Lettre ouverte au Président de la République du Niger, Président en exercice de la CEDEAO sur la crise au Mali

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Monsieur le Président de la République,

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt, comme tous nos compatriotes et membres de notre communauté ouest-africaine, la mission que vous avez dû mener en compagnie de vos homologues de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigéria et du Sénégal, ce jeudi, à Bamako , pour tenter d’obtenir un accord sur le différend qui secoue le Mali depuis plus d’un mois maintenant. Le tout dans le cadre de Protocole A / SP1 / 12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance additionnel au Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de sécurité, gouverner notre communauté. Votre mission a suivi les difficultés rencontrées par les deux premières missions envoyées par la CEDEAO.

Les Africains dans leur ensemble ont un grand espoir en ce Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO par visioconférence que vous devrez présider aujourd’hui afin de trouver une solution consensuelle à la crise malienne.

Comme beaucoup d’autres Africains et citoyens du monde, je me demande si vous êtes la meilleure personne pour mener à bien cette mission stratégique et délicate. Puisque, à y regarder de plus près, les griefs que le peuple malien impute à son président, c’est-à-dire la mauvaise gouvernance, sont identiques à quelques points proches de ceux que l’opposition politique nigérienne a décrit à travers ses précédentes déclarations des 13 et 20 juin, 2020. Si l’on prend en compte le fait que, malgré les défaillances de sa direction, que ses assaillants lui reprochent, le président malien n’a pas effondré et a maintenu son pays en bas du classement mondial annuel des pays en termes Indice de développement humain (IDH), qui reste l’un des indicateurs les plus significatifs de la bonne gouvernance économique, huit (8) fois en 9 ans de gouvernance.

Le président malien a, bien entendu, “juré devant Dieu et le peuple malien”, avant de prendre ses fonctions, donc contrairement à vous, il n’a pas prêté serment “sur le livre sacré de sa confession”, ce qui constitue un serment autrement plus engageant, et porter des malédictions de toutes sortes en cas de parjure. Les autres présidents et chefs d’institutions, contrairement au nôtre, n’ont pas non plus été soumis à un serment confessionnel plus contraignant.

Ne pouvez-vous donc pas vous inspirer du proverbe arabe qui dit que “Celui qui enseigne le bien aux autres, sans le faire, est comme l’aveugle qui porterait une lanterne”, et renoncer?

Depuis l’audition de l’opposition politique nigérienne, comme en témoignent ses déclarations précédentes:

  • Dès votre élection en 2011, n’avez-vous pas mis en place un système de prédation basé sur la corruption et l’impunité qui a gravement touché tous les secteurs sociaux, économiques, politiques, administratifs, culturels et surtout? la situation sécuritaire au Niger, voire dans la sous-région?
  • N’avez-vous pas, avec vos amis politiques, mis en place un véritable système de capture de la richesse nationale, de contrôle de l’appareil d’État et de l’administration publique, en prenant des intérêts personnels dans tous les secteurs? économique et financier?
  • Et finalement, cette manière de gérer n’a-t-elle pas empêché l’État d’assumer ses fonctions souveraines de sécurité et de développement, et a-t-elle conduit le Niger au bord du gouffre et compromis la stabilité au Sahel?

Cette situation n’a-t-elle pas abouti:

▪ l’ingérence flagrante d’intérêts privés qui ont pris le contrôle total de la gestion des affaires publiques?

▪ un détournement massif et documenté de fonds alloués, y compris ceux alloués à nos Forces de Défense et de Sécurité, pour un pays en guerre et sous assistance africaine et internationale?

▪ l’instrumentalisation de la crise dans les Régions de Tillabéry à l’Ouest et Diffa à l’Est pour un enrichissement personnel?

▪ le développement de toutes sortes de trafics et de pratiques impactant la sous-région?

▪ la remise en cause de l’unité nationale et du vivre ensemble par l’écrasement des partis politiques et le massacre des populations civiles?

▪ le laxisme et la complicité dans la lutte contre le terrorisme importés à tort des pays voisins par les postures de guerre des autorités pour des raisons honteuses?

▪ le non-respect des multiples engagements pour soulager la situation sociopolitique et sécuritaire?

▪ l’abandon de secteurs entiers de la vie socio-économique (école, santé, secteur agricole, infrastructures, etc.)?

▪ arrestations et emprisonnements arbitraires?

▪ Des violations répétées de la Constitution?

▪ la fraude électorale qui ne permet plus aux élections de jouer leur rôle de régulation, notamment lors de l’élection des députés en 2015 et de l’élection présidentielle de 2016?

▪ l’interdiction systématique des manifestations et / ou leur répression sanglante?

Dans cette lettre ouverte, je m’abstiendrai d’énumérer les dizaines de scandales financiers qui ont tourmenté votre gouvernance au cours des neuf dernières années, que vous avez surnommé «Renaissance».

Puisque gouverner c’est planifier, et afin d’éviter à notre pays une crise de l’ampleur de celle qui prévaut au Mali voisin et qui plongerait davantage notre sous-région dans l’incertitude, ne pensez-vous pas qu’il est grand temps pour vous de s’impliquer davantage dans le déroulement du processus électoral actuel qui sera sans aucun doute le fondement d’une crise, et vous faire prendre conscience du contenu du livre blanc que l’opposition politique vient d’élaborer et de publier, ce 23 juillet 2020?

J’ai voulu, à travers cette lettre, faire connaître l’opinion internationale, en particulier la Région, dont vos pairs de la CEDEAO sont les Hauts Représentants qui animeront le Sommet Extraordinaire sur la crise au Mali que vous aurez l’honneur de présider cette journée de le fait que comme ce pays:

1. La situation sociopolitique de notre pays se caractérise par une régression manifeste des valeurs et acquis républicains et démocratiques qui ne rassurent guère la volonté d’organiser des élections libres et régulières. L’adoption d’un code électoral sur mesure, la mise en place d’une CENI non consensuelle, le remplacement arbitraire des conseils municipaux élus, par des organes administratifs dirigés par des militants du PNDS-Tarayya, sont des exemples de cette dérive, notamment par la fixation tardive des la date d’organisation des élections régionales et municipales.

2. Le régime semi-présidentiel inscrit dans notre Loi fondamentale a évolué vers un régime présidentiel marqué par la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du chef de l’Etat.

L’examen du processus électoral à la lumière des règles de bonne conduite en la matière révèle que le PNDS-Tarayya, le parti qui vous a porté au pouvoir, s’est heureusement libéré du respect des normes et coutumes constitutionnelles ainsi que des standards. international.

3. L’analyse du processus biométrique a donc révélé de nombreux dysfonctionnements et irrégularités à toutes les étapes. :

L’opposition politique nigérienne a conclu qu’au vu de la situation chaotique qui se profile à l’horizon, seule la création de»un cadre de dialogue national inclusif et franc pourrait aider à désamorcer la situation tendue entre»opposition que nous représentons et puissance.

Ce dialogue pourrait avoir comme sujets de débat, les questions suivantes:

  • l’adoption d’un code électoral et la mise en place d’une CENI consensuelle;
  • la réhabilitation du Conseil national du dialogue politique (CNDP);
  • accès équitable aux médias d’État;
  • l’enrôlement et le vote des Nigériens de l’étranger;
  • la démission des membres actuels de la Cour constitutionnelle et sa recomposition sur une base consensuelle;
  • l’assouplissement du climat politique et social.

Il ressort de ce qui précède que le cadre du processus électoral tel qu’il se déroule dans notre pays ne suggère aucune possibilité favorable pour des élections libres, transparentes, honnêtes et inclusives que vous avez toujours déclaré vouloir organiser à la fin de votre deuxième et dernier terme. Cela représente un grave facteur de conflit dans notre pays connu pour son instabilité politique et sa fragilité.

Comme vous l’avez certainement noté, l’opposition politique nigérienne a réaffirmé sa détermination à lutter pour le rétablissement de la démocratie, de l’État de droit et de la défense de la République. Alors relever le défi de pouvoir inverser le rapport de force que lui ont lancé le président et le candidat à la présidentielle de votre parti.

C’est pourquoi je me fais le porte-parole de mes compatriotes en particulier, et des Africains en général, soucieux de la stabilité et de la paix pour notre pays et notre sous-région, pour vous implorer de vous impliquer personnellement dans la résolution de cette crise pré-électorale. qui risque de s’aggraver et de se greffer à celui du Mali avec son cortège de morts et de blessés car au moins dans ce pays, les autorités laissent les populations exprimer leur mécontentement dans la rue.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma déférence.

À Niamey, le 27 juillet 2020

Djibrilla Mainassara Baré – Citoyen nigérien et malien dans l’âme

Candidat à l’élection présidentielle 2020-2021 dans le cadre de l’UDFP SAWABA



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