Le Brésil, nouvel épicentre de l’épidémie?

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Le Brésil totalise 150 000 cas de contamination et 10 000 décès, selon un dernier rapport publié vendredi par les autorités. Pour la communauté scientifique, les chiffres sont sous-estimés et pourraient être 15 à 20 fois plus élevés.

Le Brésil enterre ses morts. Chaque jour, le pays le plus touché d’Amérique latine affiche un nouveau record quotidien: 751 décès supplémentaires liés à Covid-19 au cours des dernières 24 heures, selon le rapport quotidien du ministère de la Santé publié le vendredi 8 mai. Un total de 10 000 des gens sont morts du virus.

Et cette tendance semble à peine prête à s’arrêter: plus de 10 000 cas de contamination supplémentaires ont été enregistrés vendredi, portant à 150 000 le nombre total de cas de contamination. Le Brésil, qui compte 210 millions d’habitants, pourrait devenir le nouvel épicentre de la pandémie en juin.

Le pic n’est pas attendu au Brésil avant plusieurs semaines. Et pourtant, de nombreux États du Sud-Est, du Nord et du Nord-Est voient déjà leurs unités de soins intensifs saturées, dans le public comme dans le secteur privé, ou très proches de la saturation. C’est particulièrement le cas à Sao Paulo, Rio de Janeiro, Amazonas, Pernambuco, Maranhao, Para et Ceara.

De plus, les chiffres officiels restent largement sous-évalués aux yeux de la communauté scientifique, ce qui suggère un bilan national jusqu’à 15 voire 20 fois supérieur.

Sao Paulo, Rio de Janeiro, Amazonas et Ceara particulièrement touchés

L’Etat de loin le plus touché est celui de Sao Paulo (Sud-Est), dont le gouverneur Joao Doria a annoncé aujourd’hui à ses près de 46 millions d’habitants la prolongation de leur internement jusqu’à la fin du mois. “Je voudrais donner des nouvelles différentes”, a déclaré Joao Doria lors d’une conférence de presse, “mais nous sommes au pire moment de cette pandémie” et “la situation est affligeante”.

Cet État à lui seul, moteur économique du Brésil, enregistre près d’un tiers des décès dus à Covid-19 dans le pays, avec 3 416 décès et près de 41 830 cas de contamination.

Deuxième plus grande maison du pays, l’État de Rio de Janeiro a vu sa courbe s’affoler ces derniers jours (15 741 cas et 1 503 sont décédés vendredi), au point que des mesures de confinement total se profilent, notamment à Rio, dans la Copacabana et Quartiers d’Ipanema.

Mais proportionnellement à leur population, les États d’Amazonas (Nord) et de Ceara (Nord-Est) vivent dans des situations encore plus catastrophiques. La première abrite de nombreuses tribus indigènes très vulnérables au virus. Ainsi rapporté à la population, Amazonas (211 décès par million d’habitants) fait près de trois fois plus de décès que l’État de Sao Paulo (74 décès par million d’habitants).

“Jair Bolsonaro, la pire menace” pour combattre le Covid-19

Pour lutter contre la propagation du virus, de nombreux États ont mis en place des mesures de confinement. La Cour suprême a récemment jugé que cette décision incombait aux gouverneurs et aux maires du Brésil, au grand dam du président Jair Bolsonaro.

Cependant, le confinement a atteint les limites de son efficacité, les populations commençant à partir en raison de l’absence de mesures coercitives.

Ce dernier, totalement opposé au confinement, a continué de critiquer les gouverneurs, arguant que le remède était pire que la maladie et que l’économie brésilienne devait être prioritaire. “Peut-être que la plus grande menace aujourd’hui pour endiguer l’épidémie au Brésil est Jair Bolsonaro”, a déclaré le journal médical britannique Le Lancet.

Le Brésil, dont l’économie ne s’est toujours pas remise de la récession historique de 2015 et 2016, risque de contracter son PIB de 5,3% cette année, selon le FMI, en raison de la pandémie.

Pendant ce temps, la déforestation dans la jungle amazonienne se poursuit, atteignant un nouveau record au cours des quatre premiers mois de l’année, selon les données publiées vendredi par l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE), qui utilise l’imagerie satellite pour suivre la destruction. 1202 kilomètres carrés de forêt ont disparu du début janvier à la fin avril 2020, soit une augmentation de 55% par rapport à la même période l’an dernier.

Avec AFP



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