l’enquête démarre dans un climat de scepticisme généralisé

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Le juge désigné pour instruire l’enquête sur l’explosion meurtrière de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans le port de Beyrouth entame ses interrogatoires ce lundi, dans un climat marqué par un profond scepticisme de la population envers la crédibilité de la justice libanaise.

Mallettes remplies de dollars, lingots d’or, virements bancaires, retours d’ascenseurs… La corruption, qui a rendu possible le stockage criminel de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth, sera-t-elle au cœur? des interrogatoires qui commencent le lundi 17 août pour établir la responsabilité des explosions meurtrières qui ont dévasté la capitale libanaise?

Dans un tweet, le fondateur de l’ONG Legal Agenda, Nizar Saghieh, a évoqué une enquête “vouée à l’échec depuis sa création”. Une réaction qui fait suite à la nomination de Fadi Sawan, un juge militaire, à la tête de l’enquête. Selon ses détracteurs, cette nomination ne milite pas en faveur d’une enquête audacieuse. Selon l’opinion publique, la mise en place d’une enquête internationale aurait bénéficié d’une plus grande crédibilité, mais cette solution a été fermement rejetée par le président libanais, Michel Aoun.

Cette enquête “complexe”, comme l’appelait le chef de l’Etat libanais, a la particularité de porter sur le stockage négligent de produits chimiques dont de nombreux responsables avaient connaissance. Dans les heures qui ont suivi l’explosion du 4 août, plusieurs responsables libanais ont spontanément évoqué la présence non sécurisée de ce stock de nitrate d’ammonium pendant six ans, tandis que les médias retraçaient en quelques heures le trajet de cette cargaison dangereuse.

Même si Michel Aoun évoque l’hypothèse d’une «action extérieure, avec un missile ou une bombe», la piste des pannes locales reste privilégiée. La question épineuse des responsabilités doit maintenant être tranchée par le juge Fadi Sawan.

Jeu de blâme

Les douanes et les fonctionnaires du port de Beyrouth sont parmi les premiers suspects. Parmi les 25 personnes poursuivies, dont 19 sont déjà en détention préventive, figurent le directeur des douanes, Badri Daher, son prédécesseur, Chafic Merhi, et le directeur général du port de Beyrouth, Hassan Koraytem.

Le juge Fadi Sawan devra donc d’abord établir les conditions d’entrée de cette cargaison dangereuse sur le territoire libanais. Le service des douanes a-t-il délivré une autorisation appropriée? Ou du nitrate d’ammonium a-t-il été introduit dans le port de Beyrouth en graissant quelques pattes?

Le directeur des douanes Badri Daher, dont le service est placé sous la tutelle du ministère des Finances, a déclaré au quotidien L’Orient-Le Jour qu’il avait alerté les tribunaux “à six reprises, entre 2014 et jusqu’à récemment” sur la nécessité de réexporter cette cargaison dangereuse. Quant à la question de l’explosion elle-même, Badri Daher pointe du doigt les autorités du port de Beyrouth en évoquant des «travaux de rénovation».

De son côté, le directeur du port, Hassan Koraytem, ​​dont l’infrastructure dépend du ministère des Travaux publics et des Transports, a déclaré sur la chaîne LBCI que le nitrate d’ammonium était stocké dans un hangar sous le contrôle d’un représentant. de la justice.

Grand déballage … ou pas

Les enquêteurs devront donc démêler les fils des responsabilités dans les services relevant de trois ministères différents: Finances, Travaux publics et transports, Justice. Les premières escarmouches entre les premiers suspects soulèvent la possibilité d’un grand déballage qui mettrait en lumière les ravages de décennies de corruption au plus haut niveau.

Ces soupçons de corruption généralisée suscitent l’indignation des Libanais, qui ont appelé les bailleurs de fonds internationaux à ne pas faire passer l’aide humanitaire par le gouvernement libanais. En visite à Beyrouth la semaine dernière, le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires politiques, David Hale, a appelé à un “moment de vérité” dans lequel “tous ceux qui sont au pouvoir assument d’une manière ou d’une autre” une autre des responsabilités “.





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