Les restes de 24 combattants tués lors de la colonisation française sont arrivés en Algérie

0
38



Couverts du drapeau national et accueillis par une longue haie d’honneur, les restes de 24 combattants algériens tués au début de la colonisation française ont été accueillis vendredi lors d’une cérémonie militaire solennelle à Alger.

L’Etat algérien a organisé, vendredi 3 juillet, une cérémonie militaire solennelle à l’arrivée des restes de 24 insurgés tués lors de la colonisation et renvoyés par la France.

Le Hercules C-130 transportant des crânes a atterri à l’aéroport international d’Alger en début d’après-midi, accompagné de trois combattants de l’armée algérienne. Une fois sur le sol algérien, les 24 cercueils des “martyrs”, recouverts du drapeau national, ont été accueillis par une longue haie d’honneur. Ils ont été lentement portés par des soldats, portant des masques hygiéniques, sur un tapis rouge et au son de 21 fusils.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est incliné devant chaque cercueil. Un imam a dit une prière avant un discours du chef de cabinet, Saïd Chengriha. Les cercueils seront ensuite transférés au Palais de la Culture, où ils seront exposés toute la journée de samedi. Les restes doivent être enterrés dimanche, jour de l’indépendance, sur la place des Martyrs au cimetière El Alia à Alger

Ce sont “les restes de 24 dirigeants de la Résistance populaire, privés de leur droit naturel et humain à être enterrés depuis plus de 170 ans”, a déclaré Abdelmadjid Tebboune jeudi lors du retour des dépouilles.

Le président algérien avait salué “ces héros qui ont fait face à une occupation française brutale, entre 1838 et 1865, et que l’ennemi sauvage a décapités en représailles, avant de transférer leurs crânes à l’étranger, afin que leurs tombes ne soient pas un symbole de résistance”.

“Un processus d’amitié et de lucidité”

Cette restitution par la France est un signe fort d’un dégel des relations entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale, marquée depuis l’indépendance en 1962 par des polémiques récurrentes de tensions et de malentendus. “Ce geste s’inscrit dans un processus d’amitié et de lucidité sur toutes les blessures de notre histoire”, a déclaré vendredi la présidence française.

“C’est le sens du travail que le président de la République a entrepris avec l’Algérie et qui se poursuivra, dans le respect de tous, pour la réconciliation des mémoires du peuple français et algérien”, a-t-elle ajouté.

Selon l’historien Benjamin Stora, interrogé par l’AFP, la France redécouvre son histoire à travers ce genre de geste: “Cela contribue à sortir de l’oubli des pages sombres de notre histoire. On avait le sentiment que la conquête coloniale n’avait que la construction de grandes villes haussmanniennes comme Alger ou Oran, de routes, d’hôpitaux … s’est construit sur des massacres, sur des choses terribles “.

“Cette terrible histoire a été transmise de génération en génération dans les familles algériennes. La relation avec la France est très douloureuse. Elle ne peut pas passer comme une lettre par la poste. Il existe un mouvement mondial pour récupérer les peuples de l’histoire et la France ne peut pas le manquer”, insiste ce spécialiste d’Algérie.

D’illustres combattants algériens “trophées de guerre”

Ce n’est qu’en janvier 2018 que l’Algérie a officiellement demandé à la France de restituer les crânes et les archives coloniales. Lors d’une visite à Alger en décembre 2017, le président français Emmanuel Macron s’est engagé à restituer les restes humains algériens entreposés au musée de l’Homme, l’un des sites du musée national d’histoire naturelle.

À l’époque, le président du Musée, Bruno David, avait indiqué que l’institution était “prête à soutenir le processus de restitution”. “Ces restes humains sont entrés dans nos collections d’anthropologie à la fin du XIXe siècle après divers épisodes liés à la conquête française de l’Algérie”, a-t-il expliqué.

Parmi les combattants algériens les plus illustres du début de la colonisation se trouve Cheikh Bouziane, le chef de l’insurrection zibane dans l’est de l’Algérie en 1849. Capturé par les Français, il a été abattu puis décapité. Il y a aussi le célèbre Mohammed Lamjad ben Abdelmalek, connu sous le nom de Sharif “Boubaghla” (“l’homme au mulet”), initiateur d’une révolte populaire, tué en 1854. Ces crânes étaient considérés comme des “trophées de guerre” par l’armée française .

L’enjeu de mémoire au cœur des relations entre l’Algérie et la France

C’est un historien algérien, Ali-Farid Belkadi, qui a soulevé en 2011 la question de ces crânes après avoir effectué des recherches au musée. Il a ensuite déploré que les crânes soient “calfeutrés dans des boîtes en carton vulgaires, qui évoquent l’emballage des magasins de chaussures”. Une critique réfutée par la direction du musée.

Ces dernières années, des pétitions, notamment signées par les historiens Benjamin Stora, Pascal Blanchard et Mohammed Harbi, ont réclamé le retour de ces dépouilles en Algérie.

A la veille du 58e anniversaire de l’Indépendance, célébré dimanche, ce geste manifeste une volonté d’apaisement après la récente querelle diplomatique sur la diffusion d’un documentaire français sur la jeunesse algérienne anti-régime, qui a beaucoup déplu à Alger.

La question de la mémoire reste au cœur des relations volatiles entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale. Les députés algériens viennent d’adopter à l’unanimité une loi “historique” instituant une journée du souvenir, le 8 mai, en mémoire des massacres de 1945 commis par les forces françaises à Sétif et à Constantine.

Les autorités algériennes veulent également remettre sur la table le dossier des “disparus” pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) – plus de 2 200, selon Alger – et celui des essais nucléaires français au Sahara algérien qui “ont fait et continuent de faire des morts”, ont-ils déclaré.

En février 2017, alors qu’il était candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, en visite à Alger, a qualifié la colonisation d’Algérie de “crime contre l’humanité”.

Avec AFP





Source

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici