Le sort des Libyens entre les mains de Moscou et d’Ankara

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La déroute du maréchal Haftar, repoussée de Tripoli et de l’ouest de la Libye, a ouvert une nouvelle phase dans la lutte pour le pouvoir en Libye. Les principaux acteurs internationaux du conflit, la Russie et la Turquie, sont désormais en première ligne pour trouver une issue à la guerre. Et partager le pays?

En Libye, où l’équilibre des pouvoirs dans le conflit a été inversé au profit du camp du gouvernement d’unité nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, aux dépens de l’Armée nationale libyenne (LNA) du maréchal Khalifa Haftar, tous les yeux sont maintenant tourné vers les pays étrangers.

Plus précisément, envers les deux principaux acteurs internationaux de la lutte de pouvoir en Libye, à savoir la Turquie, dont l’intervention directe dans le conflit, en soutien au GNA, a scellé l’échec de l’offensive de l’ANL lancée en avril 2019 dans la capitale Tripoli (Ouest) et la Russie, qui soutient moins ouvertement le camp de Haftar.

Sur le terrain, les troupes gouvernementales ont dû ralentir leur avance, après avoir repris le contrôle de l’ouest de la Libye. Et de poursuivre leur contre-offensive pour reprendre la ville de Syrte, une écluse stratégique vers l’Est et les principales installations pétrolières du pays, toujours entre les mains du Camp Haftar.

Longtemps sur l’initiative militaire, le maréchal est contraint de renoncer à ses ambitions, même si la Libye reste de facto coupée en deux. C’est dans ce contexte particulier que les sponsors turcs et russes tentent de négocier en coulisses pour l’avenir d’un pays riche en hydrocarbures, mais en proie au chaos depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011.

Les Russes et les Turcs se préparent pour l’après-Haftar

“Moscou et Ankara se positionnent actuellement pour la deuxième phase du conflit, qui s’est ouvert après l’échec de Haftar, et semblent intéressés à trouver un compromis, mais il est encore trop tôt pour savoir ce qu’ils préparent et quels sont leurs objectifs finaux, “Riccardo Fabiani, directeur de projet à l’International Crisis Group, explique à France 24.

Malgré la complexité des relations entre Moscou et Ankara, également partisans de camps rivaux en Syrie, et grâce à la cordiale compréhension du président Vladimir Poutine et de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, les deux puissances, qui n’ont aucun intérêt à s’affronter directement sur le sol libyen, pourrait trouver un compromis.

“La Russie et la Turquie ont des relations complexes, comme on peut le voir sur le théâtre de guerre syrien ou libyen, mais ces deux puissances ont des contacts étroits et des intérêts communs, même si elles divergent sur certaines questions, souligne Riccardo Fabiani En ce qui concerne la Libye, Moscou et Ankara ont beaucoup de discussions, ils ont organisé un sommet en janvier en vue de trouver un accord, en vain, car le maréchal Haftar s’y est opposé. “

“Il y a des troubles diplomatiques et une volonté de leur part de trouver un accord, mais il existe de nombreux paramètres incontrôlables, entre partisans régionaux et acteurs politiques locaux, qui compliquent la situation”, note Riccardo Fabiani.

L’internationalisation du conflit ne s’arrête pas aux Russes et aux Turcs, puisque le Qatar soutient également le Premier ministre Fayez al-Sarraj, tandis que l’Égypte et les Émirats arabes unis soutiennent le maréchal Haftar, sans oublier la présence de “ joueurs occidentaux comme la France ou les Etats-Unis, dont l’influence est toutefois moindre sur le dossier libyen.

Emad Badi, expert libyen au Conseil de l’Atlantique, interrogé par l’AFP, Turcs et Russes “peut trouver un terrain d’entente à la fois politique et militaire, en déterminant des sphères d’influence”, à savoir l’ouest du pays pour Ankara, et l’est pour Moscou. D’autant plus que, compte tenu de l’équilibre des forces, le GNA ne peut reprendre le contrôle de tout l’est de la Libye “, a expliqué France 24, Rachid Khechana, rédacteur en chef de la revue libyenne Chououn, et ancien directeur du Centre maghrébin d’études sur la Libye.

A moins que les deux pays ne s’accordent sur un partage plus global et international, par exemple en laissant les mains libres aux Turcs en Libye et vice versa aux Russes en Syrie. Et signe que le président turc Tayyip Recep Erdogan n’a pas l’intention de renoncer à son influence trouvée dans ce qui était un territoire ottoman jusqu’en 1912, des médias proches du pouvoir ont rapporté vendredi qu’Ankara pourrait établir deux bases en Libye, une au sud-ouest de Tripoli et la d’autres dans la ville portuaire de Misrata.

Le maréchal Haftar, un obstacle à tout espoir de paix?

Il n’en demeure pas moins que nous sommes encore loin d’un accord. La Turquie a annoncé lundi qu’elle poursuivrait ses pourparlers avec la Russie pour tenter de parvenir à un cessez-le-feu en Libye, malgré l’annulation dimanche d’une visite du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Istanbul. et son homologue de la défense, Sergei Choigou. Une visite annulée à la dernière minute et sans explication officielle.

Selon le quotidien turc progouvernemental Yeni Safak, les termes du cessez-le-feu proposé par Moscou à Ankara en prévision de la visite des deux ministres russes étaient similaires à ceux contenus dans l’initiative de paix pour la Libye, proposée le 6 juin par Egypte, soutien du maréchal Haftar. Une initiative rejetée dans son ensemble par la Turquie, plus favorable à un cessez-le-feu parrainé par les Nations Unies, et par le GNA.

«L’initiative égyptienne n’est pas prise au sérieux en Libye, notamment par ceux qui rejettent Haftar, explique Ismaïl Mokhtar, politologue basé à Tripoli, en France 24. Ils n’y croient pas car d’un côté elle émane du Caire, qui est un soutien dès le tout début du maréchal, et donc une partie impliquée dans le conflit, et puis parce que cette initiative n’est apparue qu’après les revers de l’ANL, ce qui montre clairement que ce n’est pas une initiative de paix, mais un Haftar opération de sauvetage “.

Avec l’initiative égyptienne mort-née, les Libyens devraient se voir proposer, dans les prochaines semaines, un accord élaboré par Moscou et Ankara dont le grand perdant serait le maréchal Haftar.

“Il y a eu de nombreuses conférences de paix pour la Libye, mais aucune n’a été couronnée de succès car Haftar y a fait obstruction. Il n’y aura pas de paix dans ce pays, tant qu’il restera dans le paysage politique et militaire libyen”, conclut Ismaïl Mokhtar.



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