En Inde, des bergers musulmans battus pour avoir tenté de chasser les vaches de leurs champs

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Le 15 août, deux musulmans ont été gravement blessés lors d’une attaque menée par des hindous se définissant comme des «gau rakshaks», des «protecteurs de vaches». Les actions de ces milices contre les musulmans, qu’elles accusent de transporter, maltraiter ou abattre du bétail, sont régulièrement documentées en Inde.

La vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 15 août montre l’attaque contre Muhammad Asghar, un berger, et son neveu Javeed Ahmad. Ces derniers ont été traînés hors de leur champ et des individus les ont battus avec des bâtons scandant des slogans nationalistes hindous, alors même qu’un policier arrivait sur les lieux pour leur demander de s’arrêter. La scène s’est déroulée dans le village de Garri Gabbar, sur le territoire du Jammu-et-Cachemire, au nord-ouest de l’Inde, où la population musulmane est majoritairement issue de l’ethnie Gurjar, une communauté pastorale vivant dans le nord de l’Inde.

Quelques jours avant la scène des violences, le fils de Muhammad Asghar avait pourchassé les vaches venues paître dans leur champ. Il aurait blessé l’une des vaches, ce qui a provoqué la colère des résidents hindous, selon les médias indiens qui ont rapporté l’incident.

Selon le média indien The Wire, le propriétaire des vaches a appelé la police après avoir vu les blessures. La police n’a pas réagi immédiatement, alors cette dernière, accompagnée de membres de la communauté hindoue, a décidé de demander justice.

Dans cette vidéo, qui a été publiée sur Twitter par un activiste à la suite de l’incident, le groupe d’hommes peut être vu en train de battre le propriétaire du terrain, sous le regard d’un policier.

On entend dans la vidéo les assaillants scandant “Desh ke gaddron ko, goli maaro salon ko”, en français: “Ceux qui sont des traîtres à la Nation, tuez-les”. Ce slogan, utilisé par plusieurs politiciens appartenant au parti Bharatiya Janata (BJP) du Premier ministre Narendra Modi, pour désigner les musulmans, est devenu très populaire parmi les rangs nationalistes hindous. Les images montrent également plusieurs personnes portant des foulards couleur safran, généralement associés à l’hindouisme et aux nationalistes du BJP en Inde.

La police du district de Reasi, où l’incident a eu lieu, a arrêté trois des assaillants. Le commissaire de police Rashmi Wazir a déclaré au journal The Wire que la police “avait appris l’identité de tous ceux qui avaient frappé cet homme dans cette vidéo”. Le fils d’Asghar, 16 ans, a également été arrêté pour avoir commis l ‘«acte de cruauté envers les animaux» de 1960.

Le 16 août, la police locale a annoncé sur les réseaux sociaux l’ouverture d’une enquête, et a appelé au calme, demandant aux internautes de ne pas relayer cette vidéo qui pourrait «attiser les tensions communautaires» dans la région.

La rédaction de France 24 Observateurs documente depuis 2016 les attaques menées par ces milices de «protection des vaches», composées majoritairement de nationalistes hindous. Les vaches sont considérées comme sacrées en Inde et leur abattage est même illégal dans certaines parties de l’Inde, notamment au Jammu-et-Cachemire où cette scène a eu lieu.

>> Lire la suite des observateurs: Pourquoi les vendeurs de bœuf sont-ils la cible récurrente de la violence en Inde?

“Les nationalistes hindous imposent leur loi sur le terrain”

Le journaliste Rayan Naqash a travaillé sur plusieurs attaques similaires contre des musulmans gurjars au Jammu-et-Cachemire au cours des trois dernières années. Il explique :

Ces actes font partie d’une stigmatisation plus large contre la communauté musulmane de la région. Tout est fait pour cibler les Gurjar en particulier, sous couvert de raisons religieuses car les vaches sont sacrées. Les auteurs de ces actes ont le sentiment que les musulmans attaquent leurs divinités et c’est pourquoi ils réagissent. Mais le fait que ces attaques restent souvent impunies en dit long sur notre société. Ces nationalistes hindous imposent clairement leur loi sur le terrain.

Selon Rayan Naqash, les violences perpétrées par ces «protecteurs de vaches» ont vraiment explosé à partir de 2017 dans la région. Cette année-là, une famille Gurjar a été attaquée par une foule au nom de la protection de ce bétail. Cependant, il n’y a pas de chiffres officiels documentant précisément ces attaques, qui ont souvent lieu dans des villages reculés de la région. Les médias n’ont pas accès à ces zones et les images de cette violence sont souvent diffusées par les citoyens.

Selon l’ONG Human Rights Watch, au moins 44 personnes, dont 39 de confession musulmane, ont été tuées dans des attaques liées à la violence au nom de la protection des vaches entre mai 2015 et décembre 2019. Des membres du BJP ont régulièrement apporté leur soutien à ceux qui a mené les attentats, selon ce rapport.

“Quand les Gurjars montent dans un bus, on leur demande de sortir”

Les Gurjar sont fréquemment harcelés et stigmatisés par les communautés hindoues, et parfois menacés d’expulsion par les autorités indiennes.

Rayan Naqash continue:

Ils ne sont pas en minorité, loin de là, et pourtant ils sont sans défense car nombre d’entre eux sont peu instruits. Ils dépendent principalement de l’agriculture et de l’élevage. Les habitants me disent qu’il n’est pas rare qu’ils soient marginalisés: lorsqu’ils montent dans un bus, d’autres communautés ethniques, généralement hindoues, leur demandent parfois de sortir. Il existe des stéréotypes profondément ancrés sur les Gurjars en tant que «sous-humains».

Les tensions entre musulmans et hindous ne sont pas nouvelles en Inde, et de nombreux analystes pensent qu’elles ont augmenté depuis l’entrée en fonction du Premier ministre de 2014, Narendra Modi, du BJP. Les militants hindous utilisent régulièrement de fausses informations pour alimenter les tensions contre la communauté musulmane en Inde.

>> A lire sur les Observateurs: “CoronaJihad”: accusé d’avoir volontairement propagé Covid-19, musulmans indiens victimes de fausses informations

Article rédigé par Pariesa Young





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