L’avis de M. Maman Sidikou Sambo, Secrétaire permanent du G5 Sahel

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Publié dans Politique

M. Maman Sidikou Sambo, Secrétaire permanent du G5 Sahel

Salam alaykum / La paix soit sur vous! Merci à l’Organisation du monde islamique pour l’éducation, la science et la culture d’avoir organisé ce moment de partage. La situation que nous vivons nous invite à mobiliser le plus large éventail de connaissances conférées par Allah à ses créatures – connaissances, bonnes manières, savoir-faire … C’est donc un plaisir d’échanger avec vous mes perspectives sur “Les entreprises que nous voulons” au Sahel et bien au-delà, la pandémie actuelle nous rappelle à quel point nos destins sont étroitement liés.

Je vous parle de Nouakchott, où se trouve le siège d’une organisation régionale créée il y a six ans à l’initiative du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. Ces cinq États comptent 80 millions d’habitants répartis sur une zone sahélo-saharienne à cheval sur le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Les situations sont diverses dans une zone de 5 millions de kilomètres carrés où la paix et la prospérité coexistent avec les conflits et la pauvreté. Il est donc incorrect de réduire le Sahel à un «Zone de conflit et post-conflit».

De plus, je ne connais aucune entreprise qui n’ait pas connu de conflits – pensez par exemple aux conflits sociaux, qui sont une dimension essentielle du droit du travail. Nous devons donc revoir notre perception, et essayer de porter un regard équilibré et précis – car il est difficile de guérir lorsque le diagnostic est erroné.

La paix, la citoyenneté et la résilience ne peuvent être décrétées en haut. Ce sont avant tout des réalités locales, portées par des acteurs et incarnées par diverses institutions – communautés décentralisées, organisations de producteurs, autorités morales, pour n’en citer que quelques-unes.

Des moyens doivent être identifiés pour construire des sociétés stables et prospères. Cela passe évidemment par la résolution des conflits les plus violents. Mais il s’agit aussi de réfléchir aux conditions d’une prospérité partagée. Nous ne pouvons pas nous passer d’un effort collectif pour plus de justice.

C’est avant tout un impératif moral, auquel le Saint Coran nous presse: «Ô vous qui croyez! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah vous le commande, que ce soit contre vous-même, contre votre père et votre mère ou vos proches »Sourate 4. an-Nisa ‘, verset 135.

C’est aussi la condition d’une plus grande harmonie pour que le consensus autour des valeurs fondamentales d’une société soit la meilleure assurance pour garantir sa pérennité. Il faut donc remettre en question nos valeurs et procéder au «réarmement moral» réclamé par un nombre croissant de Sahéliens.

«Les sociétés que nous voulons» ne peuvent pas tourner le dos à notre passé et à nos cultures. Au contraire, ils doivent mobiliser leur génie pour relever les défis du présent et profiter d’un potentiel considérable – trop souvent négligé.

Comment faire ? Tout d’abord, nous devons ancrer notre travail dans ce qui existe déjà. Prenons l’exemple du Liptako Gourma, une zone qui s’étend sur trois États – le Burkina Faso, le Mali et le Niger. C’est une région où l’intégration régionale souhaitée par les gouvernements gagnerait à s’inspirer de celle des citoyens et des communautés décentralisées.

Nous sommes partis du constat que «la paix, la citoyenneté et la résilience» ne peuvent pas être décrété en haut lieu. Ce sont avant tout des réalités locales, portées par des acteurs et incarnées par diverses institutions – communautés décentralisées, organisations de producteurs, autorités morales, pour n’en citer que quelques-unes.

Animés par cette conviction, avec l’aide de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), nous avons soutenu le «Sahel de demain». Personnellement, je me méfie quand j’entends des gens réclamer “le retour de l’Etat”. Parfois, il est vrai, l’insécurité a conduit certains responsables de l’administration à quitter leur siège. L’administration est souvent faible dans de nombreuses zones rurales. Cependant, les communautés décentralisées ont des compétences et des opportunités qu’il suffit parfois d’identifier et de soutenir.

Nous devrions donc nous concentrer moins sur le «retour de l’État» – vu comme un déploiement d’agents de la capitale – que sur notre capacité à traduire la décentralisation en action. Je ne dis pas que c’est facile et rapide, mais je souligne que c’est possible – et que cela porte ses fruits.

Qu’avons-nous fait?

Nous sommes partis des besoins, car nous avons l’ambition de contribuer à l’amélioration tangible des conditions de vie des sahéliens en facilitant l’accès à des services de qualité. Pour les identifier, notre projet pilote s’est appuyé sur les priorités des citoyens traduites en programmes d’investissement par leurs administrations municipales.

En 2019 et 2020, le Projet de Développement Territorial Intégré (PATI) a été mis en œuvre par l’Unité de Coopération Transfrontalière Décentralisée des Collectivités Territoriales du Sahel (C3Sahel). Basée à Dori (Burkina Faso), cette initiative pilote de coopération transfrontalière rassemble des municipalités des régions du Sahel (Burkina Faso), de Tombouctou (Mali) et de Tillabéri (Niger).

Dans une région de 5,5 millions d’habitants et abritant 30% du cheptel des trois pays, nous avons ciblé l’économie pastorale et la santé des populations (résidents, déplacés et réfugiés). Avec l’UEMOA, nous avons souhaité renforcer la chaîne de valeur de l’élevage au moyen d’infrastructures bénéficiant aux acteurs des filières concernées (aménagement pastoral, points d’eau, coursives, pistes et hangars à bétail, abattoir).

Nous savons que la paix la plus précieuse est celle dont ou oublie les bénéfices. C’est la concorde résultant de la satisfaction mutuelle d’intérêts différents et conciliables. Les troupeaux recherchent l’herbe, où qu’elle se trouve. En retour, il offre du lait, du cuir, des engrais et de la viande. Il n’y a donc pas de fatalité dans un affrontement entre éleveur et agriculteur. Les conflits surviennent lorsque toute l’ingénierie sociale nécessaire pour les prévenir ou les gérer n’existe plus.

C’est là que le concept de «citoyenneté» prend tout son sens – parce qu’on ne peut pas forcer les gens à faire la paix. “Allah appelle à la demeure de la paix et guide qui Il veut vers un chemin droit” sourate 10. Yunus; verset 25).

L’aspiration à la concorde n’est le monopole d’aucune croyance, c’est la première condition pour que la sécurité et le développement règnent. C’est pourquoi, selon nous, il convient de soutenir les initiatives des autorités morales qui, dénuées d’ambitions partisanes, appellent les parties aux conflits à se regrouper autour de l’essentiel.

Par exemple, la progression de l’épidémie de COVID-19 a conduit l’émir de Liptako à lancer un appel à une trêve humanitaire.

En conclusion, la coopération régionale pour la paix doit être une entreprise collective. Cela nécessite un leadership gouvernemental, mais il ne peut réussir que si nous pouvons le traduire en actions concrètes.

Les Sahéliens coopèrent au-delà des frontières, ils accueillent des centaines de milliers de réfugiés sans plaintes ni manifestations xénophobes. Cependant, les besoins ne manquent pas – en infrastructures, en services, en accès au crédit …

Il faut donc cibler les chaînes de valeur qui créent une «solidarité mécanique» entre pasteurs et agriculteurs, ruraux et urbains. Là où les femmes et les hommes partagent un intérêt, les conflits disparaissent.

Travaillons donc, ensemble, pour que les Etats et les citoyens du Sahel disposent des outils leur permettant de transformer leur potentiel en prospérité partagée.

Merci pour votre attention.

M. Maman Sidikou Sambo, Secrétaire permanent du G5 Sahel

21 juillet 2020
La source: LE JOURNAL “LES ENTREPRISES QUE NOUS VOULONS” – JUILLET 2020

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