chargé.

Permettez-moi également de saluer la présence parmi nous du Président Umaro Sissoco Embalo qui participe pour la première fois à notre conférence. Je le félicite pour sa brillante élection à l’occasion de la récente élection présidentielle en Guinée Bissau.

Mesdames et Messieurs,

C’est la première fois de son histoire qu’un sommet de notre organisation se tient par visioconférence. Cela suffit à lui seul pour comprendre que les circonstances qui nous ont obligés à le faire sont extrêmement graves.

Il y a quelques mois, personne ne pouvait imaginer que tout finirait brusquement: le travail, l’économie, la vie sociale. Personne ne pouvait imaginer que toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes de tous les pays du monde seraient fermées. Ces mesures n’ont pas été dictées par la survenue d’une guerre mondiale mais par un virus, le covid 19. Apparu en décembre 2019, il affecte désormais tous les pays et tous les continents. La crise sanitaire qu’elle a engendrée a des conséquences humaines, sociales et économiques dont nous sommes loin de pouvoir mesurer l’ampleur.

Au niveau humain, plus de 2,6 millions de personnes étaient infectées dans le monde au 22 avril 2020. Il y a eu plus de 180 000 décès à la même date.

Socialement, la pauvreté s’aggravera, le nombre de personnes exposées à la faim doublera, le chômage et les inégalités augmenteront.

Sur le plan économique, le monde connaîtra une crise sans précédent depuis celle de 1929.

Mesdames et Messieurs,

Déjà secouée par le défi sécuritaire, notre région, comme toutes les autres régions du monde, n’a pas été épargnée par cette pandémie. Elle a enregistré le premier cas de Covid 19 le 28 février 2020 et depuis lors, le virus s’est propagé à un rythme exponentiel. Au 22 avril, 5 574 personnes étaient infectées dans tous les pays membres et 147 personnes étaient décédées. Permettez-moi, en votre nom, de souhaiter un prompt rétablissement aux personnes infectées et de présenter nos sincères condoléances aux familles endeuillées. Je vous demande d’observer une minute de silence à la mémoire des disparus.

Permettez-moi de saluer et de féliciter tous les pays membres de notre organisation pour les mesures fermes et appropriées qu’ils ont prises pour endiguer la crise sanitaire et ses conséquences sociales et économiques. Les réponses nationales que nous avons mises en place doivent être agrégées dans un plan de réponse régional conformément aux principes fondateurs de notre organisation, à savoir:

– solidarité et autosuffisance collective

– coopération interétatique, harmonisation des politiques et intégration des programmes

– règlement pacifique des différends entre États membres, coopération active entre pays voisins et promotion d’un environnement pacifique comme condition préalable au développement économique

– répartition juste et équitable des coûts et avantages de la coopération et de l’intégration économique.

Sur la base de ces principes, le plan d’intervention en cas de pandémie devrait mettre l’accent, entre autres:

– en matière de santé: sur la production et la fourniture massives de masques à porter, sur le renforcement de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), sur l’opérationnalisation des Institutions Nationales de Coordination (INC) en charge de la lutte contre les maladies et prévention dans tous les pays membres, sur l’intensification de la lutte contre les faux médicaments dans notre région, sur la coopération sanitaire aux frontières des pays membres, sur la gestion harmonisée des lieux de culte etc….

– au niveau socio-économique: sur la mise en œuvre d’un plan de soutien aux personnes et ménages vulnérables permettant l’accès aux nécessités de base, sur l’adoption de mesures de soutien fiscal aux entreprises du secteur formel et informel, en particulier les PME, sur la facilitation des la circulation des marchandises, notamment les nécessités, sur les mesures nécessaires à prendre en vue d’annuler la dette des pays membres et au-delà des pays de l’ensemble de notre continent.

C’est le lieu de saluer et de féliciter les Nations Unies, l’Union africaine, le G20, le FMI, la Banque mondiale, la BAD, pour les initiatives déjà prises mais il faut aller plus loin.

Dans le cadre de l’UA, nous devons coopérer avec d’autres régions afin de concevoir et mettre en œuvre un plan de réponse continental.

Mesdames et Messieurs,

Les différents plans d’intervention en cas de pandémie doivent être prolongés par des plans post-pandémie. Notre région doit mettre en place un groupe de travail technique pour réfléchir à l’impact socio-économique et aux conditions d’une reprise post-crise. Ce groupe doit nous proposer un plan d’investissement communautaire qui doit répondre aux contraintes structurelles. Ce plan d’investissement prioritaire doit lever définitivement les contraintes structurelles de l’industrialisation nécessaire, condition sine qua none de notre émergence économique à travers notamment:

– maîtrise des facteurs de production: énergie, transport, NTIC

– la création de pôles industriels visant à transformer les avantages comparatifs de chaque pays. A titre d’illustration, on peut prospecter les industries du chocolat, du café, de la viande, du riz, du textile, de la pétrochimie.

– modernisation et transformation de l’agriculture

– la création de centres d’éducation et de santé de référence dans la zone

– la création de champions régionaux dans les domaines de la finance, de la logistique, de l’aviation pour n’en citer que quelques-uns.

Ce plan doit donc se concentrer sur le renforcement de notre intégration et au-delà sur la contribution de notre région à l’accélération de la mise en œuvre de l’agenda 2063, sur sa contribution à la conception et à la mise en œuvre d’une nouvelle gouvernance politique et économique mondiale. En effet, avec la mondialisation, toutes les conditions sont réunies pour que l’effet papillon joue à plein régime. De petites causes auront de plus en plus de conséquences importantes. Le vase est plein et toute goutte d’eau peut facilement le déborder. Les méga risques, notamment les risques sanitaires et climatiques, seront de plus en plus fréquents.

Nous devons donc tous partager équitablement les risques et les avantages de la mondialisation. C’est pourquoi nous devons gérer notre planète avec prudence. C’est pourquoi un nouveau paradigme de gouvernance mondiale est nécessaire. La dignité, l’égalité, la justice et la solidarité sont parmi d’autres valeurs qui doivent fonder cette gouvernance. J’en appelle donc à la prise en compte de ces valeurs. J’appelle en particulier à l’annulation de la dette des pays en développement.

C’est sur ces appels que je déclare ouverts les travaux de ce sommet extraordinaire.

Je vous remercie.





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