L’ombre des “superpropagateurs” Covid-19 plane sur le déconfinement

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Alors que le gouvernement français vient de préciser la prochaine étape de déconfinement, l’exemple allemand montre qu’un risque plane sur cette nouvelle phase de la crise sanitaire: les événements de «supercontamination».

Peu de temps après le retour à la normale en Allemagne le 6 mai, une centaine de personnes ont été infectées par Covid-19 lors d’un rassemblement dans une église de Francfort. Quelques jours plus tard, une vingtaine de clients d’un petit restaurant de Basse-Saxe, qui fêtait sa réouverture, subit le même sort. Ces centres d’infection où une personne ou un petit groupe d’individus est à l’origine d’un nombre anormalement élevé de contaminations sont préoccupants, alors que les pays européens organisent leur déconfinement progressif. Les Allemands craignent que ces “super propagateurs” et ces événements de “supercontamination” soient à l’origine de la redoutable deuxième vague de l’épidémie.

Les “super propagateurs” avaient quelque peu disparu des radars médiatiques au plus fort de la pandémie. Sans surprise, lorsque le virus se propage à grande échelle, le fait que certains transporteurs Covid-19 infectent plus de personnes que la moyenne ne change pas grand-chose dans l’ensemble. Dit scientifiquement: c’est quand il y a relativement peu de cas que «le R0 avec« supercontamination »ou sans est très différent», explique Jean-Stéphane Dhersin, directeur scientifique adjoint de l’Institut national des sciences mathématiques et spécialiste de la modélisation des épidémies, contacté par France 24.

“Supercontaminateurs” et facteur R

Dans cette déclaration, le R0 correspond au facteur de reproduction du virus, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes qui seront infectées par chaque porteur de Covid-19. Il s’agit de la variable maîtresse pour suivre l’évolution d’une épidémie, car dès que ce R dépasse 1, la propagation menace de devenir incontrôlable. “Si le R0 est supérieur à 1, un patient contaminera plus d’une personne donc l’épidémie augmentera en ampleur. S’il est inférieur à 1, peu à peu les patients contamineront moins de personnes et donc l’épidémie pourra diminuer voire disparaître “, a expliqué le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 6 avril.

Il peut falloir quelques «super-contaminants» pour changer radicalement le cours d’une épidémie pendant la phase de décollage. C’est ce qui s’est passé en Corée du Sud, avec le célèbre patient # 31 qui a infecté à lui seul plus de 100 personnes en février. Ces événements de “superpropagation” expliquent également “la progression rapide de l’épidémie dans la région de Bergame en Italie ou ce qui s’est passé dans l’Oise”, précise Jean-Stéphane Dhersin.

C’est pourquoi, alors que l’Europe entre dans la phase de déconfinement, la multiplication des foyers de contamination dans les abattoirs inquiète beaucoup. Ce sont des exemples typiques d’événements qui pourraient redémarrer la machine pour propager le nouveau coronavirus. Cependant, il y a un hic. Les “supercontaminateurs” n’agissent comme accélérateur d’une épidémie que lorsque le R est déjà supérieur à 1. En dessous, le virus disparaît tout naturellement du paysage puisqu’il ne se reproduit plus. Et officiellement, Olivier Véran a affirmé jeudi 28 mai que le R était inférieur à 1 sur la majorité du territoire.

“Supercontaminateurs” et facteur K

Alors au diable les “super-contaminants”? En réalité, “on ne sait pas ce qu’est le R0 en fin de confinement”, explique Jean-Stéphane Dhersin. La raison est simple: cette variable n’est calculée qu’en dehors de toute mesure de distanciation sociale.

Pour apprécier plus précisément le risque que les événements de “superpropagation” posent pour la période de déconfinement, il faudrait savoir dans quelle mesure ils ont contribué à la dynamique de la pandémie de Covid-19. Il convient alors de s’intéresser à une nouvelle lettre et de passer de R à… K. Cet autre paramètre, appelé facteur de dispersion, indique l’homogénéité de la contamination. En d’autres termes, il permet de savoir si en cas d’épidémie de contamination, chaque porteur infectera à peu près le même nombre d’individus ou s’il existe une grande disparité. Plus ce K est faible (entre 0 et 1), plus l’essentiel de la propagation provient d’un petit nombre de patients.

Dans le cas de la grippe saisonnière, ce facteur de dispersion est proche de 1, ce qui signifie que tous les porteurs infectent environ le même nombre de personnes. Les scientifiques ont également établi que pendant l’épidémie de SRAS de 2002, le K était de 0,16, ce qui est très faible et suggère que les “super-propagateurs” ont joué un rôle important. Pour le Sars-CoV-2, la masse n’a pas encore été dite. Des chercheurs suisses ont assuré, dans une étude encore en prépublication, que ce chiffre est beaucoup plus élevé que pour le SRAS, garantissant que “la propagation n’est pas aussi liée aux principaux foyers de” supercontamination “qu’en 2002”. Au contraire, une équipe de la London School of Hygiene and Tropical Medicine estime qu’environ “80% des infections sont dues à seulement 10% des porteurs”. Dans ce modèle, le K est très bas, autour de 0,1, ce qui signifierait que les événements de “superpropagation” peuvent jouer un rôle critique dans la phase de déconfinement.

Les particularités du coronavirus actuel compliquent considérablement la tâche des K. trackers. «Les« supercontaminateurs »ne sont classés rétrospectivement qu’après traçage épidémiologique», explique une étude de 2015 citée par Sciences etvenir. Mais alors que dans le cas du SRAS, les “symptômes de la maladie sont apparus très rapidement, ce n’est pas forcément le cas avec Covid-19”, ce qui complique le suivi, précise Jean-Stéphane Dhersin.

Les “super propagateurs” et le facteur Zumba

En l’absence de certitude sur ce front, il peut alors être utile de s’intéresser à la population des “supercontaminateurs”. Pourquoi certaines personnes infectent-elles plus de personnes que la personne moyenne? “Il s’agit d’une question scientifique intéressante qui reste ouverte”, a déclaré Christopher Fraser, chercheur à l’Université d’Oxford, interviewé par la revue américaine Science.

Nous savons quels environnements sont favorables à l’apparition d’importants foyers de propagation. Ce sont “de grands rassemblements, dans des endroits confinés où les gens restent longtemps proches les uns des autres”, explique Jean-Stéphane Dhersin. Les boîtes de nuit, qui ont joué un rôle central dans la contamination d’une centaine de personnes à Séoul début mai, les bars surpeuplés, comme celui de la station de ski autrichienne d’Ischgl considérée comme l’un des épicentres de l’épidémie en Europe, où les églises, comme à Francfort, sont des candidats idéaux pour accueillir des événements de “superpropagation”.

En revanche, les scientifiques ne peuvent que proposer des hypothèses pour comprendre qui va devenir un “super-contaminateur”. Il peut s’agir de personnes dont le système immunitaire est plus faible ou qui commencent tout juste leur maladie. Dans ces deux cas, la charge virale est plus élevée, ce qui suggère qu’ils peuvent être plus contagieux.

Certains ont même spéculé sur le rôle de la respiration. Une personne qui respire plus vite ou qui a une respiration plus profonde serait plus susceptible de devenir un «superpropagateur», explique Science. Il y a en effet plus de points chauds dans les cours de Zumba que de pilates, a noté Gwenan Knight, spécialiste des maladies infectieuses à l’Imperial College de Londres, interviewé par Science. “Peut-être qu’une respiration calme et lente n’est pas un facteur de risque alors qu’une respiration rapide [comme lors de cours de Zumba] est “, a déclaré le scientifique.

Sans données précises sur l’importance de ces événements de “supercontamination” dans la dynamique de l’épidémie de Covid-19 ou sur les caractéristiques des personnes qui peuvent les déclencher, il est difficile pour les autorités de prendre en compte ce facteur lors de la décision de déconfinement . Mais il est probable qu’à l’heure où le gouvernement a donné une date pour la réouverture des terrasses de restaurants, musées et autres lieux publics, c’est un risque qu’il a en tête.



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