fin de match pour le maréchal Haftar?

0
86



La prise de contrôle de l’ensemble de l’ouest de la Libye par des troupes fidèles au GNA a scellé l’échec de l’offensive du maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli et celui de la solution militaire du conflit en Libye. Le soutien de la Turquie au Premier ministre Fayez al-Sarraj semble avoir rééquilibré les forces sur le terrain contre l’homme fort de l’est du pays, qui apparaît désormais très faible, d’autant plus que ses alliés égyptiens et russes semblent désormais privilégier la carte diplomatique. Décryptage.

Après les canons, la diplomatie? Les cartes ont été remaniées en Libye, où l’équilibre des pouvoirs est rompu depuis la prise de contrôle de tout l’ouest de la Libye annoncée par des troupes fidèles au gouvernement de l’Union (GNA), reconnues par la communauté internationale, aux frais de l’armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar.

L’homme fort de l’est de la Libye, qui a affirmé il y a quelques mois qu’il contrôlait 80% d’un pays dans le chaos depuis la chute du régime du colonel Kadhafi en 2011, a subi une série de revers ces dernières semaines.

Ce tournant majeur du conflit qui a scellé l’échec de l’offensive du maréchal sur Tripoli, lancée en avril 2019, a encouragé les forces du GNA à poursuivre leur avancée vers l’est. Le 6 juin, ils ont attaqué la ville de Syrte, écluse stratégique entre l’est et l’ouest, située à 450 km à l’est de la capitale, et aux mains de l’ANL depuis janvier.

UNE maréchal sur la défensive

Khalifa Haftar a longtemps été sur l’initiative militaire et est désormais sur la défensive dans un contexte très défavorable. La vague s’est retournée contre lui au début de 2020, suite à l’implication officielle de la Turquie dans le conflit en soutien aux forces du gouvernement du Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj. Le retrait de plusieurs centaines de mercenaires russes du front de Tripoli à la mi-mai l’a finalement affaibli.

“Indéniablement, la majorité des succès enregistrés sur le terrain par le GNA ont été facilités par le soutien militaire et technologique turc, explique Rachid Khechana, rédacteur en chef de la revue libyenne Chououn, et ancien directeur du Centre maghrébin d’études sur le la Libye, interrogée par France 24. Cela leur a permis de desserrer l’étau autour de la capitale qui était entourée des forces de Haftar, et donc de rééquilibrer l’équilibre sur le terrain. “

C’est dans ce contexte que l’Egypte, qui est l’un des principaux partisans étrangers avec la Russie et les Emirats Arabes Unis, a volé au secours du Maréchal en proposant, le 6 juin, un cessez-le-feu à partir du lundi 8 juin et une feuille de route pour la Libye. Un signe que le camp de Haftar n’envisage que la solution militaire au conflit libyen.

Si le cessez-le-feu a été accepté par le maréchal, présent samedi au Caire, le GNA, qui a ralenti la progression de ses combattants vers Syrte, ne l’a pas encore fait. Khaled al-Mechri, président du parlement de Tripoli, a rejeté le plan qui, selon lui, émanait d’une force vaincue, selon al-Jazeera.

Appelée “la Déclaration du Caire”, l’initiative présentée par le président Abdel Fatah al-Sissi, et soutenue par les Russes et les Emiratis, comprend notamment la création d’un conseil présidentiel élu en Libye, un appel aux négociations à Genève, le retrait de tous combattants étrangers et le démantèlement des milices et la remise des armes.

Aguila Saleh, un alternative à Khalifa Haftar ?

Maintenant que l’heure semble être à négocier, le maréchal peut-il incarner l’homme de la situation aux yeux de ses sponsors étrangers?

“Nous voyons déjà l’Égypte et la Russie travailler ensemble sur des alternatives politiques à Haftar qui pourraient sauver leurs sphères d’influence dans l’est de la Libye”, a déclaré Tarek Megerisi, analyste politique au Conseil européen des relations internationales, interrogé par l’AFP.

La présence très notoire au Caire d’Aguila Saleh, présidente du Parlement élu basé à Cyrénaïque (est), au moment de l’annonce du plan Sissi pour la Libye, est un indice qui semble jouer contre Kahlifa Haftar.

Beaucoup plus ouverte que le maréchal pour dialoguer avec la puissance rivale installée à Tripoli, Aguila Saleh a également rencontré, fin mai, le chef de la diplomatie russe, Sergey Lavrov. Ils ont discuté ensemble “de l’urgence de lancer un dialogue constructif impliquant toutes les forces politiques libyennes”.

Bien que toutes les tentatives de cessation des hostilités aient échoué jusqu’à présent, malgré les efforts des Nations Unies, le profil d’Aguila Saleh pourrait favoriser la reprise du dialogue alors que les forces du GNA approchent du “croissant pétrolier”.

En avril, Aguila Saleh a proposé un plan en huit points pour mettre fin à la crise dans laquelle un nouveau Conseil présidentiel assumerait collectivement les fonctions de commandant suprême des forces armées, tandis qu’une Constitution pour le pays était en cours d’élaboration. Un moyen de renvoyer dans sa caserne Khalifa Haftar, qui avait proclamé le 27 avril qu’il avait un “mandat du peuple” pour gouverner seul la Libye.

“Moscou et Ankara pourraient s’entendre sur une partition de la Libye comme en Syrie”

“L’apparition sur la scène d’Aguila Saleh, qui entretient d’anciennes relations avec Moscou, montre que les pouvoirs pro-Haftar commencent à étudier les alternatives au maréchal pour ouvrir la voie aux négociations inter-libyennes, car, compte tenu des forces d’équilibre, le GNA ne peut pas reprendre le contrôle de tout l’est de la Libye “, a déclaré Rachid Khechana.

Et pour conclure: “Si les négociations, bloquées jusqu’ici par Haftar, reprennent, elles partiront de zéro ou presque, c’est-à-dire où elles se trouvaient avant l’offensive de l’ANL sur Tripoli, alors qu’en coulisses, Moscou et Ankara pourraient convenir d’une division de la Libye comme en Syrie “.



Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici