Des initiatives et des appuis ont renforcé la résilience du secteur – Le Sahel

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La pandémie de la Covid 19 a mis au ralenti la quasi-totalité de l’économie mondiale. L’économie de la culture n’a pas échappé à cette nouvelle donne soudaine, profonde et d’une amplitude inégalée. Traiter de l’impact économique du nouveau coronavirus sur la filière du patrimoine reviendrait à analyser l’influence de la pandémie sur les musées, les sites archéologiques, les monuments, les festivals, les festivités traditionnelles etc. En effet, les différents types de patrimoine (culturels, naturels et mixtes) et les différentes catégories de patrimoine culturel (matériel et immatériel) ont été impactés par la crise sanitaire. Au Niger, la vie économique de cette filière culturelle est intrinsèquement tributaire de son aspect informel, occasionnel et de l’appui que lui apportent l’Etat et ses partenaires. Les activités culturelles ayant été mises à l’arrêt, sur toute l’étendue du territoire national, à cause des mesures prises par les pouvoirs publics dans le but de limiter la propagation du coronavirus, il est évident que l’économie de toute la filière se retrouve affaiblie.

Selon le président du Bureau Exécutif de l’Association Nigérienne des Artistes-Compositeurs-Interprètes de la Musique Moderne (ANACIMM), M. Oumarou Issoufou dit Pheno, au Niger comme ailleurs la Covid-19 a mis un frein à toutes les activités humaines, notamment les activités culturelles. «Cette pandémie a sévèrement et négativement impacté notre secteur de la culture, surtout quand on sait qu’au Niger les prestations artistiques et culturelles se font occasionnellement. Par exemple, les orchestres qui se produisent la plupart du temps la nuit ont été sommés d’arrêter leurs activités et cela sur trois, quatre voire cinq mois. Durant tout ce temps, les artistes ont vécu un véritable calvaire. Le monde culturel nigérien a perdu environ cent vingt millions (120.000.000 FCFA) par mois, au cours de cette période de pandémie. Il y a eu des gens qui ont vendu des biens pour survivre, d’autres se sont endettés, il y a eu aussi de l’entre-aide. Nous avons vraiment souffert», a-t-il déclaré.

Ce qui a conduit, les artistes à faire un constat et à réagir. «Nous avons ainsi organisé un point de presse au cours duquel nous avons évoqué la situation drastique dans laquelle nous évoluons suite à cette pandémie et surtout montrer au gouvernement notre désarroi. Suite à cela, le Premier ministre et le ministre en charge de la culture nous ont contactés et ont demandé la liste des artistes qui ont été affectés par la pandémie», a indiqué Phéno. En fait, estime le président de l’ANACIMM, c’est tous les artistes qui en ont été affectés. Selon lui, ceux de Niamey ont été bien servis mais ceux de l’intérieur du pays attendent toujours. «En effet, des artistes ont bénéficié notamment des vivres. A Niamey, chaque artiste a bénéficié de quatre (4) sacs de vivres. Ce qui n’est pas rien mais il fallait aussi penser à ceux de l’intérieur du pays qui ont eu aussi à subir les impacts de cette Covid-19. Ces derniers doivent aussi bénéficié de cet accompagnement étatique. Surtout qu’il est annoncé deux (2) autres séries de distributions de vivres», estime-t-il.

Nécessité d’aider les artistes à mettre en place des véritables entreprises culturelles

Une rencontre a aussi été initiée entre le Ministère en charge de la Culture et les hommes de la culture. L’objectif de cette rencontre était de mener une réflexion par et pour les professionnels du secteur et de mettre sur table des stratégies qui pourraient aider les parties prenantes à identifier les opportunités pour renforcer leur résilience et à surmonter la crise, tout en bâtissant pour le long terme. Elle a évoqué entre autres les contraintes auxquelles les artistes sont confrontés en raison des mesures de restrictions ou de confinement, les conséquences financières et futures de la crise sanitaire sur les professions de la culture. «Les échanges ont également porter sur la nécessité de mettre en place des véritables entreprises culturelles ainsi que la question des modèles de financement du secteur créatif afin de le rendre plus résistant en temps de crise. Ces échanges ont abouti à des propositions pouvant être exploitées par les gouvernements, les organisations internationales et le secteur privé et bien d’autres acteurs pouvant accompagner les artistes pendant et après cette crise», a-t-il noté.

M. Oumarou Issoufou ajoute qu’en plus de cette aide en vivres, le gouvernement a organisé une rencontre entre les artistes et les banquiers. «Seulement face aux critères des banquiers et du caractère informel de notre secteur, nous n’étions pas à mesure de bénéficier de cet argent que le gouvernement a positionné au niveau des banques pour faire face à la situation délicate que la pandémie nous a imposé. Nous avions donc préconisé que l’Etat et les banquiers s’entendent pour nous proposer des conditions plus légères car les activités culturelles ne sont pas comme les autres, surtout pas comme les activités commerciales des entreprises et des commerçants», précise le président de l’ANACIMM. Selon Pheno, dans le domaine de la culture, c’est très différent. Car, certes les artistes ont besoin de l’argent pour mieux sortir de cette crise mais ils ont aussi besoin de temps pour payer leurs redevances. «Je pense qu’avec la création par le gouvernement d’une direction de la culture, l’Etat doit continuer, via cette direction d’industrie culturelle, à soutenir les artistes et surtout les aider à être dans l’entreprenariat. C’est-à-dire les aider à être des vraies entreprises culturelles. Je pense que si l’Etat et ses partenaires continuent à nous appuyer, nous pouvons réellement nous structurer, aller de l’avant et promouvoir notre culture», estime le président de l’ANACIMM.

M. Issoufou a ensuite indiqué qu’à l’interne, un groupe de musical de la place, en occurrence le Tal National, que dirige Almeida a initié une série de concerts dont les gains revenaient aux artistes, pour leur permettre de mieux supporter cette période de confinement et de manque de prestations. «Chaque semaine c’est environ huit cents mille (800.000) FCFA, qu’on distribuait aussi bien aux membres du groupe qu’à ceux d’autres groupes artistiques. En somme, c’est des millions de FCFA, que Tal National a distribués aux gens, soit pour investir, pour créer d’autres activités ou encore pour subvenir aux besoins des familles», s’est-t-il réjoui.

L’impact de la Covid-19 sur le secteur de la culture est, sans nul doute, évident et n’exige même pas de démonstration particulière. Les événements culturels sont le lieu par excellence où il y a des regroupements de plusieurs personnes. Dès lors que l’on interdit le regroupement de plus de 50 personnes en tout lieu, les événements culturels sont automatiquement affectés. Que ce soit le théâtre, le cinéma, la musique, les défilés de mode, les bibliothèques, ils sont destinés principalement au grand public. Donc depuis mars 2020, on ne peut plus organiser d’événements culturels. Cette situation a eu des conséquences économiques désastreuses pour le secteur avec une perte de ressources financières énormes, des acteurs en chômage technique et leur source de revenu asséchée. Les initiatives et les appuis des autorités ont permis au secteur d’être résilient et de faire face à des mois de toutes sortes de privations.

Mahamadou Diallo(onep)



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