En Seine-Saint-Denis, le Covid-19 a aggravé le sort des plus vulnérables

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Le confinement dû à la pandémie de coronavirus a fortement ralenti l’activité économique sur le territoire le plus pauvre de la France métropolitaine et a supprimé l’emploi de milliers de personnes déjà précaires. Les associations ont vu exploser les demandes d’aide et sont inquiètes pour les mois à venir.

La scène a quelque chose de nouveau sur un campus universitaire français. A l’entrée de l’IUT de Bobigny, au sein de l’Université Paris-13, des bénévoles du Secours populaire déchargent trois camions de l’association remplis de denrées alimentaires. Ce vendredi 26 juin, ils ont installé les tables dans le hall d’entrée de l’immeuble et s’apprêtent à accueillir une centaine de personnes, pour la plupart des étudiants privés de revenus avec séquestration. Avant mars, “Il n’y a jamais eu de distribution de nourriture sur le campus. Nous avons une grande population d’étudiants d’origine étrangère, qui n’ont plus les moyens de travailler”, explique le vice-président démissionnaire. de l’université, Olivier Oudar.

A leur arrivée, certains connaissent déjà le processus et récupèrent du riz, des pâtes, du lait, des légumes ou du poisson dans un bac avant de partir, d’autres, qui viennent pour la première fois, semblent n’avoir aucun repères. Sophie, 27 ans, en master recherche clinique, est très mal à l’aise. “J’avais un petit boulot qui me permettait de m’en sortir, mais je l’ai perdu. Avant la crise, je ne savais même pas qu’il y avait des distributions de vivres!” Elle, qui a été enfermée dans sa chambre Crous de 18 m², prévoit d’y rester pour l’été: “J’ai vraiment besoin de trouver un travail”, a-t-elle expliqué.

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Détérioration soudaine de la situation

La disparition en mars des “petits boulots”, des CDD, des travaux “au clair de lune” et des CDD, a conduit des centaines de milliers d’habitants de Seine-Saint-Denis (93), les plus pauvres de France métropolitaine, dans un contexte encore plus situation précaire. Dans un rapport spécial publié peu de temps avant l’internement, l’Insee a déjà relevé les difficultés sociales persistantes du département, avec un taux de pauvreté deux fois supérieur à la moyenne nationale (27,9% contre 14,1%), 28% des jeunes de 18 à 24 ans sans l’emploi ou la formation, et 11% de la population totale couverte par le revenu de solidarité active (RSA). Les associations de soutien aux plus pauvres, impliquées depuis longtemps dans la région, ont rapidement remarqué la dégradation brutale de la situation.

Annick Tamet, secrétaire générale adjointe du Secours populaire du 93, estime le nombre de personnes reçues depuis le 17 mars à plus de 45 000, contre 29 000 par an normalement. “Nous recevons des gens que nous n’avions jamais vus, des intérimaires, ceux qui complétaient leur RSA par des petits boulots, des étudiants, des travailleurs de spectacle intermittents … Nos bénévoles de Paris-8 ont même reçu un étudiant qui n’avait pas mangé depuis deux jours”, a-t-elle expliqué. commentaires.

Dans un département avec le taux de natalité le plus élevé de France métropolitaine, qui compte 18% de familles nombreuses, la crise a souvent réduit les moyens de subsistance de ménages entiers. À Bobigny, Hadia, 18 ans, et étudiante en tourisme BTS, est venue chercher un forfait qui aidera ses parents et ses trois frères et sœurs à continuer la semaine. “Avant, nous avions des problèmes financiers, mais maintenant, aucun de nous ne peut trouver de travail”, a-t-elle déclaré. En plus de l’aide alimentaire, les personnes dans le besoin peuvent obtenir des bons de service mis à disposition par la préfecture, de valeur variable, auprès de leurs associations pour le shopping. «Cela nous aide beaucoup», explique la fille.


Hadia (par derrière), une étudiante de 18 ans, est venue chercher un colis alimentaire pour sa famille à l’IUT de Bobigny. © Rémi Carlier, France 24

>> Voir le webdoc : Seine-Saint-Denis: l’oubli de la République

Peur et pessimisme

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée dans Le Journal du dimanche du 21 juin, le maire communiste de La Courneuve, Gilles Poux, et une quarantaine de personnalités ont appelé à “six mesures d’urgence pour la Seine-Saint-Denis et les territoires les plus durement touchés par la Covid19 “. Selon l’Insee, le département a enregistré, entre 1euh Mars et 10 avril, une surmortalité de 118,4%, le taux le plus élevé d’Île-de-France. En particulier, “promiscuité, précarité, logements surpeuplés, prévalence élevée des facteurs de comorbidité, mais aussi état des infrastructures de santé publique dans le 93, désert médical de la médecine urbaine”, recense le député PCF de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu , signataire de la lettre et présent à la distribution alimentaire de l’IUT de Bobigny. Peu optimiste pour la situation des étudiants de Paris-13 et Paris-8 à l’approche des vacances d’été, il rappelle la proposition de créer un “revenu étudiant” faite par les députés communistes en mars à l’Assemblée nationale. “Cette année, il n’y aura pas ou peu d’emplois supplémentaires, il ne reprendra pas. Il faut s’attendre à une très grande précarité chez les étudiants.”

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Les subventions, les dons des particuliers, l’aide supplémentaire des restaurants, les plats préparés par les cuisines des écoles du département ont permis aux associations de répondre aux besoins. “La solidarité a bien fonctionné jusqu’à présent, et nous pensons pouvoir tenir jusqu’en septembre, mais au prix de sorties de fonds, ce qui est une première à ma connaissance”, déplore Annick Tamet, du Secours populaire, pessimiste quant à l’amélioration de la situation. Dans les mois à venir.

Cette crainte, partage la responsable du centre Drancy des Restaurants du Cœur, Patrick Chaillet. “J’ai vraiment peur d’un autre confinement. Mais même si cela s’améliore, certaines familles ont été tellement affaiblies qu’il leur faudra des mois pour partir”, a-t-il déclaré. Dans le bâtiment mis à disposition par la mairie pour la distribution de colis alimentaires, adapté pour permettre une distance maximale entre les personnes, ses équipes ont assuré 57 000 repas en 10 semaines, contre 63 000 lors des 16 semaines de la campagne d’été 2019. “La semaine prochaine, nous aurons déjà dépassé ce chiffre. [créateur des Restaurants du cœur en 1985] doit se retourner dans sa tombe! “Les stocks de l’association à Villepinte sont suffisamment bien approvisionnés pour répondre aux besoins de la population cet été, mais” ça va être de plus en plus dur, rapporte le directeur général des Restos 93, Jean -Claude Eberhardt. Nous avions une demande croissante avant la crise, et nous en aurons encore plus après. “



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