l’armée tire sur un paysan et essaie de le faire passer pour un guérillero

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Alejandro (pseudonyme) est un fermier local qui voulait rester anonyme pour des raisons de sécurité. Il indique également que la population a appris pour la première fois l’arrestation des deux autres paysans, avant de découvrir qu’Oriolfo Sánchez avait été tué.

D’abord, nous sommes allés voir les soldats pour demander la libération des deux paysans. Mais quand nous sommes arrivés chez eux, vers 17 heures, ils venaient d’être libérés. C’est alors que les deux paysans nous ont informés que Oriolfo Sánchez avait été tué plus tôt dans la journée.

Nous avons ensuite vu des soldats un peu plus loin. Ils marchaient avec une civière, sur laquelle il y avait un corps enveloppé. Nous nous sommes donc approchés d’eux pour leur demander pourquoi ils avaient tué Oriolfo Sánchez et pourquoi ils lui avaient enlevé son corps. Ils ont dit que c’était alias “Cabuyo”. Nous avons dit que ce n’était pas lui et que nous allions en parler à la mairie, à la “Personería” et à la “Defensoría del Pueblo” à Anorí [entités publiques chargées de défendre les droits de l’Homme, NDLR]. Les soldats avaient déplacé le corps vers un endroit où devait arriver un hélicoptère, à 400-500 mètres de l’endroit où Oriolfo Sánchez avait été tué.

Plusieurs vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent un corps enveloppé dans une bâche blanche, entouré de soldats et de paysans.

Dans la vidéo ci-dessous, on entend notamment une femme qui crie: “Nous savons que vous avez assassiné un paysan, pourquoi vous? […] Tu allais passer ce paysan pour une guérilla! Ce n’est pas une guérilla, nous n’allons pas vous laisser le faire passer pour une guérilla! Nous n’allons pas vous permettre de le prendre! “Nous entendons également un bruit d’hélicoptère. Le corps enveloppé est visible de 0’03, très loin, en dessous.

“Le paysan Ariolfo Sánchez Ruíz a été exécuté par l’armée colombienne à Anorí, Antioquia. La communauté a empêché les soldats de retirer le corps du corps. Allaient-ils le faire passer pour un faux positif, un homme tué au combat?”, A demandé ce surfeur.

Cette vidéo montre une scène similaire, mais filmée de plus près. Nous pouvons entendre la même femme crier: “Nous n’allons pas vous permettre de la prendre!”

Alejandro (pseudonyme) poursuit:

L’attitude des soldats était vraiment étrange. Je pense qu’ils ont compris dès le départ qu’ils n’avaient pas tué l’alias “Cabuyo”. Du coup, nous avons tous dit que Oriolfo Sánchez allait être un nouveau “faux positif” …

Alejandro (pseudonyme) fait référence à une pratique macabre de l’armée colombienne au début des années 2000, connue sous le nom de scandale des «faux positifs»: elle a exécuté des milliers de civils innocents, les présentant comme des guérilleros tués au combat, afin de prouver son «efficacité» “dans sa lutte contre la guérilla. Une pratique destinée à obtenir des bonus ou des autorisations.


Dans cette autre vidéo, transmise par José David Hernández, nous voyons de la fumée jaune à côté du corps d’Oriolfo Sánchez. Il est utilisé pour aider l’hélicoptère militaire à savoir où atterrir.

Le corps d’Oriolfo Sánchez a finalement été retrouvé le lendemain, notamment en présence de la “Personería” d’Anorí, avant d’être enterré dans le village quelques jours plus tard.


Vidéo tournée par José David Hernández, le jour des funérailles d’Oriolfo Sánchez, à Anorí.

Photos prises par José David Hernández, le jour des funérailles d’Oriolfo Sánchez, à Anorí. Photo 1: “Plus de faux positifs, plus, l’agriculteur doit être respecté.” Photo 2: “L’homicide d’un paysan est un crime d’État.” Photo 3: “L’État et ses forces ont été créés pour défendre et protéger notre droit principal, qui est la vie, et non pour nous l’enlever.”

La réaction de l’armée: les faits “doivent faire l’objet d’une enquête”

Dans un tweet publié le 20 mai, Juan Carlos Ramírez Trujillo, commandant des troupes présentes à Anorí, a déclaré que les événements qui s’étaient produits “dans le cadre d’opérations militaires” étaient “soumis à enquête”. La rédaction d’Observateurs de France 24 l’a contacté mais n’a pas encore reçu de réponse. Nous publierons sa réponse si elle nous parvient.

Outre l’assassinat d’Oriolfo Sánchez, les relations entre le monde paysan et la police étaient déjà tendues depuis le 9 mai, lorsque cette dernière a commencé à détruire les cultures de coca dans la région. Une pratique qui va à l’encontre de l’accord de paix signé en 2016, qui prévoyait notamment un plan de remplacement des cultures illicites, censé favoriser la recherche de solutions alternatives à la culture des feuilles de coca, de manière pacifique.

Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).





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