L’Ethiopie intensifie sa campagne de reboisement, objectif de 20 milliards d’arbres en quatre ans

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Vendredi, lors d’une cérémonie à Hawassa, dans le sud de l’Éthiopie, le Premier ministre Abiy Ahmed a annoncé l’ambition de planter 20 milliards d’arbres en quatre ans. Il dépasse ainsi les cinq milliards déjà prévus pour la seule saison des pluies 2020.

En juillet 2019, des centaines de paysans ont passé une journée entière à planter 20000 pousses d’acacia près de la ville de Buee, dans le sud de l’Éthiopie, répondant à l’appel du Premier ministre Abiy Ahmed à planter 200 millions d’arbres en une journée. Le record a été repris par des journaux du monde entier.

Un an plus tard, et alors que le monde célèbre, vendredi 5 juin, la journée de l’environnement, les résultats ne sont pas à la hauteur de l’ardeur des paysans, admet Ewnatu Kornen, un responsable local. Plus d’un tiers de ces pousses ont été emportées par les pluies et les survivants peinent à prospérer dans ce terrain peu fertile.

Quatre milliards d’arbres plantés entre septembre et juin

La déception des agriculteurs de Buee illustre les pièges de la campagne de reboisement éthiopienne, un domaine clé du programme “Green Heritage” d’Abiy Ahmed, visant à développer l’écotourisme et à transformer le pays en une économie respectueuse de l’environnement.

Quelque 353 millions de jeunes arbres – 153 millions de plus que l’objectif initial – ont été plantés à travers le pays ce jour-là, selon les chiffres officiels. Ces derniers estiment plus largement que quatre milliards d’arbres ont été plantés pendant la saison des pluies, entre juin et septembre en Éthiopie.

Même si la pandémie de coronavirus l’a contraint à imposer un état d’urgence en avril, le Premier ministre éthiopien reste déterminé à atteindre l’objectif de planter cinq milliards d’arbres cette année, tout en “respectant les mesures de distanciation sociale”.

Lors d’une cérémonie vendredi à Hawassa (sud), il a même affiché l’ambition de planter 20 milliards en quatre ans, dépassant ainsi les cinq milliards déjà prévus pour cette seule saison des pluies 2020.

Doutes sur la crédibilité des chiffres

Ambitieux et attractif, le programme de reboisement éthiopien fait également l’objet de critiques.

À l’étranger, des doutes ont été exprimés quant à la crédibilité des chiffres impressionnants de l’année écoulée. Sur place, certains experts contestent l’organisation et le suivi de cette campagne.

“L’essentiel n’est pas les chiffres (…) mais l’efficacité du programme de plantation”, explique Negash Teklu, chef du Consortium éthiopien pour la population, la santé et l’environnement, un groupe d’ONG locales.

Il prétend soutenir la politique de reboisement du Premier ministre, mais il soupçonne que le taux de survie des arbres annoncé par Abiy Ahmed en mai – 84% des 4 milliards plantés – est “très exagéré”. Aucune étude indépendante n’a été menée.

À l’avenir, estime Negash Teklu, les autorités devront mieux guider la distribution des pousses et mieux expliquer aux citoyens comment le reboisement peut améliorer leur vie.

“Unis nos gens”

Belaynesh Zewdie, expert forestier du Programme des Nations Unies pour le développement, basé à Buee, a été en première ligne pour observer comment de tels projets peuvent mal tourner sans le soutien de la communauté.

À la fin des années 1980, sous le régime communiste de Derg, elle a participé à la plantation d’un million d’acacias dans la région d’Amhara (nord). Lorsque le Derg est tombé en 1991, des habitants en colère ont déraciné les arbres de ce projet imposé par le centre pour cultiver la terre, se souvient-elle.

Au cours des dernières années, Belaynesh Zewdie a travaillé sur un projet qui tente cette fois d’apporter des bénéfices concrets aux populations locales. En plus d’employer 17 femmes locales, ce programme comprend, par exemple, la construction d’étangs pour les éleveurs. Depuis lors, des hectares d’arbres ont poussé. “En peu de temps, vous pouvez changer beaucoup de choses”, explique Belaynesh Zewdie. “Je m’impressionne chaque fois que je viens ici. C’est incroyable.”

Dans la perspective des prochaines élections générales, dont la date n’a pas encore été fixée, les autorités espèrent que l’initiative contribuera à surmonter les divisions politiques et ethniques et à “unir notre peuple”, souligne Sileshi Degefa, directeur du Jardin botanique Gullele de Addis Ababa.

Avec AFP



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