Les clés tactiques du sacre européen de l’OM en 1993

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Dans la quête de l’OM pour la gloire européenne, Milan a été le monarque à renverser. Une machine collective finement façonnée par Arrigo Sacchi et disciplinée par Fabio Capello, programmée pour défendre dans un bloc compact, tisser un piège hors-jeu agressif et harceler le porteur du ballon adverse, magnifié par des pièces exceptionnelles. Plutôt que d’ouvrir une voie philosophique encore inexplorée dans la course au sommet, les Marseillais ont marché directement sur les traces des Rossoneri, leur opposant un miroir légèrement déformant pour mieux les battre à leur propre jeu.

“Cela a commencé en 1991, lorsque nous avons joué à Milan pour la première fois (en quart de finale aller de C1), se souvient Bernard Casoni. Nous avons joué haut pour ne pas souffrir.” Pas inquiet de la suprématie nationale de Marseille, Raymond Goethals avait ciblé bien en amont ce mouvement dans la gueule du loup. “Je me souviens de la préparation: tout ce que nous avons fait à l’entraînement était basé sur Milan, et surtout en jouant haut, raconte Éric Di Meco. Nous le faisons depuis deux mois.” Après un début de match avec La Tremblotte, l’OM sortira indemne, leur approche validée par un nul partout. Une pierre stratégique décisive est posée. “Il est resté dans les gènes de cette équipe”, conclut Di Meco.

Un peu plus de deux ans plus tard, dans la bataille du Graal à Munich, la filiation défensive est évidente. Les systèmes diffèrent (3-4-3 Marseille, 4-4-2 Milan), leur animation aussi (marquage individuel dans la zone pour l’OM, ​​zone intégrale pour Milan), mais les remontées des lignes défensives neutralisent autant les Français que les ‘ Les Italiens proposent ainsi une intense séance de triceps aux arbitres assistants, qui signalent quatorze hors-jeu en première période. Un ping-pong qui paralysera le jeu jusqu’en 1995, quand l’abolition du hors-jeu passif (un concept éminemment subjectif, néanmoins, dans un jeu aussi contextuel que le football) rééquilibrera la situation au profit des attaquants, mais l’OM de 93 généralement exploité à son avantage.

Mais si Marseille connaissait Milan par cœur, l’inverse était tout aussi précieux, notamment avec l’infiltrateur Jean-Pierre Papin dans les vestiaires de Rossonero. Pour prendre la défense marseillaise par derrière, Fabio Capello avait insisté sur le match en profondeur. Ce 26 mai 1993, l’OM est privé de son libéro et guide Bernard Casoni, qui a raté la fin de la phase de groupes et a vu la finale sur le banc. Basile Boli doit mener la manœuvre. «Caso avait cette facilité pour faire monter les gars, il avait une grande culture tactique, fait l’éloge d’Éric Di Meco. Basile a été formé au marquage individuel de Guy Roux, et il a fallu du temps pour absorber le côté jouant dans la zone, jouant les off- côté.” Dans les vingt premières minutes, Milan a pilonné l’arrière de l’arrière-garde marseillaise, incapable de gérer les appels de Gianluigi Lentini et Daniele Massaro. Fabien Barthez, 21 ans, mais si calme qu’il s’était endormi dans le bus en route vers le stade, met les gants du sauveur.

Agression, contre-pression et flexibilité

Avant la finale, le futur gardien de but de l’équipe de France avait été très peu sollicité, presque autant protégé par la relative faiblesse de la plupart des adversaires de l’OM que par la solidité défensive globale de son équipe. Les noms les plus humoristiques croisés sur le chemin ne parleront qu’à ceux dans la quarantaine ou aux spécialistes des quiz Sporcle: Dorinel Munteanu et sa patte gauche au Dinamo Bucarest, les attaquants Mark Hateley et Ally McCoist aux Rangers, Ilshat Faizulin au CSKA Moscou et Daniel Amokachi à Bruges.

Cela n’enlève rien à l’étanchéité marseillaise, prouvée par la deuxième période à Munich pour préserver l’objectif décisif de Boli, garanti par des principes de combat relativement simples. “Nous étions très agressifs sur le porteur du ballon et très compacts, décrit Bernard Casoni. Nous avons mis de l’agressivité dans tous les contacts. Et lorsqu’un joueur était éliminé, il y avait toujours un derrière.” La conquête défensive a ainsi été facilitée par la capacité de Marcel Desailly, Basile Boli, Jocelyn Angloma ou Éric Di Meco à défendre de grands espaces tout en imposant leur puissance physique dans le duel. “Nous avions cette sécurité, car il n’y avait pas de tracteurs derrière, acquiesce le gaucher avec des pointes acérées. Quand je jouais avec Marcel derrière moi, à l’OM comme en équipe de France, c’était: ‘Tu vas chasser et peu importe est derrière toi, je suppose. “

En défendant en avançant, l’OM a pris l’apparence d’un rouleau compresseur, parfois aussi suffocant que le Liverpool de Jürgen Klopp, s’installant dans le camp adverse pour ne pas le quitter, redoublant d’efforts à la perte du ballon quinze ans avant la théorisation du gegenpressing. “Lorsque vous jouez haut, les fournisseurs de ballons de l’équipe adverse ne doivent pas avoir trop de temps pour jouer, poursuit Di Meco. Même Abedi Pelé a beaucoup travaillé en récupération. Et Didier (Deschamps), nous connaissons ses tactiques d’intelligence et son agressivité dans la au milieu. Par contre, quand on était un peu plus mal physiquement, parfois on pouvait ouvrir les valves, c’était dur … “

Dans la dalle d’Ibrox pour lancer la phase de groupes, les digues avaient ainsi finalement cédé deux fois sous la pression de l’air des Rangers, sur deux oubliées à l’arrière, tandis que Marseille aurait pu se mettre à l’abri d’un tel déluge en convertissant ses nombreuses chances à 2 -0. Le bateau olympien a donc lancé l’espace de trois minutes en Écosse, plus vingt au début du match contre Milan, donc, et c’est à peu près tout, malgré la diversité des environnements et des oppositions stylistiques. L’explication ne se limite pas à l’engagement du ciel et des guerriers blancs. «Nous avions une bonne culture tactique, souligne Éric Di Meco. Nous avons joué dans plusieurs systèmes, et nous avons pu changer pendant le match. Parfois, nous avons commencé sur une base de cinq, mais nous pouvions glisser avec une latérale remontant au milieu. selon l’adversaire. “Le 3-4-3 ou 3-5-2 de départ est ensuite passé à 4-2-4 ou 4-3-3. Flexibilité façonnée par la polyvalence des éléments défensifs: Di Meco joue piston ou central gauche, bouchon Boli, libero ou arrière droit, bouchon Desailly droit ou gauche, piston central ou droit Angloma, Eydelie et Durand au milieu ou dans un couloir. Cependant, avec un appétit qui les a tous réunis, le ciment des forteresses imprenables, martelé par Éric Di Meco: “le goût du duel”.

Adaptabilité, attaques rapides et coups de pied arrêtés

La semaine dernière, Le Phocéen a organisé un grand tournoi pour départager les plus belles équipes OM de l’histoire. En finale, les 9 000 votants ont élu la version 1990/91 à 55% contre la cuvée 1992/93. Trois décennies plus tard, le panache des vaincus éclipse toujours l’esprit combatif des vainqueurs, contredisant la célèbre maxime de Bill Shankly (“Si vous êtes premier, vous êtes premier. Si vous êtes deuxième, vous n’êtes rien.”). “Cette équipe (93) n’est pas la plus talentueuse dans laquelle j’ai joué, reconnaît sans problème Éric Di Meco. La plus talentueuse est 90 avec Waddle, Francescoli, Vercruysse, Karl-Heinz Foster derrière, Manu Amoros … C’était l’équipe qui a joué le meilleur ballon, avec beaucoup de compétences défensives et offensives. “” En 1993, nous avions peut-être moins de talent, moins de génie qu’en 91, mais nous étions forts “, pèse Bernard Casoni. Nous n’avons jamais abandonné. Nous avions moins de qualité pour sortir le ballon. Nous avons donné le gardien de but, il a dégagé, nous avons gagné le deuxième ballon et nous nous sommes installés dans le camp adverse, ou nous avons obtenu le ballon haut. Nous nous balançions. Il y avait du combat, nous étions durs à jouer. “

En phase offensive, cet OM était un être étrange, adaptable, polymorphe, que l’absence de principes clairs et immuables rendait dépendante du comportement de l’adversaire, des choix individuels et d’une certaine improvisation créative des trois fronts. Face à des équipes regroupées, comme le CSKA ou Bruges, les Marseillais montrent une certaine capacité à donner le ton, à repartir par derrière avec les trois spreads centraux et les stalles de Franck Sauzée comme chef d’orchestre. Abedi Pelé, Rudi Völler et Alen Boksic sont ensuite sollicités aux pieds, souvent de retour au but pour les deux derniers. “Rudi savait garder le ballon et jouer un contre un, Alen allait très vite, Abedi frappait fort au dribble”, liste Bernard Casoni. Les actions se terminent généralement sur les côtés par un centre des pistons montés dans leur couloir, comme sur le splendide mouvement conclu par le ciseau d’Abedi Pelé contre Glentoran. “Nous n’avions pas de numéro dix, même si Abedi venait parfois au milieu de terrain pour récupérer les balles”, ajoute Éric Di Meco, souvent aligné dans le couloir gauche. Nous avons raté une file. Quand Franck est venu prendre le ballon, il a été contraint aller devant. Nous montions, et sur les côtés, nous apportions notre soutien dans les couloirs. C’est le jeu le plus simple à mettre en place quand on n’a pas un fond vraiment identifié, avec des circuits. “

Pelé vs Glentoran, Boksic vs Dinamo Bucarest, Sauzée vs CSKA Moscou

Sinon, il y a toujours les grèves de Sauzée. D’innombrables missiles à longue portée envoyés dans toutes les positions, pour faire pâlir les disciples des Objectifs attendus, mais suffisamment décisifs pour faire du milieu de terrain olympien le deuxième meilleur tireur de la Ligue des champions cette saison (six buts dont un triple contre le CSKA Moscou) derrière Romário. Plutôt qu’une comparaison avec Frank Lampard, également maître des projections à la surface avec une technique de frappe impeccable, Éric Di Meco propose un autre Anglais. “Je préfère dire Jordan Henderson, niveau de taille, attitude dans le jeu, même si Franck était un peu plus fin techniquement et Henderson est peut-être plus percutant dans le duel. Franck aimait défendre, il aimait le duel. Il avait une grande qualité long jeu et il aimait traîner la surface à la lumière. “

A ses côtés, au milieu, Didier Deschamps est bien plus que le simple porteur d’eau parfois présenté aujourd’hui. Celui qui a débuté en libéro au FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau lâche les chevaux au milieu de terrain. Si Leicester a joué douze avec N’Golo Kanté, alors l’OM aussi avec DD. “Avec nous, dans une équipe où il fallait aller haut car on n’avait pas dix et seulement trois attaquants, il allait haut, il en était capable, souligne Eric Di Meco. Et son intelligence, quand il a joué avec Zidane et Djorkaeff en équipe de France, il n’a pas avancé. Il a pu faire moins, faire le sale boulot pour les autres, au service de l’équipe. Didier, c’est tout. Très intelligent, et tout pour l’équipe. “

A travers ses courses avec et sans ballon, Deschamps est aussi l’un des moteurs des attaques rapides, principal bastion offensif de Marseille bien avant que les transitions ne soient identifiées comme les phases clés du jeu. Ils offrent des espaces d’attaque pour la science du déplacement de Rudi Völler, avide de course à l’extérieur, la vitesse d’Alen Boksic, capable de prendre le ballon sous pression, et l’agilité technique d’Abedi Pelé, unique héritier du fantasme du Waddle, Francescoli et Vercruysse. Völler, Boksic, Pelé, trois attaquants souvent visés par un score individuel serré mais capables de se débrouiller seuls pour tourmenter les défenses adverses.

Les diverses combinaisons collectives et kidnappées contre les très faibles Irlandais du Nord de Glentoran se raréfient au fil de la compétition. L’OM prend le tour de la rigueur au fur et à mesure que les enjeux s’intensifient, menant une bataille territoriale souvent gagnée grâce à sa supériorité physique et rythmique, imposant une grande intensité d’entrée chez soi pour marquer son territoire. Dommage pour le gâchis technique, le peu de préparation, les balles balancées loin devant et la prépondérance des interprétations individuelles du jeu. “La force de l’équipe 93 est qu’il a été difficile de bouger, une vraie équipe de guerriers, tactiquement forts, résume Éric Di Meco. Nous avons pu nous mettre au niveau de Milan, nous l’avons montré plusieurs fois, mais nous eu ces difficultés à poser le jeu. Nous avions un jeu solide et direct, donc selon l’adversité, ce n’était pas toujours ça. “

En s’installant dans le camp adverse, les Marseillais proposent également des coups de pied arrêtés, pour lesquels ils étaient particulièrement armés, tant par la qualité des frappeurs (Sauzée, Pelé, Thomas) que des récepteurs. “C’était naturellement lié aux qualités, confirme Éric Di Meco, qui est resté sur la couverture. Basile aimait rouler, il aimait ça, il aimait le duel. Marcel aussi. Alen Boksic n’était pas mauvais. Et avec Goethals, nous sommes passés de s’entraîner à l’attaque-défense pour travailler tactiquement sur la défensive, puis c’était des coups de pied, des coups de pied, des coups de pied … Il a aimé. “

Sauf contre Dinamo Bucarest, les coins sont systématiquement tirés vers l’intérieur et tendus, avec une occupation équilibrée de la surface. A Munich, face aux grands bâtisseurs milanais, Abedi Pelé avait glissé à Basile Boli qu’il viserait le premier poteau. Même avant le début de la course du Ghana, le défenseur entre entre trois Rossoneri sur la ligne des six mètres. Il domine Rijkaard, résiste à l’emprise de Baresi et trompe Rossi. Pour l’histoire.

Perdre à Bari pour gagner à Munich

Après sa première défaite en finale à Liverpool en Coupe de la Ligue 2016, Jürgen Klopp avait remobilisé ses troupes: “Nous nous sentons déprimés, mais maintenant nous devons nous relever. Seuls les idiots restent au sol et attendent la prochaine défaite.” ” L’entraîneur allemand perdra trois autres finales avec les Reds avant de finalement gagner la consécration en Ligue des champions l’an dernier.

Comme Klopp, l’OM a dû apprendre à perdre avant de gagner. Comprenez, pour citer Cruyff, que «l’échec n’est pas la fin du monde, mais le début d’une nouvelle voie». Contre Benfica et la main de Vata, en demi-finale de 1990. Contre le Red Star aux tirs au but lors d’une finale de 1991 qui lui avait été promise. “Avec ces défaites, nous avons réalisé que nous étions des nains en Europe, raconte Éric Di Meco. Nous apprenions. Cette compétition n’est pas facile. Je pense qu’il faut apprendre à la gagner.”

Après avoir été soute à Bari, les Marseillais ont vécu une préparation beaucoup plus détendue en mai 1993, dans un hôtel ouvert, partagé avec les journalistes de TF1, jusqu’à accueillir Chris Waddle, parti à Sheffield l’été précédent, pour l’entraînement. . “Concentré et détendu, pas décentralisé et contracté”, comme aimait à répéter Bernard Tapie, qui voulait alléger une équipe qui n’avait pas réussi à la gérer deux ans plus tôt. Le président a également, année après année, repensé le profil de ses effectifs. “Toutes les modifications ont été faites pour être une machine de guerre à gagner, commente Di Meco. Au détriment peut-être du beau jeu. Mais vous perdez Chris Waddle, vous récupérez Alen Boksic qui avait plus de capacité physique. Vous perdez Jean-Pierre Papin, vous obtenez Rudi Völler, qui était très exigeant et professionnel … Vous perdez Carlos Mozer, vous obtenez Marcel Desailly, qui était très rigoureux. Toutes ces modifications n’ont pas toujours recherché plus de qualité, mais plus de cohésion, plus de personnalité pour l’équipe. “

Le lien qui unit les joueurs est parfois difficile à expliquer, mais cette alchimie est un puissant élixir de performance. “Il y avait une cohésion, un état d’esprit, comme Didier Deschamps, Basile Boli, des gars pragmatiques, qui n’ont jamais abandonné, qui avaient vécu”, a expliqué Bernard Casoni. «Dans cette équipe, je me sentais invincible, car il y avait un esprit combatif, poursuit Éric Di Meco. Dans un match, nous avons tous eu un duel, et chacun a voulu le gagner, ce qui permettrait de gagner collectivement. On pouvait faire parce que nous aimions le défi physique, parce que nous étions physiquement forts, mais aussi tactiquement intelligents. Cette génération, comme celle de 98, c’est tout. “

Les Bleus ont eux aussi dû renaître d’une désillusion, celle de l’automne 1993 qui les a privés de la Coupe du monde américaine. Ils reposaient eux aussi d’abord sur une large base défensive, sur l’engagement et l’agressivité des combattants, puis sur des talents offensifs capables d’exploiter ce qui pourrait être. “Il y avait Marcel au sol, Didier, Fabien dans les buts, expose Éric Di Meco, qui recentre le parallèle autour de celui qui a levé les deux brassards sur le bras. Didier était le taulier. Et Didier, c” est l’OM la culture de notre temps et sa transition vers la Juve, qui finit de la construire comme milieu de terrain de haut niveau et surtout comme stratège, sur le terrain puis comme coach derrière. L’équipe lui ressemblait. “Vingt-sept ans après Munich, Didier Deschamps poursuit aujourd’hui la lignée stylistique, sur le banc des Bleus.





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