Lettre au «Président de la République» Monsieur le Président, La rumeur publique gonfle et l’histoire, décidément tenace, du fameux deal qui vous lierait à Djibo Salou, revient dans le débat public

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Publié dans Politique

Je crois que cette fois, vous êtes condamné à revoir votre copie. La situation politique est de plus en plus tendue, victime de l’intransigeance de votre gouvernement qui refuse toute voie de dialogue et de consensus sur le processus électoral. Je comprends que c’est un moyen sûr de remporter une victoire électorale qui ne peut être remportée dans un jeu électoral transparent, libre et inclusif. Mais ce n’est plus, dans le cas de notre pays, une simple question d’honneur et de fierté, c’est une question de stabilité, de cohésion nationale et d’avenir pour dire la vérité. La voie que vous avez choisie est mauvaise pour notre pays et notre peuple. Et tout ce qui peut vous être collé comme grief ou accusation, je sais que vous ne pousserez pas le bouchon avant de fermer les yeux et les oreilles pour ne pas remarquer les dangers auxquels le refus du dialogue et du consensus, en un mot le refus des règles démocratiques et républicaines, peut conduire un peuple. Votre responsabilité est énorme et je me dis que vous en êtes forcément conscient. Vous venez de limoger votre ministre de l’Intérieur, candidat à la prochaine élection présidentielle et je pensais, dans une réflexion que je reconnais désormais limitée, que c’était pour le placer sur la même ligne de départ que ses concurrents. Puis un ami m’a fait remarquer que d’autres, qui ont les mêmes ambitions que Bazoum et qui sont tout autant des chefs de partis politiques, sont restés à leurs postes. Vous n’avez pas à vous attarder sur les noms, Bazoum, comme vous et nos compatriotes, sait de qui je parle. Le motif du licenciement de Mohamed Bazoum est donc ailleurs.

Monsieur le président “

Certains de nos compatriotes chuchotent que Djibo Salou, le chef de la junte militaire qui a renversé Mamadou Tanja et qui vous a passé le relais à la tête de l’État, y est pour quelque chose. Ah, le Nigérian, ça parle de h! On se demande parfois où ils vont chercher certaines choses. Ils soulignent que dès qu’il a été investi, vous avez débarqué Mohamed Bazoum de son piédestal. Une demande que l’opinion publique nationale a formulée sans succès pendant des mois. Est-ce juste une coïncidence sur l’agenda politique? Je ne vous cache rien, les rumeurs publiques se multiplient et l’histoire résolument tenace du fameux deal qui vous lierait à Djibo Salou revient cette fois dans le débat public, avec une forte connotation de conviction. Les gens, depuis ce week-end qui a vu, coup par coup, l’investiture du général et la chute de Mohamed Bazoum, ne prennent plus aucune précaution pour avancer que l’accord est plus que certain; que le limogeage de Bazoum ouvre le bal du boulevard qui sera retracé à Djibo Salou; le Pnd risque de se retrouver sans candidat officiel à l’approche des élections; qu’un lobby interne aux Pnd appellera alors à un regroupement derrière la candidature de Djibo Salou; qu’au final, le général bénéficierait grandement du travail abattu par Bazoum et que ce dernier sera la farce de dinde, etc.

Monsieur le président “

Ce cas de Djibo Salou n’est probablement pas clair. Mais je vous donne le bénéfice du doute en laissant le temps éclairer ce qu’il est vraiment. Peu importe combien j’ai pensé et analysé les forces possibles du général, je ne trouve pas grand-chose pour lui de s’engager dans une élection présidentielle avec la prétention de la gagner. Je laisse donc ce sujet dans le plan en attendant que d’autres éléments plus convaincants prennent parti aux côtés de ceux qui se moquent de vous maintenant.

Pour le moment, ce qui me préoccupe, et sûrement beaucoup de nos compatriotes, c’est le processus électoral et le refus de l’opposition politique d’approuver ce qui se profile à l’horizon. Avant-hier, lundi 29 juin 2020, les différents fronts de l’opposition ont rendu public un communiqué inédit dans son contenu. Et sans vous mentir, je dois avouer qu’elle était convaincante. Sur la base d’arguments solides, vos opposants demandent, purement et simplement, la démission des membres de la Cour constitutionnelle pour violation des articles 126 et 133 de la Constitution ainsi que de l’article 31 de la loi organique 2012-35 du 19 juin 2012 sur l’organisation et le fonctionnement de la Cour constitutionnelle; la reprise du code électoral sur une base consensuelle et la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui n’est pas non plus consensuelle.

Monsieur le président “

Mohamed Bazoum a longtemps été perçu comme le principal obstacle à un dialogue sincère pour parvenir à un consensus sur les grands enjeux électoraux. Quelle que soit la raison pour laquelle vous l’avez licencié avant de vous envoler pour Nouakchott, la capitale mauritanienne, en le licenciant, vous vous exposez maintenant. Si l’impasse dans la tenue de ce dialogue politique inclusif persiste, vos compatriotes comprendraient facilement qu’il y a bien plus que Bazoum sur le chemin. En tout état de cause, j’ai lu et relu la déclaration de l’opposition et je peux vous dire sincèrement que les esprits sont épuisés. S’ils hésitent encore à demander à leurs militants d’empêcher la tenue d’élections jusqu’à ce qu’ils soient consensuels, sachez que cela n’est que partiellement reporté. Il faut s’habituer à l’idée qu’ils ne resteront pas le pistolet au pied jusqu’à la fin et qu’il suffit de savoir lire entre les lignes pour se rendre compte que les derniers mots de la déclaration sonnent comme une sorte de prudence.

Moi, je tremble à l’idée même de vous voir dans cette léthargie alors que la stabilité du pays est en jeu. Je tremble à l’idée de penser que l’on pourrait rester statique et stoïque face à la détérioration du climat politique. Je viens d’être informé de la demande adressée au Premier ministre par l’Alliance pour la République (avril) de Seïni Oumarou afin de le voir convoquer une session extraordinaire du Conseil national du dialogue politique (Cndp). Ce serait, nous lisons dans la lettre, l’occasion d’écouter la Ceni sur le réaménagement de son chronogramme en tenant compte de la possibilité d’organiser des élections locales et de l’audit des listes électorales, tel que formulé par Brigi Rafini, de concert avec le participants à la session du 12 juin 2020.

Monsieur le président “

En ce moment, qui vous met face à deux choix clairs, je voudrais vous rappeler le pari que j’ai fait et que je m’opposais continuellement à vous comme un défi insurmontable. C’est à vous de choisir par quelle porte sortir et j’ai toujours eu peur que vous ayez déjà, depuis très longtemps, fait votre choix. Si, pour vous, ce n’est pas une question de choix, c’est parce que vous avez agi et toléré des actes qui tendent à compromettre votre liberté de choix. Pour être honnête, je crains que vous ne puissiez choisir aujourd’hui. Les choses s’accumulaient sur votre chemin et vous les empiliez sans aucune envie de les régler, comme s’il s’agissait de trophées à ranger. Ah, c’est difficile, je suis d’accord, de découvrir que vous êtes pris au piège dans votre propre piège.

Mallami Boucar

04 juillet 2020
La source: Le monde aujourd’hui

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