La crise au Liban menace directement la survie des écoles de langue française

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Dans un Liban en faillite, la survie de quelque 300 écoles francophones n’a jamais été aussi menacée, au point que la France a décidé de payer d’urgence une dizaine de millions d’euros pour les écoles. Le Pays du Cèdre est le premier pays au monde en termes de nombre d’étudiants inscrits dans le système français.

La survie de quelque 300 écoles de langue française est menacée au Liban en raison de la crise économique la plus grave de son histoire, préoccupant les enseignants et menaçant l’avenir de la francophonie dans ce pays.

La gravité de la situation est telle que la France a décidé de payer d’urgence une dizaine de millions d’euros pour les écoles dans les prochains mois.

A l’école “Notre-Dame-de-Lourdes”, dans la ville de Zahlé, Colette Moughabghab accueille des parents dévastés par la nouvelle de la fermeture de l’établissement, victime entre autres de la crise économique et monétaire qui a plongé presque la moitié de la population dans la pauvreté.

“J’ai tout fait pour obtenir de l’aide […] mais en vain “, déplore la religieuse qui gère l’établissement.

Comme sa petite école de l’est du Liban, fondée en 1885 dans la plaine de la Bekaa, la survie des 330 autres établissements catholiques du pays, dont plus de 80% sont francophones, n’a jamais été aussi menacée.

Certains redoutent de sérieuses retombées sur un pilier pédagogique, mais aussi sur la Francophonie, dans un Liban où la langue de Molière cède déjà la place à l’anglais.

Pour le père Boutros Azar, secrétaire général des établissements catholiques, la situation est “catastrophique”. “Entre 50 et 75 écoles de notre réseau risquent de fermer” en septembre, a-t-il déclaré. Le réseau élargi d’écoles francophones compte un demi-million d’élèves

Implanté au Liban à partir du XIXe siècle par plusieurs missions catholiques, notamment françaises, ces écoles ont pourtant survécu à de nombreux tests à travers l’histoire, notamment la guerre civile de 1975 à 1990.

Pour la Francophonie, les enjeux sont importants. Le Liban est “le premier pays au monde en termes de nombre d’élèves inscrits dans le système français, loin devant le deuxième, le Maroc”, souligne l’AFP l’ambassadeur de France à Beyrouth, Bruno Foucher.

Les établissements agréés, labellisés ou certifiés par la France forment quelque 120 000 étudiants. Au total, le réseau élargi d’écoles francophones compte un demi-million d’élèves, soit 50% de la population nationale. Près de 50 000 étudiants du réseau, plus d’un quart, sont musulmans.

La Mission laïque française, qui regroupe cinq établissements à travers le Liban, connaît également sa pire crise depuis son implantation dans le pays, il y a plus d’un siècle. Plus de 1 500 départs sont prévus et 180 enseignants ont déjà été licenciés.

“Je ne pourrai pas envoyer mon deuxième enfant à l’école l’année prochaine”

Dans le bureau de Colette Moughabghab à Zahlé, Samer et son épouse font le suivi des questions, la mine se désole, tandis que leur fils Julien, 7 ans, erre dans son ancienne école.

Pour les parents qui peuvent se le permettre, les élèves seront transférés dans une autre école au début de l’année scolaire. Mais ce père de 47 ans a été contraint de faire un choix difficile.

“Je ne pourrai pas envoyer mon deuxième enfant à l’école l’année prochaine”, explique-t-il.

“Je gagne 1,2 million de livres par mois”, soit un peu plus de 150 dollars, contre 800 dollars devant une chute de la monnaie nationale, qui a plongé toute une partie de la population dans la pauvreté en l’espace de quelques mois.

Ces écoles sont d’autant plus importantes que les écoles publiques, dépassées par l’afflux massif de réfugiés syriens depuis 2011, sont sous-équipées face au basculement attendu l’an prochain de 120 000 nouveaux élèves dans l’enseignement public, indique une source au ministère de la Éducation.

Pour tenter d’éviter le pire, l’aide française prévoit un plan d’urgence de «plusieurs millions» dédié à une cinquantaine d’écoles agréées – prêts à taux zéro et bourses scolaires aux familles libanaises -, un fonds spécifique pour les écoles chrétiennes et un plan spécial pour tous Écoles francophones.

Avec AFP



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