Des révélations en cascade sur le racisme dans la police française, Castaner engage une action en justice

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Vendredi, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a porté l’affaire devant les tribunaux après la publication de plusieurs articles de presse révélant des messages racistes détenus par la police française. Malgré leur interdiction, de nouvelles manifestations contre le racisme ont eu lieu samedi.

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir sur l’esplanade du Champ de Mars, défiant l’interdiction des manifestations, à l’image des 20 000 personnes qui sont venues manifester mardi soir, devant le palais de justice de Paris, à la mémoire d’Adama Traoré, un jeune noir qui est décédé lors de son arrestation en 2016.

Familles de victimes de violences policières réunies en un groupe invité à “marcher sur le Champ de Mars, en respectant les gestes barrières, à prendre une photo devant la Tour Eiffel” avec les hashtags #LaisseNousRespirer, #JusticePourToutesLesVictimes et #PasDeJusticePasDePaix. Les organisateurs appellent à “amplifier le mouvement international de solidarité contre l’impunité des policiers”.

>> Lire: Mort d’Adama Traoré: 20 000 manifestants se rassemblent à Paris

Quelques centaines de personnes se sont déjà rassemblées à Paris au calme, samedi après-midi, place de la Concorde puis rue Royale, bloquée par des camions de la police. Vendredi soir, une autre manifestation, également interdite en raison des restrictions imposées par la crise sanitaire de Covid-19, a eu lieu à Strasbourg. Plusieurs milliers de jeunes vêtus de noir se sont rassemblés au cœur de la ville alsacienne pour rendre hommage à George Floyd, dire non au racisme et dénoncer les violences policières. D’autres rallyes ont également eu lieu à Rouen, Caen et Clermont-Ferrand.

La colère qui sévit dans de nombreux pays depuis la mort à Minneapolis de cet Américain noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc est particulièrement forte en France, où la police est également accusée de racisme. En 2016, en particulier, la Cour de cassation a condamné l’État pour «contrôles faciaux» régulièrement effectués par la police.

Plusieurs médias ont publié le contenu, jeudi 4 juin, de nombreux messages racistes partagés par la police française sur un groupe Facebook ou sur une messagerie privée Whatsapp.

“Les gauchiasses puantes et les immigrants … Comme Trump, il a dit le plomb!”

Le site d’information Streetpress a ainsi révélé l’existence du groupe Facebook “TN Rabiot Police Officiel” censé être réservé à la police. Visible sur le réseau social, il affiche 7 760 membres.

Selon des captures d’écran publiées par le site, un grand nombre de messages haineux, racistes, sexistes et homophobes y sont échangés. Certains décrivent la chanteuse Camélia Jordana comme une “sale pute”, qui a récemment dénoncé les violences policières. D’autres se moquent ouvertement de la mort des jeunes Zyed et Bouna en 2005, de Sabri à Argenteuil le 17 mai, ou de Kémyl à Montigny-lès-Cormeilles le 27 mai.

L’actualité récente, et notamment la manifestation du 2 juin devant le palais de justice de Paris, a également inspiré les membres du groupe. “Toujours la même merde qui défie toutes les interdictions de ce pays. Les gauchiasses puantes et les immigrés qui n’en feront même pas 1/10 chez eux! Comme Trump, il a dit plomb!”, Peut-on lire en commentaire en référence à le tweet du président américain publié en ligne après les explosions à Minneapolis.

La publication de ces messages a incité le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, à engager une action en justice le lendemain. Ce dernier avait promis mercredi une “sanction” pour “chaque faute, chaque excès, chaque mot, y compris les expressions racistes” au sein de la police. Le parquet de Paris a donc ouvert, vendredi 5 juin, une enquête préliminaire, confiée à la Brigade pour la répression de la délinquance contre la personne (BRDP), pour “insulte publique à caractère raciste” et “provocation publique à la haine raciale”.

>> A lire: Adama, Théo, Zyed et Bouna… Pourquoi ces cas n’ont-ils pas déclenché un “Black Lives Matter” à la française?

“S’ils sont prouvés, ces propos inacceptables risquent de porter gravement atteinte à l’honneur de la police et de la gendarmerie nationale”, a commenté l’un dans l’entourage du ministre.

“Nous sommes coincés en F, F comme une fachosphère”

D’autres commentaires, racistes, antisémites, sexistes et homophobes, ont été détaillés, jeudi 4 juin, par Mediapart et Arte Radio. Ces conversations, révélées pour la première fois à la mi-janvier par les sites Internet Paris-Normandie et 76actu, concernent des policiers de Rouen qui ont échangé des messages audio sur un groupe WhatsApp privé. Leurs propos s’adressaient notamment à l’un de leurs collègues, noir, qui a pu consulter leurs discussions.

Ce dernier a mis en garde sa hiérarchie et porté plainte contre six de ses collègues, fin décembre 2019, pour “provocation non publique à la discrimination”, “diffamation non publique pour motif d’origine, d’ethnie, de nationalité, de race ou de religion”. “et” injures non publiques en raison de leur origine, origine ethnique, nationalité, race ou religion “. Faits passibles d’une simple contravention pouvant aller jusqu’à 1 500 euros.

Certains enregistrements audio ont été publiés par Mediapart et Arte Radio. Les membres de la police de ce groupe WhatsApp échangent librement, se définissant comme des «nationalistes raciaux» ou même comme des «fascistes». “Nous sommes sur le dossier F, F comme une fachosphère”, plaisante l’un d’eux. Sur ce groupe, ils commentent la vie interne de la police de Rouen ainsi que l’actualité nationale.

“Ce qui me surprend le plus, ce sont les pompiers qui viennent éteindre un feu et les fils de putes de la gauche de merde les en empêchent. Non. Une balle dans la tête en fait. Parce que tu es de la merde de gauche” Tu mérites de mourir. Voilà. Poutine, il prendrait soin de votre visage rapidement bien fait. Tellement fortement la guerre civile. Effondrement profond. Et je pense que ce n’est pas seulement la diversité qui sera chère. Je pense que la gauche aussi. Il va falloir vraiment éliminer ces fils de putes », entend-on notamment.

L’enquête de Mediapart révèle qu’au début du mois de juin, le policier qui avait déposé la plainte n’avait toujours pas été interrogé par la justice et que l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) était toujours en cours. Le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, a toutefois confirmé jeudi 4 juin, le prochain passage en conseil de discipline de ces policiers.



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