Le gouvernement français a adopté un projet de loi qui met fin au franc CFA, quelles sont les conséquences pour les pays concernés par cette mesure?

0
152


À notre humble avis, ce n’est pas la fin du franc CFA, mais plutôt une réforme de la coopération monétaire entre la France et les pays membres de l’UEMOA.

En effet, la France est liée par des accords de coopération monétaire avec trois zones monétaires africaines, à savoir: la zone monétaire de huit pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UEMOA, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo, de la zone monétaire de six grands-pères membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, CEMAC,: Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad, et enfin les Comores.

Cette coopération est basée sur un accord signé le 4 décembre 1973, dit accord modifié par des amendements en 2005 et en 2014, qui contient trois principes appliqués aux trois zones monétaires et qui déterminent leur régime de change.

– Le premier principe est la parité fixe: le franc CFA et le franc comorien ont une parité fixe avec l’EURO, cette parité n’a pas changé depuis 1994. Un euro = 655, 957 FCFA.
– Le deuxième principe est la garantie illimitée de la monnaie accordée par la France et qui assurerait le maintien de ce taux de change même en cas de difficultés ou de choc sur la balance des paiements.
– Le troisième principe est la centralisation des réserves de change: par un contrôle très rigoureux, les opérateurs économiques sont tenus de convertir la totalité de leurs actifs en devises FCFA aux banques centrales de trois zones monétaires, les réserves de chaque zone étant partagées et centralisées par le banques centrales concernées.

En réalité, c’est cet accord qui a été révisé à la demande des pays membres de l’UEMOA, selon la partie française.

Les pays membres de l’UEMOA ont souhaité voir évoluer le développement de leur coopération avec la France. Leur objectif est de tendre vers une réforme de l’UEMOA, mais aussi de faciliter l’extension de la zone aux sept autres pays membres de la CEDEAO.

La France s’engage à soutenir le processus de création d’une monnaie unique au sein de la CEDEAO lancé en 1983, dont la mise en œuvre est prévue pour juillet 2020. Donnons à cet engagement un bénéfice de doute.

La France n’a pas le choix, ses partenaires européens voient d’un mauvais œil la gestion qu’elle fait des réserves de devises en francs CFA. Au-delà de l’Europe, les États-Unis d’Amérique, le Canada, la Russie, commencent à élever les voix pour que cesse cette exploitation des pays membres de la zone franc.

Grâce à de nombreuses pressions, notamment panafricanistes africains et autres, la réforme de l’UEMOA a donc débouché sur une proposition conjointe de révision du mécanisme de fonctionnement de cette coopération monétaire selon quatre axes:

– Le changement de nom de la monnaie: le franc CFA prend le nom ECO, à parité fixe avec l’EURO;
– La suppression de l’obligation de centraliser les devises de change sur le compte d’exploitation, logé au Trésor français;
– Le retrait de la France des instances de gouvernance de la zone UEMOA;
– La mise en place concomitante de mécanismes ad hoc de dialogue et de suivi des risques (notamment reporting, échange).

C’est en gros notre compréhension du contenu de l’accord de coopération monétaire entre le gouvernement français et les pays membres de l’UEMOA, signé le 21 décembre 2019.

Cet accord sera transmis à l’Assemblée nationale française pour ratification, une fois ratifié, il remplacera l’accord existant de 1973. Il sera complété en 2020 par un accord de garantie.

Les pays membres de l’UEMOA ont dû transformer cet accord en une formidable opportunité de sortir du joug de l’ancienne puissance colonisatrice. En effet, ils devraient considérer cette nouvelle situation comme une période de transition pour s’orienter vers la monnaie unique commune, l’ECO, qu’ils ont contribué à créer au sein de la CEDEAO, qui permettrait de concrétiser le processus engagé de création d’une monnaie unique commune, de CEDEAO, depuis 1983.

L’UEMEOA et la CEDEAO doivent unir leurs efforts pour réaliser une véritable zone monétaire ouest-africaine, gage d’une véritable intégration économique et monétaire sous-régionale. L’ECO CEDEAO devrait maintenir son taux de change flexible pour permettre à la grande zone monétaire ouest-africaine de bien commercer avec le reste du monde, créant ainsi de nombreuses entreprises industrielles, sources de richesse, compte tenu du grand potentiel de ladite zone.

La CEDEAO doit progresser, rester unie, l’Afrique gagne!

Par Issoufou BOUBACAR KADO MAGAGI. (Contribution Web)



Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici