Jean-Yves Le Drian, chef de la diplomatie française : « la qualité des élections au Niger sera une référence pour toute l’Afrique »

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En visite jeudi au Niger, le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères a tenu à rendre hommage au président Issoufou Mahamadou qui s’apprête à quitter le pouvoir dans quelques mois après ses deux mandats constitutionnels. Pour Jean-Yves Le Drian, les conditions dans lesquelles se préparent les prochaines élections constituent les meilleures garanties pour que les résultats ne soient pas contestés. Ce qui n’a pas manqué de soulever les critiques de l’opposition politique et d’une partie de la société civile, pour qui, le processus électoral en cours est tout sauf inclusif et transparent.

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En d’autres circonstances et sous d’autres cieux, l’appréciation faite par le chef de la diplomatie française sur le déroulement processus électoral au Niger aurait constitué un véritable motif de satisfaction pour l’ensemble des acteurs engagés pour les prochains scrutins, notamment présidentiels, qui vont se traduire par la première alternance démocratique de l’histoire du pays. En visite de travail au Niger le jeudi 6 novembre 2020, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a estimé, en réponse à une question de la presse sur le sujet, que les conditions dans lesquelles se déroule le processus électoral en prélude aux prochaines élections générales, « constituent des meilleures garanties pour que les résultats ne soient pas contestés ». Pour Jean-Yves Le Drian, qui a aussi animé une conférence de presse avec son homologue nigérien, Kalla Ankouao, « la qualité de l’élection au Niger sera une référence pour toute l’Afrique ».

« Les élections vont avoir lieu au moment où elles doivent avoir lieu dans le respect de la constitution et avec, je pense, la mobilisation et la transparence nécessaire. Je crois que la qualité de l’élection au Niger sera une référence pour toute l’Afrique. Pour ma part, je sais que le débat électoral se passe dans les meilleures conditions de respect des positions des uns et des autres et de transparence des résultats. Vu les méthodes utilisées, la vigilance de la Cour Constitutionnelle et le fait que l’OIF sera aussi en appui du déroulé des élections, tout cela donne les meilleures garanties pour que le résultat ne soit pas contesté». M. Jean-Yves Le Drian, Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie a été reçu auparavant au Palais de la Présidence de Niamey par le chef de l’Etat Issoufou Mahamadou, à qui il a d’ailleurs tenu à rendre un vibrant hommage avant la fin de son mandat. « Nous avons eu, depuis 2012, de nombreux échanges de qualité et je tenais à lui rendre hommage y compris pour son action internationale au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies en ce moment même et au titre de la Présidence de la CEDEAO mais aussi pour son action pour son pays».

Critiques et contestations de l’opposition

Cette sortie médiatique du chef de la diplomatie française, à quelques semaines du début des scrutins pour les élections locales, législatives et présidentielles ont vite fait de susciter de vives polémiques au sein de l’opinion. Le fait est que malgré l’accalmie ambiante contrairement à ce qui est constaté ces derniers temps et en pareille circonstance dans d’autres pays de la sous-région et du continent, le déroulement du processus électoral ainsi que les conditions d’organisations des prochaines élections, ne font pas l’unanimité au sein de la classe politique et une grande partie de l’opinion publique. La preuve, les partis politiques de l’opposition réunis au sein de la Coalition pour l’Alternance Politique (CAP 20-21), continuent de boycotter la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ainsi que le Dialogue politique au sein du Conseil national en charge d’instaurer les conditions pour des élections libres, transparentes et inclusives (CNDP). La coalition de l’opposition ainsi que des associations de la société civile accusent le régime du PNDS Tarrayya au pouvoir de « manœuvrer » pour continuer à garder le pouvoir en imposant son candidat, Bazoum Mohamed, le dauphin du président Issoufou. Ce que rejette évidement la majorité au pouvoir malgré les critiques de l’opposition contre une Commission électorale « taillée sur mesure », un Code électoral « non consensuel » ainsi qu’une Cour constitutionnelle et une justice, « inféodées au régime de la Renaissance».

Le ministre Le Drian a certes donné son appréciation de la situation politique en cours au Niger mais au regard de la perception actuelle de l’image de la France dans le pays, comme un peu partout en Afrique, cette prise de position risque de passer mal au sein d’une opinion désormais allergique à ce qu’elle considère comme « une ingérence française ». Les nombreuses critiques qui ont aussitôt foisonné sur les réseaux sociaux ainsi que sur certains médias en attestent du gros pavé dans la marre que vient de jeter le chef de la diplomatie française dans le jeu politique nigérien à travers ces déclarations qui, pour une partie de l’opinion, sont une manière détournée pour Paris d’adouber « le passage en force de témoin » auquel se prépare le régime afin de perpétuer son règne alors que les prochaines élections présidentielles sont pleins d’enjeux pour le Niger puisqu’elles sont sensées se traduire par la première alternance démocratique de l’histoire politique du pays.

Valse de ministres français à Niamey à la veille de scrutins décisifs

Les propos du chef de la diplomatie française ne manqueront pas d’attiser le climat chargé de tensions et de suspicions qui prévaut au sein de la classe politique à quelques semaines du début des scrutins. D’autant que lors de son intervention suite à sa rencontre avec le président Issoufou,  Jean-Yves Le Drian n’a pas tarit d’éloges sur le bilan du chef de l’Etat sortant ainsi que l’excellence de la coopération entre le Niger et l’ancienne puissance coloniale. Le chef de la diplomatie française, qui a déclaré avoir évoqué avec le Chef de l’Etat les questions sécuritaires notamment le suivi des engagements de Pau et de Nouakchott et le suivi de la mise en œuvre de la Coalition pour le Sahel, s’est félicité des résultats enregistrés dans ce cadre.

« Nous constatons ensemble que les opérations sécuritaires se poursuivent. La coordination entre Barkhane, la Force conjointe du G5 Sahel et les Forces armées nationales a atteint un niveau sans précédent», a souligné le ministre Le Drian,  qui a également ajouté que, « la Task Force Takuba a également commencé sa mission et cela a permis d’avoir des résultats positifs puisque les opérations bourrasques ont donné des résultats tout à fait significatifs qui montrent que progressivement les enjeux de sécurité sont en train d’être remontés, d’être maitrisés ».

« La France considère que la sécurité du Niger, c’est aussi la sécurité de la France. Lorsqu’on a des attentats au Niger, on se sent agressé comme les Nigériens. Je pense que les Nigériens sont également agressés lorsqu’il y a des attentats en France. Nous allons également poursuivre notre action dans le domaine du développement et nous n’oublions pas les besoins humanitaires au Sahel ».

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a également souligné que son déplacement lui avait permis de réaffirmer l’engagement et la détermination de la France auprès des pays du G5 Sahel, notamment au Niger, afin que « nous puissions poursuivre une coopération fructueuse au cours des années à avenir ».

Il convient de noter que cette visite de Jean-Yves Le Drian intervient 72h presque après celle de Florence Parly, la ministre française de l’Armée qui a été également reçu en audience par le président Issoufou à qui elle a transmis le satisfecit de la France sur l’excellence des relations entre son pays et le Niger dans plusieurs domaines notamment sécuritaire. Pour rappel, en plus des relations économiques entre les deux pays (la France exploite l’uranium nigérien depuis les indépendances à travers plusieurs sociétés), Niamey abrite la principale Base aérienne projetée (BAP) ainsi que plusieurs autres bases militaires de l’opération Barkhane, ce qui fait du pays, « un allié incontournable et privilégie » de la France en Afrique de l’Ouest notamment au Sahel. Un partenariat que visiblement l’ancienne puissance coloniale veut à tout prix maintenir. Mais à quel prix ? C’est là toute la question qui taraude beaucoup de nigériens et que la position exprimée par Le Drian vient amplifier…

AYB (actuniger.com)





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