L’Algérie garde ses frontières fermées jusqu’à nouvel ordre

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Le gouvernement algérien a décidé de maintenir ses frontières fermées et a informé lundi soir les autorités locales de procéder à un “confinement ciblé” des localités pour lutter contre la résurgence des cas de Covid-19.

L’Algérie a décidé, lundi 29 juin, de maintenir ses frontières fermées jusqu’à nouvel ordre face à une recrudescence des contaminations de Covid-19. Selon les autorités, cela est dû à un “assouplissement” de la population et au non-respect des règles de protection.

Ce rebond risque d’avoir des conséquences durables sur la vie quotidienne des Algériens et sur la situation socio-économique du plus grand pays d’Afrique.

Quel est l’état actuel de la pandémie?

L’Algérie est en proie à une flambée d’infection. Trois semaines après les premières mesures de déconfinement, les records de contamination tombent jour après jour (+305 dimanche).

Selon le dernier rapport officiel, un total de 13 571 personnes infectées et plus de 900 décès ont été enregistrés depuis le premier cas le 25 février.

“Ma grande crainte au vu de ce qui se passe, c’est que nous nous retrouvions dans une situation identique à celle de l’Espagne, de l’Italie. La situation est grave”, s’inquiète le docteur Youcef Boukhari, chef du service de prévention au ministère de la Santé d’Oran et Population (DSP), dans le quotidien francophone Liberté.

Pourquoi ce rebond de la contamination?

“C’est le résultat d’une détente, d’une insouciance, notamment dans certaines wilayas (préfectures) comme à Blida”, près d’Alger, premier foyer de l’épidémie, a déclaré à l’AFP le président du conseil de l’association médicale, Mohamed Bekkat. Berkani.

Mais la situation n’est pas “catastrophique”, juge le Dr Bekkat Berkani, membre du comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie. Pour lui, la première vague n’est pas encore terminée.

Quelles mesures les autorités ont-elles prises?

Un couvre-feu est en place dans 29 des 48 préfectures du pays. Le gouvernement a averti lundi les autorités locales de “cibler le confinement des localités, communes ou quartiers avec des épidémies ou + grappes + de contamination”.

Le port du masque est obligatoire et les contrevenants sont condamnés à de lourdes amendes.

Tout rassemblement public est strictement interdit.

Enfin, les frontières restent fermées jusqu’à nouvel ordre.

Comment réagit la population?

La population n’a pas pleinement respecté les mesures de prévention. Certains continuent d’affirmer que le virus est une invention de l’État, notamment sur les réseaux sociaux.

Bien qu’obligatoire, le port d’un masque n’est pas généralisé.

Des cortèges de mariage – c’est la saison – ont été vus et des manifestations de “Hirak”, le mouvement de protestation anti-régime, ont repris dans les provinces, malgré l’interdiction de tous les rassemblements publics.

Dans les quartiers populaires d’Alger, où les familles vivent dans des conditions de surpeuplement, beaucoup bravent le couvre-feu.

Le Dr Bekkat Berkani regrette que certains aient repris leurs habitudes “comme avant”. Et il critique les partis politiques “plus soucieux de leur cuisine interne que de l’union sacrée pour lutter contre le Covid-19”.

Et le personnel de santé?

“Tout le monde est essoufflé. Les médecins sont au bout de leur corde. Les structures hospitalières sont débordées”, explique le chef du barreau, jugeant que “les institutions de l’Etat étaient quelque part faibles”.

Quel sera l’impact humain et économique si le rebond persiste?

Beaucoup ont déjà perdu leur seule source de revenus.

Pour ceux qui travaillaient dans les petits métiers du secteur informel et n’avaient pas de couverture sociale, “l’impact est terrible”, se souvient l’économiste Mansour Kedidir: “Ils étaient dans l’insécurité. Aujourd’hui, ils sont dans l ‘” extrême pauvreté “.

Les associations caritatives et les comités de quartier collectent des dons pour les plus pauvres du pays.

“L’économie algérienne a été très durement touchée mais la machine ne s’est pas arrêtée”, a expliqué Mansour Kedidir.

Mais si de nombreuses entreprises publiques ou privées se sont adaptées, les petites entreprises ont perdu “la moitié de leur chiffre d’affaires”.

Quant à Air Algérie, la compagnie aérienne nationale, elle pourrait perdre 89 milliards de dinars (612 millions d’euros) d’ici la fin de l’année.

Peut-on s’attendre à ce que les frontières soient fermées pendant plusieurs mois?

La décision de maintenir les frontières fermées est “bénéfique jusqu’à ce que l’épidémie soit maîtrisée”, a déclaré le Dr Bekkat Berkani.

“C’est une mesure de précaution qui protégera certainement l’Algérie des cas importés. Le Covid-19 est une maladie importée en Algérie par deux immigrés de France”, se souvient-il.

Certes, la fermeture des frontières se fera sentir sur l’économie mais l’Etat n’a pas le choix face à une augmentation exponentielle des cas, estime l’économiste Mansour Kedidir.

Ce dernier estime cependant que si les mesures préventives sont pleinement respectées, les frontières pourraient rouvrir dans quinze jours.

Avec AFP



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