La colonie pénitentiaire n°2, nouvel enfer carcéral d’Alexeï Navalny

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L’opposant russe Alexeï Navalny a été transféré fin février à la colonie pénitentiaire n°2, aussi connue sous le nom d’IK-2. Un choix qui n’est pas anodin : c’est l’une des prisons les plus redoutées de Russie.

À son arrivée, Alexeï Navalny n’a pas été battu. “Pour ceux qui ont purgé une peine dans cette prison, c’est une surprise”, a raconté Open Media, l’un des premiers médias russes à avoir découvert que le célèbre opposant russe avait été transféré, fin février, à la tristement célèbre colonie pénitentiaire n°2 de Proskov, une petite ville de 17 000 habitants à 100 km à l’est de Moscou.

Officiellement, les autorités russes n’ont pas révélé le lieu d’incarcération d’Alexeï Navalny, qui a été condamné à deux ans et demi de prison le 21 février, pour non respect d’une condamnation avec sursis. Mais plusieurs médias russes, dont l’agence de presse Tass, ont confirmé que le premier opposant à Vladimir Poutine se trouvait dans la colonie pénitentiaire n°2, aussi appelée IK-2.

“Torture” psychologique constante

Ces colonies sont les lointaines cousines des goulags de l’ère soviétique. Si les conditions de détention y sont moins sévères aujourd’hui qu’à l’époque de l’URSS de Staline, la colonie IK-2 a la réputation d’être la plus dure des près de 700 établissements similaires en Russie.

Elle appartient à la catégorie de prisons dite de “zone rouge”, où les gardes maintiennent une discipline sévère. Dans les établissements dits de “zone noire”, l’administration laisse davantage de liberté aux détenus pour organiser la vie à l’intérieur du pénitencier. Et IK-2 “la plus rouge des prisons de zone rouge”, affirme Maria Eismont, une avocate qui a défendu plusieurs anciens détenus de cette colonie pénitentiaire, interrogée par Open Media.

IK-2 n’est pas tant redoutée pour les mauvais traitements physiques infligés aux prisonniers – moins fréquents qu’auparavant d’après les récits d’anciens détenus –, mais pour la “torture psycholoqique” constante qui y est pratiquée. “Ils brisent complètement la volonté des individus”, assure Piotr Kuryanov, un avocat pour la Fondation russe de défense des prisonniers, interrogé par le Moscow Times.

Alexeï Navalny doit “s’attendre à être privé de son humanité”, avertit Konstantin Kotov, un militant russe anti-Poutine, qui a passé plus d’un an à IK-2, interrogé par le quotidien britannique The Independant.

Ce processus de déshumanisation débute peu après l’arrivée à la colonie pénitentiaire n°2, d’après les nombreux témoignages d’anciens détenus. Les nouveaux prisonniers sont d’abord placés pendant deux semaines en quarantaine durant lesquels “ils sont soumis à une pression maximum faite d’intimidation et d’humiliations pendant toute la journée”, résume le site officiel de soutien à Alexeï Navalny.

Sentiment d’isolement absolu

“C’est une succession de règles et d’ordres dont le but unique est de casser le mental de la personne”, assure Konstantin Kotov, interrogé par la chaîne britannique Sky News. Les détenus reçoivent l’ordre de faire et défaire leur lit – en trois minutes maximum – plusieurs fois dans la  journée, de rester debout plusieurs heures d’affilée, sans avoir le droit de regarder ailleurs qu’au sol, tout en répondant plusieurs fois aux mêmes questions sur leur identité et les raisons pour lesquelles ils ont a été incarcérés.

“Mais le plus dur est le sentiment de solitude absolue”, raconte Konstantin Kotov. Il est interdit de communiquer avec les autres détenus, prohibé même de les regarder, et tous les déplacements doivent être faits au pas de course. “Tout manquement à ces règles peut vous valoir un séjour en cellule d’isolement”, précise au Moscow Times Dimitri Demouchkin, un militant d’extrême-droite qui a été incarcéré à IK-2.

Après cette période, les prisonniers sont mélangés au reste de la population carcérale. Contrairement aux prisons traditionnelles, les colonies pénitentiaires n’ont pas de cellules, mais sont divisées en grands dortoirs pouvant abriter jusqu’à 60 personnes. Il y a environ 700 prisonniers répartis dans une douzaine de baraquements.

Ce sont alors des prisonniers “activistes”, c’est-à-dire qui collaborent avec les gardes en échange de quelques avantages, comme le droit de prendre plus d’une douche par semaine, qui font respecter les nombreuses règles.

Les prisonniers n’ont guère de temps libre et tout est fait pour limiter au maximum les moments d’intimité. Impossible d’aller seul aux toilettes, de répondre à son courrier sans être surveillé par un “activiste”. Les repas doivent être “pris en cinq minutes environ”, se souvient Konstantin Kotov.

Les moments de “détente” se résument souvent à de longues séances de télévision en commun, durant lesquelles sont projetées des émissions de propagande pro-Poutine. Il faut alors “se tenir en permanence droit sur sa chaise, sans avoir le droit de regarder ailleurs que l’écran”, se rappelle Dimitri Demouchkin.

Le moindre écart, “comme avoir mal boutonné sa chemise”, peut valoir à un détenu d’être envoyé en zone de “surveillance renforcée”, souligne le militant d’extrême-droite, qui y a lui-même passé plusieurs mois. La liberté de mouvement y est encore plus restreinte et les journées peuvent se résumer à attendre, debout et tête baissée, les ordres des gardes.

Interrogé par l’agence de presse Interfax sur le traitement qui attend Alexeï Navalny à la colonie pénitentiaire n°2, Alexandre Kalashnikov, le responsable fédéral des prisons russes, a répondu “qu’il serait détenu dans des conditions absolument normales”. Ce qui, au vu de ce qui est “normal” à IK-2, n’est pas forcément rassurant.



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