En Inde, des réfugiés Rohingya menacés de déportation fuient leurs camps en panique

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Au moins 168 Rohingya réfugiés en Inde ont été détenus à partir du 6 mars dans la région de Jammu-et-Cachemire dans le Nord-Ouest de l’Inde. Les membres de cette minorité musulmane sont menacés d’être renvoyés vers la Birmanie, en proie à des violences depuis le coup d’État militaire du 1er février. Selon les autorités, ils ne possédaient pas de titre de séjour valide, alors que nombreux sont apatrides et disposent de cartes de réfugiés délivrées par les Nations unies. Des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des réfugiés à Jammu prendre la fuite avec leurs bagages.

Certains portent des valises, d’autres des baluchons colorés sur leurs épaules. Une vidéo montre des familles prendre la route dans la ville de Jammu. Elle a été filmée le 7 mars par un membre de Rohingya Human Rights Initiative, une ONG basée à New Delhi et œuvrant pour l’intégration des réfugiés Rohingya en Inde et au Bangladesh.

Réfugiés rohingyas en détresse fuyant le Jammu

Des réfugiés rohingyas en détresse à Jammu disent qu’ils fuient leurs camps de peur d’être détenus. Dans les images de ce matin, la communauté affirme que les autorités font des descentes dans leurs abris et détiennent davantage de personnes. Plus tôt hier, environ 155 réfugiés ont été détenus, y compris des enfants, des femmes et envoyés dans des centres de rétention après une campagne de vérification des autorités où les réfugiés ont été invités à remplir un formulaire et à subir des analyses biométriques. Certains réfugiés disent que les membres de leur famille étaient séparés.

Publiée par Rohingya Human Rights Initiative – ROHRIngya sur Samedi 6 mars 2021

Cette vidéo, publiée le 7 mars sur Facebook, a été filmée par un membre de la communauté Rohingya en Inde.

Le 6 mars, la police avait convoqué des réfugiés rohingya pour vérifier leurs documents d’identité, avant de les transférer dans un centre de détention près de Hiranagar. L’inspecteur général de la police locale, Mukesh Singh, a déclaré à l’AFP que les renseignements issus des vérifications seront partagés avec la Birmanie en vue de leur expulsion.

Ali Johar est codirecteur de l’ONG Rohingya Human Rights Initiative. Contacté par la rédaction des Observateurs, il explique que les autorités n’ont pas pris en compte les cartes de réfugiés fournies par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) :

Les autorités ont dit qu’ils n’avaient pas de documents valides. Mais la plupart d’entre eux ont des cartes de réfugiés valides, fournies par le HCR. Les autorités disent que comme l’Inde n’est pas signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ils ne sont pas obligés d’accorder l’asile aux personnes qui fuient la violence. Les réfugiés rohingya n’ont pas de passeports birmans [puisque considérés comme apatrides en Birmanie, NDLR], mais après leur arrivée en Inde, ils ont obtenu le statut de réfugiés par les Nations unies.

Dans un mouvement de panique, des centaines de réfugiés ont quitté les camps de réfugiés où ils vivaient, pour certains depuis plusieurs années, de peur d’être arrêtés. Des familles, ne sachant où aller, se sont cachées dans la forêt, comme le montre cette vidéo publiée le 8 mars sur la page Facebook de Rohingya Human Rights Initiative :

Réfugiés en détresse au Jammu-et-Cachemire

Après la détention de plus de 155 réfugiés samedi dernier, des membres de réfugiés rohingyas au Jammu-et-Cachemire peuvent être vus se cachant dans la jungle par peur d’être détenus et expulsés. Traduction: Une situation soudaine et difficile s’est produite sur nous. Hier, certains de nos membres ont été détenus après avoir été appelés pour vérification, nous n’avons aucune communication / information avec eux. Tout à coup, la police et d’autres autorités gouvernementales ont commencé à se déployer dans nos camps et nous ont forcés à monter dans les bus. Désespérément, nous nous cachons maintenant dans la jungle transportant nos petits enfants, personnes âgées et handicapées dans un état grave. Les enfants et les petits bébés pleurent pour la nourriture. Et nous avons besoin de votre aide et de vos prières urgentes.

Publiée par Rohingya Human Rights Initiative – ROHRIngya sur Lundi 8 mars 2021

Selon ROHRIngya, les réfugiés ont pris la fuite alors qu’ils n’avaient plus de nouvelles de leurs proches convoqués par la police la veille.

“J’ai peur que la police n’arrête encore plus de membres de notre communauté”

Contacté par la rédaction des Observateurs, Abdul Rohim, 42 ans, travaille à l’ONG Save the Children et vit dans un camp de réfugiés Rohingya depuis mai 2014. Il raconte :

Ils ont placé mon fils aîné et sa femme dans le centre de détention de Hiranagar. Des membres de ma belle-famille aussi. Ils ont été arrêtés au stade de Jammu après les vérifications, alors qu’ils avaient tous les documents nécessaires.

Ma famille possède des cartes de réfugiés fournies par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais on les a quand même arrêtés.

Je n’ai ni vu ma famille ni pu parler avec depuis qu’ils ont été arrêtés. Je ne sais pas dans quelles conditions ils vivent, ni quelle nourriture ils mangent.

Cette vidéo relayée par le journaliste indépendant Aakash Hassan montre des réfugiés faisant la queue devant le stade Maulana Azad à Jammu pour effectuer les vérifications conduites par la police.

Abdul Rohim a choisi de rester à Jammu. Il vit dans la crainte d’être arrêté lui aussi :

Je suis reconnaissant envers l’Inde de m’avoir laissé vivre ici depuis six ans. Mais maintenant, nous avons peur d’aller au poste de police, parce que nous craignons de nous faire arrêter aussi. J’ai peur que la police n’arrête encore plus de membres de notre communauté.

“Les médias locaux ont alimenté la haine contre les Rohingya”

Ali Johar de Rohingya Human Rights Initiative explique que la rhétorique anti-migrants en Inde a fortement augmenté au cours des dernières années :

Les médias locaux ont alimenté la haine contre les Rohingya, en les qualifiant avec des mots dégradants comme “insectes”, “criminels”, “menace pour l’Inde”… Depuis 2017, cette haine a été injectée dans l’esprit de la population locale à Jammu.

Il regrette que le HCR n’ait pas été suffisamment présente auprès des réfugiés Rohingya depuis le début de l’épidémie de Covid-19:

Le HCR conduit une partie de ses opérations à distance à cause de la pandémie de Covid-19, ce qui rend plus difficile la prise en charge des réfugiés rohingya, et le renouvellement de leurs cartes de réfugiés. Alors que la région de Jammu-et-Cachemire a subi de longues coupures d’Internet [depuis 2019, NDLR], comment est-ce que le HCR et les autorités indiennes s’attendent à ce que les réfugiés mettent à jour leur carte de réfugiés sur une plateforme en ligne ?

Si les autorités indiennes disent avoir commencé le processus de déportation, Ali Johar craint que les réfugiés ne soient détenus encore longtemps avant que l’Inde et la Birmanie ne se mettent d’accord. Lorsque sept réfugiés rohingya ont été déportés de l’Inde vers la Birmanie, en octobre 2018, ils avaient passé six années en détention dans l’État d’Assam en Inde.

Le représentant du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies (OHCHR) a rencontré les autorités de la région du Jammu-et-Cachemire le 11 mars.

Cette vague d’arrestations fait suite à la demande, le 13 février, de la Haute Cour du Jammu-et-Cachemire aux autorités territoriales de présenter sous un mois les mesures entreprises pour identifier les migrants en provenance de Birmanie et du Bangladesh dans la région. Le gouvernement nationaliste du premier ministre indien Narendra Modi, qui multiplie les saillies anti-musulmans, demande depuis 2017 d’identifier et d’expulser les 40 000 Rohingya vivant en Inde.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement indien à renoncer à la déportation des Rohingya vers la Birmanie, où, selon l’ONG, ils risqueraient l’oppression par la junte militaire. Elle exhorte l’Inde à respecter le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer les réfugiés vers des pays où leur vie est en danger.

Près d’un million de Rohingya ont fui la Birmanie, dont une grande partie à la suite de violentes exactions perpétrées par l’armée birmane en 2017.

Avec l’aide d’Adil Bhat, pour France 24 à New Delhi.





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