L’accord Israël-EAU, signe d’un “ nouvel état d’esprit ” au Moyen-Orient

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Donald Trump a annoncé jeudi un “accord de paix historique” entre Israël et les Émirats arabes unis. Ce rapprochement, fruit de négociations tripartites, divise sur la scène internationale mais aussi au niveau régional. Les cartes pourraient bien être remaniées au Moyen-Orient. France 24 fait le point.

L’accord annoncé jeudi 13 août entre Israël et les Émirats arabes unis a été salué comme le début d’une «nouvelle ère» par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Les Emirats deviennent le troisième pays à normaliser ses relations avec l’Etat hébreu après l’Egypte (avec les accords de Camp David en 1978) et la Jordanie (en 1994).

Une annonce diversement reçue par la communauté internationale. L’Europe salue cet accord, en particulier la France et le Royaume-Uni. Au contraire, l’Autorité palestinienne y voit “une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne”, tout comme la Turquie et l’Iran.

  • Normalisation complète des relations

La déclaration conjointe des États-Unis, d’Israël et des Émirats arabes unis parle d’une «normalisation complète des relations» entre l’État hébreu et les Émirats.

Il est également précisé que << les délégations (des deux pays) se réuniront dans les semaines à venir pour signer des accords bilatéraux sur l'investissement, le tourisme, les vols directs, la sécurité, les télécommunications, les technologies, l'énergie, la santé, la culture, l'environnement, l'établissement d'ambassades réciproques ou autres domaines (présentant) des avantages mutuels ».

«Cet accord témoigne d’un nouvel état d’esprit au niveau régional», explique David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques (The Harmattan) , contacté par la France 24. «C’est la concrétisation de liens, de relations plus ou moins discrètes ces dernières années, mais de plus en plus approfondies entre Israël et les pétromonarchies, que ce soit là avec les Émirats arabes unis, ou avec l’Arabie saoudite ou Bahreïn. “

  • Relations “discrètes” entre Israël et les Emirats avant l’accord

Si cet accord peut paraître surprenant, compte tenu notamment des positions d’Israël et des Emirats sur la cause palestinienne, les deux pays ont travaillé en coulisse pour rapprocher cela. «C’était un travail de diplomatie discrète, car nous n’avons pas vu venir cet accord de normalisation entre les deux pays», a déclaré Armelle Charrier, chroniqueuse internationale à France 24.

Mais ce travail n’a pas commencé récemment, comme l’explique David Rigoulet-Roze: «Des relations discrètes se sont nouées ces dernières années avec les pétromonarchies en général et les Emirats arabes unis en particulier, notamment face à ce qui est perçu comme une menace iranienne. . “

Une relation discrète que les Emirats ont cependant rendue de plus en plus visible dans leur rapprochement avec Israël. << Fin 2018, deux ministres israéliens - Ayoub Kara, ministre des Télécommunications et Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports - ont fait un déplacement à Abu Dhabi qui, au-delà de leur champ de compétence, avait évidemment une dimension politique. le 20 mai, premier vol direct de la compagnie émiratie Etihad d'Abou Dhabi vers l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, destiné à apporter une aide médicale aux Palestiniens dans le cadre de la pandémie Covid », précise l'enseignant-chercheur de l'IFAS. "C'est la compétence de Mohammed ben Zayed al-Nahyan, prince héritier d'Abou Dhabi et dirigeant de facto des Emirats arabes unis, qui veut ce rapprochement avec Israël sans être accusé d'abandonner la cause palestinienne et qui tente de montrer le maintien de cette cause, même s'il y a concrètement des contradictions sous-jacentes. Ce vol devait montrer que la pétromonarchie n'a pas oublié les Palestiniens même s'il y avait par ailleurs l'approfondissement des relations avec Israël. "

  • “Flou” autour de la question des annexions en Cisjordanie

Après l’annonce de l’accord jeudi, un point, et non des moindres, reste en suspens: le plan israélien d’annexion des territoires palestiniens en Cisjordanie. Les interprétations diffèrent à ce sujet.

Aux yeux des Emirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de “mettre fin à l’annexion continue des territoires palestiniens”. Mais Benjamin Netanyahu a tempéré cette déclaration, affirmant que l’annexion est «reportée» mais qu’Israël «n’a pas abandonné». “J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion”, a-t-il même proclamé.

“Il y a une forme d’accord sur les éléments linguistiques en parlant d’une” pause temporaire “concernant cette annexion initialement prévue pour 1euh Juillet et qui n’a pas été efficace », explique David Rigoulet-Roze. Il y a un certain flou qui subsiste, dont les éléments linguistiques sont le reflet. L’expression «pause temporaire» convient finalement aux deux parties car elle leur permet de maintenir leur position sans prendre de décision finale, que ce soit Benjamin Netanyahu qui dit qu’il s’agit d’un report et non d’une annulation. , ou si c’est Mohammed ben Zayed al-Nahyan qui explique dans un tweet que l’accord implique qu’il n’y aura pas de nouvelle annexion. “

  • Trump “est derrière cet accord depuis longtemps”

Donald Trump, qui avait la primauté de l’annonce de cette fusion, en profitera également. “Il s’exprime dans une campagne présidentielle et il a intérêt à montrer de bons résultats”, a déclaré la chroniqueuse de France 24 Armelle Charrier. En plus de cela, le président américain “est depuis longtemps derrière cet accord”, selon David Rigoulet-Roze: “Le 28 janvier, il a présenté le fameux” deal du siècle “censé être un projet de paix entre Israéliens et Palestiniens. Trois ambassadeurs du Golfe étaient présents à l’époque: il y avait les Emirats, Bahreïn et Oman. L’accord Israël-Emirats est d’autant plus important: dans le cadre de sa stratégie de réélection, car il est en grande difficulté sur la scène à l’intérieur – avec l’échec de la gestion de la pandémie de Covid-19 et une situation économique terrible – ce serait une manière de consolider sa base électorale, composée du noyau dur chrétien évangéliste qui entretient des relations très étroites avec Israël. “

Enfin, cet accord est bénéfique à plusieurs égards pour Israël, que ce soit au niveau national ou régional. Riccardo Bocco, professeur de sociologie politique invité en France 24 jeudi soir, explique que ce rapprochement avec les Emirats se déroule dans un contexte où “le Premier ministre n’a jamais été aussi contesté par sa propre base électorale et par la classe moyenne israélienne”. Cet accord lui profitera d’ailleurs sur “le plan stratégique international, à savoir sa lutte contre l’Iran”, selon le spécialiste. «L’alliance avec les Emirats est (de ce point de vue) extrêmement importante, ce qui est également dans l’intérêt des Etats-Unis. C’est un redéploiement des cartes dans le monde arabe, et en particulier dans le Golfe. “





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