La France, terre populaire auprès des suspects du génocide rwandais

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L’arrestation près de Paris de Félicien Kabuga, un homme d’affaires rwandais considéré comme le financier présumé du génocide de 1994, pose la question de la présence de longue date et du suivi tardif des génocidaires présumés en France.

L’arrestation du financier présumé du génocide au Rwanda, samedi 16 mai, près de Paris, a jeté une lumière crue sur la présence ancienne et la chasse tardive des génocidaires présumés en France, qui est resté jusqu’à la fin l’allié du dernier régime hutu.

“C’est un coup de tonnerre! Kabuga arrêté, et arrêté en France! Cela fait vingt-six ans que Kabuga se cache …” Rwanda (CPCR).

Félicien Kabuga, 84 ans, est l’une des pièces maîtresses du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, mettant sa fortune et ses réseaux au service du financement des tueries, selon l’acte d’accusation de justice internationale.

Alain Gauthier et son épouse franco-rwandaise Dafroza – qui a perdu plusieurs membres de sa famille lors du génocide – ont commencé il y a vingt-trois ans un travail solitaire et colossal en quête de justice. En 2001, ils ont cofondé le CPCR, dans le but “de traduire devant la justice française les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide” [et] qui a trouvé un accueil souvent trop accommodant sur le sol français “.

Zones grises

Les zones d’ombre sur le rôle de Paris avant, pendant et après ce génocide – qui selon l’ONU au moins 800 000 personnes sont décédées d’avril à juillet 1994, principalement parmi la minorité tutsi, mais aussi parmi les Hutus modérés – restent une source de controverse récurrente En France.

Parmi les points les plus controversés figurent l’étendue de l’assistance militaire fournie par la France au régime du président hutu rwandais, Juvénal Habyarimana, de 1990 à 1994 et les circonstances de l’attentat qui lui a coûté la vie le 6 avril 1994, déclenchant la génocide.

En avril 2019, le président français Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture des archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 à une commission d’historiens et un renforcement des moyens judiciaires pour poursuivre d’éventuels génocidaires qui seraient en France.

Cet aspect est sensible, car plusieurs personnes soupçonnées par Kigali d’avoir joué un rôle dans le génocide résident en France, comme Agathe Kanziga, veuve de Juvénal Habyarimana, que la justice française a refusé d’extrader en 2011. Elle est souvent présentée comme l’une des les dirigeants de “l’Akazu”, le premier cercle du pouvoir hutu qui, selon ses accusateurs, a planifié et mis en œuvre le génocide.

Une terre prisée par de prétendus génocidaires

Depuis une vingtaine d’années, le couple Gauthier a transmis aux tribunaux des informations sur “une trentaine de cas” de génocidaires suspects de réfugiés en France. Ces procédures ont abouti à trois condamnations et plusieurs licenciements. Les enquêtes – une trentaine – ont été longues et souvent tardives.

Pour Pierre Nsanzimana, président d’Ibuka France, une association de soutien aux victimes du génocide, l’arrestation de Kabuga “c’est vraiment une énorme nouvelle pour les survivants”. “Mais cela ne nous empêche pas de poser des questions sur les protections qu’il a pu avoir et sur le fait qu’il est en France depuis si longtemps”.

Florent Piton, chercheur à l’Université de Paris, spécialiste de l’histoire du Rwanda, souligne que “l’arrivée de proches de l’ancien régime en France est liée à l’existence de réseaux antérieurs”. “Je ne sais pas si nous pouvons dire que la France était une terre d’asile, mais c’était une terre populaire auprès des génocidaires présumés, comme la Belgique, car il y avait des liens institutionnels antérieurs”.

“La France, au moment du génocide, a accueilli sur son sol des personnalités qui se sont distinguées, comme Agathe Habyarimana, partie dans le premier avion qui a décollé de Kigali”, poursuit-il.

Mais, nuance-t-il, “l’obstruction à la justice ne passe pas nécessairement par une volonté politique, elle dépend des moyens qui lui sont donnés”. “En France, on a vu une différence, avec une accélération des enquêtes, lors de la création du pôle ‘crimes contre l’humanité’ en 2012”, note-t-il. “Les enquêtes sont évidemment facilitées par le fait que les relations entre Paris et Kigali sont aujourd’hui plus fluides”.

“Comment se fait-il que ce n’est qu’en 2018 que le parquet a, de sa propre initiative, arrêté l’arrestation d’une personne soupçonnée d’avoir participé au génocide?”, S’interroge cependant Alain Gauthier.

“Photo de 17 ans”

“Il n’est pas normal que cela nous ait pris vingt-cinq ans et que tous les dossiers qui se trouvent dans les bureaux des juges jusqu’à l’année dernière soient des dossiers que nous avons déposés”, affirme-t-il.

Contacté par l’AFP, un ancien enquêteur de la gendarmerie française explique sous couvert d’anonymat pourquoi ces enquêtes sont si difficiles: “Nous recherchions des suspects en fuite, qui avaient changé d’identité, qui se déplaçaient tout le temps et pour certains en avaient beaucoup des ressources. ”

“Pour Félicien Kabuga, recherché depuis 1997, nous avions une photo de 17 ans. Il y a environ six ans, sa femme vivait en Belgique, il a été successivement localisé au Congo-Kinshasa, au Kenya”, raconte-t-il. . “Nous avons eu plusieurs fois des informations pour le localiser en France. Nous avons essayé de l’appeler à Paris la veille de Noël il y a quelques années, mais sans succès.”

“Il est encore remarquable que la France l’ait arrêté: il y avait depuis des années une notice rouge d’Interpol le concernant ainsi que tous les autres pays où il s’était rendu ont échoué”, note-t-il.

Selon François Graner, de l’association Survie, l’arrestation de Kabuga est “un très bon signe d’activité de la justice et de la gendarmerie française”. Mais cela “pose la question du soutien français dont” bénéficient ces prétendus génocidaires.

“Pourquoi la justice pénale n’est-elle pas plus intéressée par Agathe Kanziga, alors que la justice administrative [française] a établi un rôle si sérieux qu’il était impossible de lui accorder l’asile? “Il a demandé.

La France n’a jamais extradé de suspect de génocide vers le Rwanda. La veuve Habyarimana, installée dans un petit pavillon de la région parisienne, “sans papiers, mais pas expulsable”, selon son avocat, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme.

Avec AFP



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