Des manifestants à Rio dénoncent les erreurs de la police dans les favelas

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Des centaines de personnes se sont rassemblées dimanche après-midi devant le siège du gouvernement de l’État de Rio de Janeiro sous le slogan #VidasNegrasImportam, traduction portugaise de #BlackLivesMatter, contre les maladresses policières qui sévissent dans la majorité des favelas des habitants noirs.

Encouragés par la vague de manifestations qui a déferlé sur les États-Unis depuis la mort de George Floyd, un Afro-américain tué lors d’une violente arrestation par la police, les militants des droits de l’homme à Rio de Janeiro ont voulu saisir l’occasion pour dénoncer la résurgence des opérations de police meurtrières au les favelas pendant la pandémie de Covid-19.

“Ce n’est pas un événement ponctuel, mais le premier acte d’une longue lutte”, promet l’organisateur de l’événement Raull Santiago. Equipé d’un masque et d’une visière protectrice, le militant associatif de 31 ans s’exprime brièvement devant les portes qui protègent le palais de Guanabara, siège du gouvernement de l’État de Rio de Janeiro.

Pour cet événement, exceptionnel du fait de la pandémie et des mesures de distanciation sociale en vigueur, les organisateurs ont émis des consignes de précaution qu’ils réitèrent régulièrement. “Écartez vos bras! Au moins trois pieds entre chaque personne!” Tous les participants portent un masque, mais l’effet d’agglomération est inévitable, surtout lorsque le rassemblement décide de marcher sur quelques centaines de mètres dans une rue étroite du quartier de Laranjeiras.

177 morts lors des opérations de police en avril

Après quelques semaines de répit au début de la mise en œuvre des mesures de distanciation sociale, les interventions policières dans les favelas ont augmenté en avril. Au total, 177 personnes sont décédées, une toutes les quatre heures en moyenne et 43% de plus que la même période en 2019, une année déjà record. Le mois de mai a également été marqué par plusieurs raids meurtriers dans les favelas qui ont suscité l’indignation du public.

Le cas le plus emblématique est celui de João Pedro Mattos Pinto, un adolescent noir de 14 ans, tué le 18 mai à São Gonçalo, une banlieue pauvre de Rio. L’adolescent jouait avec ses cousins ​​lorsque, selon des témoins présents, des policiers d’élite ont fait irruption dans la maison qu’ils croyaient occupée par des trafiquants de drogue. Ils ont ouvert le feu et lancé des grenades à l’intérieur de la maison où 72 trous de balles ont été identifiés.

Les proches des victimes arborant des bannières ou des T-shirts à l’effigie sont nombreux à défiler. Bruna Silva est une habituée des rassemblements contre la violence policière. En 2018, elle a perdu son fils de 14 ans, Marcos Vinicius, tué sur le chemin de l’école par un tir de la police. Elle tient dans ses mains ce qui reste de son t-shirt d’école taché de sang.

“Génocide de la population des favelas”

“Nous sommes en train de mourir du virus ou de la violence de l’Etat”, a-t-elle déclaré à propos des habitants de la favela. “Ils sont en train de contrôler la pandémie, mais personne ne contrôle l’État. C’est pourquoi nous sommes dans la rue aujourd’hui, demandant à quelqu’un de contrôler son action et d’empêcher la mort de nos enfants.”

Comme dans le mouvement de protestation qui secoue les États-Unis depuis le 25 mai et la mort de George Floyd après une arrestation violente, c’est aussi la nature raciste des bévues policières qui suscite l’indignation et la colère à Rio. Selon les dernières statistiques officielles disponibles, au premier semestre 2019, 80% des personnes tuées par la police à Rio étaient de race noire ou métisse, dans une ville où elles représentent environ la moitié de la population. Les slogans criés par les manifestants dénoncent un “génocide de la population des favelas”.

“Aux États-Unis, les militants ont l’habitude de filmer toutes les arrestations policières, mais c’est très différent ici. Dans les favelas de Rio de Janeiro, si quelqu’un décroche son téléphone pour filmer, la police tuera également la personne qui filme”, explique Cosme Felippsen, journaliste et guide touristique vivant dans la favela de Providência, dans le centre de Rio. Il y a une semaine, une opération de police a tué une autre victime innocente de 19 ans, interrompant une distribution conjointe de produits de première nécessité.

Un contexte de tensions politiques

Ces interventions contre les trafiquants de drogue dans les favelas de Rio de Janeiro font souvent des victimes collatérales. Avec le Covid-19, les habitants de ces quartiers sont victimes d’une double peine. Confinés chez eux et nombreux chômeurs, ils se retrouvent à la merci des fusillades entre les trafiquants de drogue et la police qui n’hésitent pas, dans le feu de l’action, à envahir les maisons en tirant à l’aveugle, comme cela s’est produit dans le cas de Joao Pedro.

Dans le cortège, les slogans attaquent tantôt le président Jair Bolsonaro, tantôt le gouverneur Wilson Witzel, dont le mandat est marqué par une recrudescence des violences policières, notamment par l’usage de tireurs d’élite. Dans le quartier riche de Laranjeiras, le seul de Rio où le candidat à la présidentielle n’avait pas obtenu la majorité des voix, les habitants à leurs fenêtres applaudissent les manifestants et font écho à leurs slogans. Très vite, les organisateurs demandent à tout le monde de se disperser et de quitter le rallye qui s’est déroulé dans le calme.

Quelques instants plus tard, un groupe qui a rejoint tardivement la manifestation se retrouve face à face avec la police qu’ils provoquent en lançant des pierres. La police répond par des tirs de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes, et un jeune est arrêté. Un léger débordement, par rapport aux affrontements entre partisans et opposants au président Bolsonaro dont São Paulo était le théâtre quelques heures plus tôt.





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