délocaliser l’industrie en France, mission impossible?

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Les appels à délocaliser la production industrielle se sont multipliés depuis le début de la pandémie de Covid-19 pour réduire la dépendance à l’égard des pays asiatiques. Mais la mettre en pratique est difficile, comme l’illustre le cas du constructeur automobile Renault, qui supprimera des emplois en France.

Face à la pandémie de Covid-19, la mondialisation de l’économie, à l’œuvre depuis 30 ans, a montré ses limites. L’épidémie de coronavirus a fait prendre conscience de la dépendance de la France vis-à-vis des pays émergents, et surtout de ses conséquences en temps de crise.

Souvent considérée comme un engouement souverainiste, la question d’une délocalisation stratégique des industries fait son chemin dans le débat public, alors que le moment est venu de réfléchir au «prochain monde». Le cas de Renault montre cependant que la délocalisation des industries en France est loin d’être gagnée. Le plan annoncé par son PDG le 29 mai va plutôt dans le sens d’un renforcement de la délocalisation de la production.

Le président Emmanuel Macron, ardent défenseur de l’intégration de la France dans la mondialisation économique l’a martelé fin mars: “Il faut produire plus en France, sur notre sol. Le lendemain ne sera pas comme le jour du premier, il faut reconstruire notre souveraineté nationale et européenne. “

Même le Medef, le syndicat patronal, défend l’idée. Dans son plan de relance présenté le 28 mai, il a indiqué vouloir “initier une politique de délocalisation ciblée des industries stratégiques en France et en Europe, avec la santé en priorité”.

Dans le domaine automobile, un premier test pour le gouvernement

Le gouvernement veut coupler son plan de relance économique avec la délocalisation des industries. Avec le secteur automobile, durement touché par la crise du Covid-19, il passe son premier crash test. En échange du soutien de l’Etat français à hauteur de 8 milliards d’euros accordés au secteur (dont 5 milliards pour Renault sans augmenter sa participation au capital de l’ancienne direction), Emmanuel Macron a demandé “une série” d’engagements forts qui consistent à délocaliser la production à valeur ajoutée en France et à consolider et maintenir la production industrielle sur nos sites ».

Cependant, malgré les bonnes intentions du gouvernement, Renault, l’un des fleurons français, a annoncé vendredi 29 mai, la perte de près de 4 600 emplois en France, sur 48 000, dans le cadre d’un plan d’épargne. 2 milliards d’euros sur trois ans. Les employés de l’usine de Maubeuge (Nord), où le constructeur automobile fabrique les équipements électriques Kangoo, se sont immédiatement mis en grève lorsque la production devait être transférée à Douai, à 70 kilomètres de là.

Si Emmanuel Macron a conditionné son plan d’accompagnement du constructeur à des garanties pour les salariés, le cas de Renault souligne la difficulté de mettre en œuvre une politique de délocalisation massive qui va à l’encontre de plusieurs décennies de désindustrialisation française.

Défendre l’existant

C’est un point souligné par l’économiste Nathalie Coutinet, maître de conférences à l’Université Paris 13, dans un autre domaine où le Covid-19 a mis en évidence les risques de dépendance à l’égard de l’Asie en termes d’approvisionnement: la santé.

«Avant de parler de délocalisation, essayons d’abord de préserver le tissu industriel existant», explique Nathalie Coutinet, qui mentionne notamment l’usine Famar à Lyon, qui fabrique la Nivaquine (sulfate de chloroquine) et le Largactil (chlorpromazine) actuellement testés contre Covid- 19. En redressement judiciaire depuis juin 2019, ce dernier attend toujours un acheteur.

>> Lire aussi: Covid-19 pousse la France à délocaliser son industrie pharmaceutique

“Il faut arrêter ce jeu de massacre, qui consiste à ne prendre en compte que la valeur actionnariale des laboratoires et non leur utilité publique”, plaide Nathalie Coutinet.

En pleine contention, le gouvernement a été actif sur le front de la santé pour permettre le retour de la production de masques sur les territoires français. Indispensables pour faire face à la pandémie, les masques ont été le symbole de la dépendance française, notamment vis-à-vis de la Chine, qui est le principal producteur.

Relocaliser ou réindustrialiser ?

Louis Gallois, président de La Fabrique de l’Industrie et président du conseil de surveillance de PSA, prévient également BFM: “Moi, je parle de réindustrialisation”, souligne-t-il. “C’est ce qui est important. Les délocalisations doivent être envisagées au cas par cas.”

Pour le chef d’entreprise, la santé, l’agroalimentaire et le numérique restent des secteurs où l’industrie française conserve atouts et opportunités. Mais il est beaucoup moins optimiste dans d’autres secteurs: “Pour certaines industries, je ne le crois pas, c’est vrai”, explique-t-il, notant que dans l’automobile, il n’est pas rare que certains pays nécessitent une production locale pour accéder au marché.

“Une délocalisation complète des processus de production au niveau national ou régional pose des problèmes d’augmentation des coûts de production et de manque de compétences locales”, a également déclaré l’assureur-crédit Coface dans une note. “Même si ces deux problèmes étaient résolus, ce nouveau processus de production local serait toujours tributaire de l’approvisionnement en matières premières, qui reste très contraint par leur localisation.” Bref, une délocalisation pure et parfaite n’existe pas.

Cette augmentation des coûts risque de se transformer en une augmentation des prix des produits délocalisés. Cependant, les Français n’ont peut-être jamais été aussi prêts. Selon une récente enquête, pas moins de 89% sont en faveur (dont 47% totalement), “même si cela augmente” le coût des produits pour les consommateurs. Un chiffre en nette augmentation par rapport à avant la pandémie.



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