La cause des chrétiens d’Orient suscite de vives oppositions politiques en France

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Longtemps ignorées en Occident, les persécutions contre les chrétiens d’Orient ont été mises en lumière par les massacres du groupe État islamique en Irak et en Syrie. Si cette cause a depuis un fort écho en France, elle suscite de vifs débats au sein des partis politiques.

Quatre ans après la chute du “Califat” du groupe État islamique, le pape François a débuté, vendredi 5 mars, une visite historique en Irak pour appeler à une meilleure protection des chrétiens d’Orient.

Longtemps ignorée par les médias, la cause de cette minorité discriminée depuis plusieurs décennies a été mise en lumière par les vidéos d’exécutions de l’organisation État islamique, dès 2014, qui ont suscité une émotion planétaire.

“Soyez certains qu’en France vous serez pleinement accueillis” déclarait François Hollande en mars 2015, lors d’une cérémonie d’accueil pour les chrétiens d’Orient à Paris. Mille cinq cent visas d’asile avaient alors été octroyés aux persécutés. En parallèle, des députés décident de lancer des groupes de soutien à l’Assemblée nationale et au Sénat :  la cause des chrétiens d’Orient devient un sujet politique.

Les réticences de la gauche

Sous la présidence de François Hollande, la France saisit le Conseil de sécurité de l’ONU sur la question des chrétiens d’Orient et adopte un plan d’action, en septembre 2015, prévoyant notamment des solutions politiques en accord avec les droits de l’Homme, un volet humanitaire et un volet judiciaire dédié à la lutte contre l’impunité.

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Si tous à gauche s’accordent alors sur l’importance de porter secours aux chrétiens persécutés, peu de députés rejoignent les groupes de soutien composés quasi-exclusivement de personnalités de droite.

Selon l’ancien socialiste Gwendal Rouillard, aujourd’hui député de La République en marche (LREM) de Lorient, une partie de la gauche reste réticente à s’engager pour la défense d’une communauté religieuse en tant que telle. “Il existe à gauche un courant laïc qui est par tradition universaliste et considère la foi comme une affaire privée. Le courant chrétien démocrate, auquel j’appartiens, considère lui la religion comme l’identité d’un groupe, qui peut, à ce titre, être protégé”, explique-t-il.

Gwendal Rouillard est devenu, en 2018, co-président du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale. Une prise de poste qui a suscité des critiques dans son camp : “Certains m’ont accusé de mettre à bas la laïcité, j’ai été attaqué de manière assez violente. Pour autant, je trouve qu’il y a eu du progrès et que les élus de gauche sont aujourd’hui plus sensibles à la question, même si leur engagement reste timide”.

Un combat revendiqué par la droite

De son côté, la droite française, à l’origine de la création des deux groupes parlementaires, est très impliquée sur le sujet. “La France a un rôle historique de protection des chrétiens d’Orient, c’est un héritage qui remonte à Saint Louis au 13e siècle, et notre courant politique y est très attaché” explique Valérie Boyer, membre du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient au Sénat, contactée par France 24.

Sur l’action des gouvernements Hollande et Macron, la sénatrice des Républicains porte un jugement sévère : “La France et même l’Union Européenne ont complètement failli sur la question de la défense des chrétiens. Où sont les actions concrètes ? Les arguments sur les droits de l’Homme sont hypocrites : on parle à la Chine malgré le traitement des Ouïghours, à l’Arabie saoudite qui ne brille pourtant pas par sa démocratie, mais on refuse tout contact avec certains pays comme la Syrie de Bachar al-Assad, pourquoi ? La question de la morale est un mauvais indicateur, notre curseur doit être les intérêts de la France et notamment la lutte contre le terrorisme islamique”.

Assad au secours des chrétiens ?

La défense des chrétiens d’Orient doit-elle passer par un soutien à Bachar al-Assad ? C’est ce que pense Thierry Mariani, ancien député Les Républicains aujourd’hui eurodéputé du Rassemblement national. Il a organisé ces dernières années plusieurs voyages en Syrie, emmenant avec lui des groupes de députés. Des visites au cours desquelles les parlementaires ont rencontré le dirigeant syrien. “Il suffit de faire le voyage sur place et de discuter avec les chrétiens, tous nous ont dit la même chose : Si Bachar al-Assad n’avait pas empêché que le pays s’écroule, nous serions tous morts. Les ennemis de nos ennemis doivent être considérés comme nos amis”, conclut-il.

Une vision rejetée en bloc par Gwendal Rouillard : “Le clan Assad a toujours utilisé les chrétiens comme alibi, instrument et bouclier pour nouer des relations de bonne conscience avec l’Occident, que ce soit en Syrie ou au Liban. Mais c’est une imposture. En réalité, ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone et sont exécutés s’ils ont le malheur de s’opposer au régime. L’attitude des politiques français qui soutiennent Assad est totalement condamnable et ne correspond pas à la diplomatie française”, dénonce-t-il. Notre arme c’est le droit international. Il a ses limites mais c’est notre outil le plus précieux” .

Après avoir longtemps exigé le départ du dirigeant syrien, la France n’en fait plus aujourd’hui une priorité, selon les mots d’Emmanuel Macron. Elle soutient désormais le processus de transition initié par l’ONU en 2019.

De son coté, Thierry Mariani continue son combat au Parlement européen. Président de l’intergroupe pour la défense des chrétiens d’Orient, il mise désormais sur sa proximité idéologique avec les gouvernements nationalistes en Hongrie, Pologne et Russie pour faire avancer ses idées.



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