«Il s’agit, entre autres, d’inciter les décideurs politiques à accorder plus d’importance à la culture, en allant au-delà des discours et des slogans», affirme M. Komi N’Kégbé Fogâ TUBLU – Le Sahel

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Créé en 1968 à Niamey au Niger, le Centre de Recherche et de Documentation pour la Tradition Orale (CRDTO) fut  intégré en 1974  dans l’organigramme de l’Organisation de l’Unité Africaine sous le nom de Centre d’Etudes Linguistiques et Historiques par Tradition Orale (CELHTO). Ce Bureau Spécialisé de l’Union Africaine installé à Niamey est considéré comme un des deux bras qui aident la Division de la Culture de la Commission de l’Union Africaine basée à Addis-Abeba à embrasser l’ensemble du secteur culturel africain ; le second étant l’Académie Africaine des Langues (ACALAN) basée à Bamako au Mali. Dans cet entretien, le Coordonnateur du CELHTO, M. Komi N’Kégbé Fogâ TUBLU souligne la pertinence du choix du thème «Arts, culture et patrimoine : levier pour l’édification de l’Afrique que Nous Voulons » par l’UA pour l’année 2021. Il annonce les activités prévues par leCELHTO dans le cadre de la mise en œuvre de cette thématique. M. Komi N’Kégbé Fogâ TUBLU évoque aussi les divers appuis qu’apporte le CELHTO aux organisations et acteurs du domaine de la culture.

Cette année, l’Union Africaine a choisi pour thème «Arts, culture et patrimoine : levier pour l’édification de l’Afrique que Nous Voulons». Monsieur le Coordonnateur du CELHTO quelle appréciation portez-vous sur ce choix ?

Merci de me donner l’occasion d’entretenir vos lecteurs sur la thématique choisie cette année par l’UA qui est la suivante : «Arts, culture et patrimoine : levier pour l’édification de l’Afrique que Nous Voulons».

Il faut d’abord rappeler que lors de la 24ème session ordinaire de la Conférence de l’UA qui s’est tenue à Addis-Abeba en Ethiopie, les 30 et 31 janvier 2015, les chefs d’État et de gouvernement avaient adopté l’«Agenda 2063 : L’Afrique que nous voulons». Ce document est le cadre stratégique du continent qui vise à atteindre son objectif de développement inclusif et durable afin de devenir une puissance mondiale à l’horizon 2063.

Dans cet Agenda, il est défini une vision et sept aspirations qui sont les piliers qui doivent soutenir cette Afrique que nous voulons. L’aspiration 5 est celle d’ »une Afrique dotée d’une identité, d’un patrimoine commun, de valeurs partagées et d’une éthique culturelle forte ».

En choisissant donc le thème de cette année, l’UA entend mettre pleinement les arts, la culture et le patrimoine  à contribution pour hâter l’édification de cette Afrique que nous appelons de tous nos vœux. C’est donc un choix en parfaite adéquation avec l’Agenda 2063.

En ce qui concerne le CELHTO qui est partie prenante dans la mise en œuvre du plan d’actions de l’UA sur cet ambitieux thème, quelles sont les actions prévues ?

Pour la mise en œuvre de cette thématique, une feuille de route a été adoptée par les Chefs d’État et de gouvernement de l’UA. Le Centre d’Études Linguistiques et Historiques par Tradition orale (CELHTO) qui est un Bureau Spécialisé de l’UA basé à Niamey mettra en œuvre des activités parmi lesquelles : le lancement le 15 février 2021 de l’appel à contributions du numéro 7 de la Revue scientifique «Les Cahiers du CELHTO» ; le lancement le 30 mars de deux études sur les mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de résolution de conflits en Afrique centrale et de l’Est ; l’organisation le 9 avril de l’Atelier virtuel de validation des statuts du CELHTO ; le 18 avril, célébration de la Journée internationale des Monuments et des Sites en partenariat avec le Ministère nigérien en charge de la culture ; le 23 avril, Journée internationale du livre : organisation d’une journée porte ouverte du CELHTO dénommée « UN VISITEUR, UN LIVRE » ; la Présentation le 29 avril du numéro 6 de la revue scientifique du CELHTO consacré à la question de la restitution des biens culturels africains. Pendant le mois de mai, à partir du 5, il y a la célébration de la Journée du patrimoine mondial africain en partenariat avec le Fonds du patrimoine mondial africain ; le 18 mai, célébration de la Journée internationale des musées en partenariat avec le Musée National Boubou Hama de Niamey ; le 25 mai, célébration de la Journée de l’Afrique par la participation à un webinaire organisé par le Bureau UA de Bruxelles. Le 20 novembre est prévue la publication de l’étude sur les mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de résolution des conflits en Afrique de l’ouest.

Selon vous, peut-on véritablement espérer grand-chose concernant les objectifs visés par l’UA en voulant faire des arts, de la culture et du patrimoine, un levier pour l’édification de l’Afrique, quand on sait que le secteur en question est le parent pauvre des politiques publiques dans la plupart des pays du continent ?

Il est vrai que le secteur de la culture ne bénéficie pas de toute l’attention dans les politiques publiques des États membres. Et c’est justement une des raisons qui fondent le choix de ce thème. Il s’agit, entre autres, d’inciter les décideurs politiques à accorder plus d’importance à la culture, en allant au-delà des discours et des slogans. À cet effet, l’UA a organisé, le 25 mars dernier, le deuxième forum des Ministres africains en charge de la culture, des arts et du patrimoine qui a permis de présenter aux États la note conceptuelle du thème de l’année ainsi que sa feuille de route et d’échanger sur les activités à mettre en œuvre dans les pays.

Est-ce qu’il y aura des actions déterminantes dans les pays africains en vue de la mise en place de véritables industries culturelles et créatives pour accompagner ce regain d’attention pour le secteur de la culture dont ils semblent faire montre aujourd’hui ?

Bien évidement. L’UA travaille ardemment à cela et dispose, à cet effet, de deux outils essentiels : la Charte de la Renaissance culturelle africaine et le plan d’action sur les industries culturelles et créatives dont la version révisée a été adoptée par les États membres le 30 mars 2021. En outre, les États ont été exhortés, durant le deuxième forum des ministres, à œuvrer pour faire des industries culturelles et créatives des leviers importants du développement.

Monsieur le Coordonnateur, au-delà de la question du thème de l’UA pour cette année, quels sont les rapports que le CELHTO entretient avec les acteurs du domaine des arts et de la culture des différents pays, à commencer par le Niger où vous êtes basés ?

Nous avons l’habitude de dire que le CELHTO est un des deux bras qui aident la Division de la Culture de la Commission de l’Union Africaine basée à Addis-Abeba à embrasser l’ensemble du secteur culturel africain ; le second bras étant l’Académie Africaine des Langues (ACALAN) basée à Bamako au Mali.

A cet effet, le CELHTO a trois cœurs de cible que sont : les institutions culturelles étatiques, les milieux universitaires et la société civile culturelle de l’ensemble du continent. Avec chacun d’eux, nous avons des rapports étroits de collaboration et d’accompagnement.

Par exemple, pour les institutions culturelles étatiques, nous apportons des appuis techniques et/ou financiers ; pour les milieux universitaires, nous organisons régulièrement des rencontres scientifiques permettant de faire le point sur des thématiques de recherches et nous disposons aussi d’une revue scientifique qui offre un espace de réflexion et de publication aux chercheurs. Nous avons aujourd’hui, à notre actif, environ 150 publications scientifiques. Nous offrons aussi des subventions aux jeunes chercheurs dans le cadre de leur master ou thèse.

En ce qui concerne la société civile culturelle, nous faisons des renforcements de capacités aux acteurs et donnons également des appuis techniques et/ou financiers à des manifestations culturelles.

Au Niger spécifiquement, nous avons développé des partenariats avec les ministères en charge de la culture, du tourisme, de l’enseignement supérieur et des langues nationales.

En ce qui concerne le milieu universitaire nigérien, le CELHTO a signé un accord-cadre de coopération avec quatre des huit universités publiques nigériennes et met en place divers accompagnements des filières, des laboratoires ainsi que des associations d’étudiants. Le CELHTO met aussi à la disposition des chercheurs son centre de documentation disposant de ressources énormes.

Le CELHTO est aussi partenaire technique et/ou financier de divers festivals et activités culturelles du Niger : Parole de femmes, Sahel Hip Hop et Musiques du monde, RIR à Niamey, Festival Galgajia de Mayahi, Festival de l’Aïr.

C’est depuis le Niger que nous rayonnons sur l’ensemble du continent.

Entretien réalisé par Souley Moutari(onep)



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