la préoccupation des étudiants avant d’entrer dans la vie active

0
64



L’épidémie de Covid-19 frappant durement l’économie, de nombreux étudiants diplômés craignent de ne pas trouver d’emploi après l’obtention de leur diplôme. Pour éviter ce scénario, certains jeunes se disent prêts à faire des concessions, voire à envisager un statut plus précaire.

Chez les étudiants, la peur de ne pas trouver d’emploi s’est accrue avec l’épidémie de Covid-19 et la crise économique qui se profile. Soucieux de leur avenir, certains élaborent des stratégies pour éviter le chômage (pour ceux qui ont déjà travaillé et peuvent éventuellement demander des prestations), ou le non-emploi après avoir quitté l’école.

“Je n’ai pas confiance en mon entrée dans le monde du travail”. Dans quelques semaines, Agathe, étudiante en master communication à Sciences-Po Toulouse, terminera son stage de six mois dans une entreprise de cosmétiques.

Si elle espérait voir son stage se transformer en un long contrat, elle est désormais moins optimiste. “C’était une de mes alternatives, mais j’ai réalisé que ce ne serait pas possible. J’ai appris que mon entreprise avait gelé les embauches pendant la crise”, déplore-t-elle.

>> Lire aussi: Partiels et intelligence artificielle: les universités face à la tentation de la télésurveillance

Un scénario vécu par François également, étudiant l’année dernière dans une école de commerce privée. Employé alternativement dans une grande banque française, il avait prévu dans cette entreprise pour laquelle il a travaillé pendant deux ans.

Mais la crise sanitaire est passée par là. “Ma direction m’a confirmé qu’elle ne me recruterait pas: j’ai pleuré mes projets”, regrette François, qui prévoyait également de se rendre en Asie pendant un an à la fin de ses études.

François et Agathe ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Un tiers des étudiants en dernière année et 40% des jeunes diplômés se disent inquiets – voire très inquiets – de leur avenir professionnel, selon une étude publiée le 5 mai et réalisée par Jobteaser, plateforme d’orientation et de recrutement. Selon cette même étude, 70% des entreprises ont suspendu partiellement ou totalement leur recrutement de jeunes.

Jeunes vulnérables sur le marché du travail

Dans un rapport publié mercredi, l’Organisation internationale du Travail s’inquiète de conséquences encore plus durables. “Sachant que la récession provoquée par la crise de Covid-19 est beaucoup plus grave que dans les cas précédents, nous devons nous attendre à des pertes de salaire à long terme pour les cohortes de jeunes qui n’ont pas la chance de quitter l’école ou l’université à la fin de cette année scolaire 2019-2020 “, peut être lu dans le document.

Si ces futurs diplômés sont parmi les plus fragiles face à la crise économique, tout le monde ne devrait pas en payer le prix fort. Selon une étude récente de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), les plus exposés sont les “jeunes des promotions 2019 et 2020”, diplômés des “disciplines moins recherchées”, car ils “risquent de rencontrer un marché des l’emploi “embouteillé” par leurs aînés de la promotion précédente, qui n’ont pas encore trouvé d’emploi “.

Interrogée par France 24, Vanessa Di Paola, économiste spécialisée dans l’insertion professionnelle des jeunes, souligne pour sa part une “très grande hétérogénéité des situations”.

>> Lire aussi: Stress, isolement, précarité… La double peine pour les étudiants étrangers en internement

Si les jeunes diplômés de certains secteurs “fortement impactés par la crise comme le commerce, la restauration et le monde de la culture”, seront probablement les moins avantagés, selon l’économiste, également professeur à Aix-Marseille Université, d’autres pourraient bien faire: “Les étudiants des secteurs de la santé et des services sociaux ne sont peut-être pas particulièrement touchés par la crise, car la demande n’a pas ralenti”, prévoit-elle.

Évitez une “génération sacrifiée”

Face à ce contexte angoissant, des voix s’élèvent pour soutenir ces futurs diplômés, à l’image de ceux des membres de la Conférence des présidents d’université (CPU).

“Il est extrêmement important qu’il y ait des mesures de soutien à l’emploi des jeunes diplômés qui entreront sur le marché du travail à la rentrée 2020”, pour que cette génération ne soit pas “sacrifiée”, a par exemple déclaré le président de la CPU. , Gilles Roussel.

Vanessa Di Paola déplore que ces étudiants en fin de cursus ne bénéficient “d’aucun dispositif financier” pour leur entrée dans la vie active. “Certains étudiants n’ont pas d’emploi, n’ont pas eu d’emploi et n’ont donc pas droit au chômage. Comme ils ont moins de 25 ans, ils n’ont pas non plus droit au RSA”, explique-t-elle. “Nous devrons faire attention à ce sujet [des aides financières]Parce que cette crise est d’une ampleur plus grande que celle que nous avons connue. “

>> Lire aussi: Covid-19: les étudiants les plus précaires acculés par l’enfermement

Au cours des dernières semaines, des propositions ont vu le jour pour ces futurs diplômés. Le délégué général de la République en Marche, Stanislas Guérini, par exemple, a évoqué la création d’une “prime à l’embauche” pour les jeunes, tandis que l’eurodéputé EELV Yannick Jadot a recommandé de créer 300 000 emplois subventionnés cette année.

Le gouvernement travaille également sur des mesures visant à faciliter l’apprentissage et l’emploi. “Il faut faire quelque chose pour la jeunesse française” et notamment “soutenir l’apprentissage et je sais que [la ministre du Travail] Muriel Pénicaud y travaille pour éviter de sacrifier une génération “, a déclaré mardi Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat à l’Economie.” Nous devons faciliter l’embauche de jeunes, et donc nous devrons prendre des mesures fortes dans ce sens “, a-t-elle ajouté. Les entreprises pourront-elles donc bénéficier de l’exonération des charges si elles recrutent des jeunes?” Nous verrons », a répondu Agnès Pannier-Runacher.

Le futur plan de relance, présenté à l’automne, devrait également comporter, selon le ministre du Travail, “un volet compétences et un volet emploi très important, notamment auprès des jeunes”.

Exigences moindres

En attendant la mise en place de ces mesures, les futurs diplômés recherchent des solutions pour s’intégrer rapidement au marché du travail. Malgré un climat défavorable, ils n’ont pas l’intention d’abandonner. Par exemple, à la fin de son stage, Agathe souhaite chercher activement un emploi. “Je vais retourner chez mes parents pour trouver un emploi car, sans rémunération, je ne peux pas garder mon appartement. Mais je ne serai pas loin de Paris, donc je pourrai revenir pour des entretiens”, a-t-elle expliqué.

D’autres préfèrent laisser passer l’été, comme Manon, diplômée en mars d’une école de commerce et sans emploi depuis. “Je regarde les offres sur Internet, mais je sais que les entreprises n’ont pour l’instant pas la priorité d’employer un junior. Je pense par contre qu’en septembre, la concurrence sera encore plus rude”, s’inquiète-t-elle.

Vanessa Di Paola l’assure: l’insertion professionnelle des jeunes diplômés risque d’être reportée. “Lorsqu’ils entreront dans la vie active, ils n’auront pas la priorité. Ils seront placés dans la file d’attente qui risque d’être alourdie par tous les salariés qui ont bénéficié de mesures de chômage partiel”, a-t-elle craint.

Une précarité déjà à l’œuvre

Craignant cette pression concurrentielle à l’automne, certains jeunes se disent prêts à accepter le statut précaire. Avant l’internement, François, l’élève de l’école de commerce, imaginait pouvoir quitter l’école facilement avec un CDI en poche.

Mais aujourd’hui, il n’y croit plus. “Je suis prêt à accepter un contrat à durée déterminée et un salaire inférieur”, admet-il. De son côté, Agathe envisage la possibilité de “refaire un stage”. “Ce sera compliqué, car je devrais m’inscrire à nouveau à l’université”, note-t-elle.

Des stratégies qui ne surprennent pas Vanessa Di Paola. “Avant l’internement, il y avait déjà une augmentation du statut précaire et des contrats à temps partiel chez les jeunes”, explique le spécialiste de l’insertion professionnelle. “La crise pourrait alors accentuer cette tendance comme ce fut le cas lors de la récession de 2010 et 2011”.

Faire des concessions, c’est aussi, pour ces jeunes, accepter un emploi par défaut, voire changer de secteur. “Je vais jeter un large filet pour avoir plus de chances de trouver un emploi”, explique Agathe, qui souhaite devenir attachée de presse spécialisée dans la mode et le luxe. “Je suis prête à accepter un poste qui n’est pas très valorisant dans mon domaine et qui se situe au bas de l’échelle après cinq années d’études supérieures”, dit-elle.

Le chômage en dernier recours

Autre option: le chômage. François se donne un maximum de six mois sans emploi. Le jeune homme souhaite donc “prendre son temps pour chercher”. “J’ai peur de faire un travail que je n’aime pas ou d’accepter un contrat par défaut”, admet-il.

Mais le chômage de longue durée peut également avoir de graves conséquences. “Nous devons éviter de nous enfermer dans le chômage et le chômage”, plaide Vanessa Di Paola. “Tout ce qui permettra de ne pas rester trop longtemps dans cette situation d’attente est une solution. Pour certains, ce sera un stage supplémentaire ou un emploi moins qualifié que celui envisagé ou même un poste dans un secteur d’activité loin d’être original projets », explique-t-elle.

Malgré ces circonstances économiques sans précédent, certains étudiants demeurent optimistes, comme Manon. «Cette période d’attente nous donne le temps de respirer, de nous concentrer sur nous-mêmes et de préparer un projet. Et lorsque les entreprises iront mieux, elles penseront à nous», espère-t-elle. Pour ces jeunes, diplômés de la crise de Covid-19, il faudra de la patience et de la motivation pour affronter le marché du travail.



Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici