les enjeux du second référendum sur l’indépendance

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Deux ans après le “non” lors d’une première consultation, la Nouvelle-Calédonie est appelée dimanche à se prononcer sur son indépendance lors d’un référendum. Alors que la première consultation avait été saluée pour son bon déroulé, le climat paraît désormais moins apaisé.

“Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?” Deux ans plus tard, la question est toujours la même, courte et précise. Les 180 000 électeurs de cette collectivité française située dans le Pacifique Sud devront y répondre lors du référendum du dimanche 4 octobre. La question structure la vie politique de l’archipel depuis des décennies.

Le 4 novembre 2018, la population avait refusé l’indépendance à 56,67 %. Aucun sondage n’a été rendu public sur ce qui pourrait se passer dimanche. France 24 fait le point sur les enjeux de ce scrutin historique.

• L’aboutissement d’un processus historique

La France a mis la main sur la Nouvelle-Calédonie en 1853. D’abord un bagne et un lieu d’exil politique, l’île devient ensuite un Territoire d’Outre-mer (TOM) en 1946, puis une collectivité française en 1999.

Cependant, la communauté kanak n’a jamais accepté la présence et l’occupation française. Dès 1878, une grande révolte contre la spoliation des terres éclate et est réprimée dans le sang. Dans les années 1980, on assiste à une multiplication des violences entre les communautés kanak et caldoche, les descendants de colons européens. Le point culminant de ces tensions est la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988, dans lesquels 19 militants kanaks et six militaires français sont tués.

Un mois plus tard, le 26 juin 1988, les accords de Matignon scellent la réconciliation entre les communautés, au travers d’un rééquilibrage économique et d’un partage du pouvoir politique. Suit en 1998 l’accord de Nouméa, signé entre l’État, les anti-indépendantistes (RPCR) et les indépendantistes (FLNKS) qui a doté l’archipel d’un statut unique dans la République française reposant sur une autonomie progressive. Il prévoit également l’organisation d’une série de référendums sur l’indépendance, dont le premier devait avoir lieu avant décembre 2018.

Alors que le bon déroulé du premier scrutin avait été salué par tous, la nouvelle consultation s’est organisée dans un climat politique émaillé de polémiques, notamment sur le corps électoral, la date du référendum (repoussée d’un mois pour cause de Covid-19), les inscriptions dans les bureaux de vote décentralisés ou encore l’usage autorisé par l’État du drapeau tricolore pour la campagne officielle, en dérogation du code électoral. Ce dernier point a notamment braqué le FLNKS, qui estime que l’État français a “pris parti pour les non indépendantistes”.

• Quels sont les arguments des partisans de l’indépendance ?

Dans l’archipel, la question de l’indépendance structure la vie politique locale. Le FLNKS, le Front de libération nationale kanak socialiste, représente la tendance indépendantiste. Le parti milite pour la création d’un État baptisé “Kanaky Nouvelle-Calédonie”, qui soit “un pays souverain, démocratique, pluriculturel et laïque”.

>> À lire aussi : Le rêve de la Kanaky n’est pas mort en Nouvelle-Calédonie

• Quels sont les arguments du “non” ?

Les loyalistes constituent quant à eux un front de six partis non-indépendantistes, dont le principal est l’Avenir en Confiance (droite) mais qui compte également le RN (extrême-droite). Ils souhaitent conserver le statut actuel, qui confère notamment un passeport français aux Calédoniens et mettent garde contre les risques économiques que courrait l’île, si elle était privée du soutien financier de la France.

• Quelle est la position de la France ?

Si le gouvernement ne peut pas prendre position, puisqu’il est garant de la bonne tenue du scrutin, les responsables de plusieurs partis (LREM, LR, RN et UDI) ont dit leur souhait de voir le Caillou rester français.

“La France ne veut pas perdre son point d’ancrage dans le Pacifique”, explique à Reuters Denise Fischer, une ancienne diplomate australienne installée en Nouvelle-Calédonie. L’archipel constitue en effet l’un des derniers bastions de souveraineté européenne dans la zone depuis le Brexit. La Nouvelle-Calédonie dispose également de vastes réserves de nickel.

• Vers une impasse ?

Dans un texte sur le site Outremers 360, Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique et spécialiste en sciences politiques et en géographie électorale, analyse les dynamiques à l’œuvre dans l’archipel à l’aune du précédent référendum.

“Ce scrutin référendaire s’inscrit dans la continuité de l’ensemble des votes provinciaux : un double clivage électoral, ethnique et géographique, qui se vérifie à toutes les échelles de l’archipel”, analyse Pierre-Christophe Pantz, qui voit l’opposition entre Kanaks et Caldoches structurer le scrutin.

“Le revers de la médaille de trente ans d’équilibre et de stabilité politique, c’est l’échec dans la quête de convaincre l’autre camp, de bousculer les lignes”, analyse-t-il. “Les Kanaks continuent toujours à voter massivement pour l’indépendance tandis que les non-Kanaks continuent à voter essentiellement pour le maintien dans la République française. Dans les deux camps, le pari de convaincre au-delà des frontières ethniques a échoué.”

Et de faire le constat d’une impasse : “Une victoire des indépendantistes ne doit pas faire oublier qu’en comptabilisant ceux n’ayant pas le droit de voter au référendum [le corps électoral retenu pour le référendum excluant de fait 36 000 personnes arrivées après 1994, NDLR], les personnes ‘théoriquement’ opposées à l’indépendance constitueront encore au moins la moitié de la population calédonienne. Et c’est la même chose si l’indépendance échoue au deuxième et troisième référendums, une part non négligeable de la population, essentiellement kanak, sera toujours attachée viscéralement à l’indépendance”, note-t-il.

• Que se passera-t-il au lendemain du scrutin ?

Quels que soient les résultats, Jean Castex recevra les acteurs politiques calédoniens au lendemain du référendum. Emmanuel Macron devrait rapidement s’exprimer sur le sujet, probablement dès le 5 octobre.

Si le “oui” venait à l’emporter, il enclencherait “le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité”. Le FLNKS souhaite, en cas de victoire, “une période de transition de trois ans” pour installer ce nouvel État.

Si en revanche le “non” s’imposait, le processus de décolonisation ne s’arrêterait pas là. Dans le cadre des accords de Nouméa de 1998, il est prévu que jusqu’à trois référendums sur l’indépendance puissent être organisés. Le troisième et dernier pourrait donc se tenir, à la condition qu’un tiers des membres du congrès de Nouvelle-Calédonie le demande. Une formalité : les partis indépendantistes détiennent à l’heure actuelle 24 sièges sur 54.



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