«Ma loge personnelle est basée sur le style« officier ». C’est un style avec du caractère »- Le Sahel

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Miss Fatouma Soumana s’est lancée dans la création de vêtements et accessoires en tissu wax. Sa marque “Mellesoumana” propose un style très moderne avec un petit détail qui fait toujours la différence. Cette Nigériane de 34 ans, qui vit et travaille à Paris, a pris une expérience de vie pour se consacrer à cette industrie de la mode. Dans sa collection, le client découvre un univers de beaux vêtements méticuleusement confectionnés, de beaux bijoux bien ornés de perles, de colliers, de bracelets inspirés de la pure tradition. Elle réussit des mariages harmonieux, en mettant sa touche personnelle, elle choisit des modèles anciens qu’elle modernise et crée de la nouveauté. Avant de s’investir véritablement dans le monde de la mode, elle a eu un parcours professionnel atypique

Qu’est-ce qui vous a poussé à entrer dans l’industrie de la mode avec un parcours de carrière aussi impressionnant?

Tout d’abord, merci pour cette belle promotion qui honore vraiment les Nigériens, en particulier la diaspora. Je suis actuellement cadre international dans une institution bancaire.

Je résumerai mon parcours en deux étapes. Une première étape que j’ai dû franchir jusqu’au BAC en 2004. Durant ce cycle j’ai dû participer au camp d’excellence 2003 pour les jeunes filles scientifiques organisé par Pathfinder à Rabat.

Dans une seconde phase, dans le cadre d’une double formation en système LMD et magistère, j’ai obtenu un master en statistique et économétrie puis un master en économiste et statisticien en 2008/2009.

Parce qu’il est parfaitement compatible, la styliste Alia Baré Maïnassara en est le témoignage vivant. Les artistes ne devraient-ils pas vivre de leurs passions (sourire)? En réalité, cela vient de mon enfance! Grâce à ma grande sœur Aïssatou, j’ai grandi dans un atelier de couture. En conséquence, depuis l’école primaire, je construisais des machines à coudre. Dans la prochaine étape logique de mon voyage, j’ai manqué de temps. Je me suis arrêté aux croquis et j’ai délégué la confection. Cependant dans mon appartement en France je suis resté en possession d’une machine à coudre qui me permet de m’évader entre mes missions professionnelles et activités connexes. Et c’est dans le cadre de l’enfermement suite au covid19 que j’ai transformé cette activité de loisir en une seconde activité professionnelle dans un cadre entrepreneurial. Bref, c’est une réelle opportunité suite au vide créé par la pandémie de covid19. De plus, j’ai obtenu un certificat mode et style du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris sur la période. À mon avis, dans ce monde en constante évolution, avoir plus d’une corde à son arc est un talent.

Comment définissez-vous la marque de vêtements que vous fabriquez?

Depuis la création de mon entreprise et le déconfinement, il faut noter que j’ai dû déléguer la mise en œuvre. Mon travail se limite à la conception ou au prototypage.

Pour vous répondre, cette marque “mellesoumana” qui n’est autre que mon nom se définit comme une touche d’Afrique à Paris. En d’autres termes, c’est une vision mode d’une femme nigériane à Paris. Carrefour de deux cultures, l’Afrique s’invite dans l’art de vivre parisien. C’est une promotion de l’Afrique dans une dimension qui touche les travailleurs. C’est un style commercial qui communique la signification de l’Afrique aux dirigeants.

Pensez-vous qu’il est si facile de se faire un nom dans un environnement où les difficultés sont nombreuses, notamment la concurrence, la disponibilité financière, les contraintes socioculturelles …?

Souriez … j’ai déjà un nom! C’est pourquoi cette marque est mon nom. Pourquoi dire ? On n’entre pas dans la mode pour se faire un nom, on entre dans la mode pour s’exprimer. En tant que telle, cette marque est unie. Il repose sur un concept inclusif d’immigrés en France dans sa première composante opérationnelle à ce jour. Un deuxième lot est en préparation. Sans la divulgation, ce sera au Niger.

Mon expression est une question d’intégration des talents africains par une proposition de produits de style africain. Hors du contexte de crise, l’industrie de la mode est l’une des plus puissantes au monde, notamment en France, pays de la haute couture. Aujourd’hui, à l’ère du numérique, même au milieu d’une crise mondiale sans précédent, le monde consomme la mode. Anifa Mvuemba l’a démontré le 22 mai 2020. Un défilé 3D et la collection est «épuisée» en un rien de temps. L’humanité est influencée par la mode.

Mon constat, le talent africain est sous-exploité. Dans ma vision en France, ces talents doivent aussi jouer un rôle en proposant des classiques avec une touche d’Afrique aux travailleurs à travers l’art du patchwork.

Vos créations sortent parfois de l’ordinaire. D’où vous êtes-vous inspiré? On remarque que vous êtes fan de pagnes, en particulier de wax, que représente ce tissu pour vous?

Mon enfance a été fortement impactée par la présence d’officiers et donc forcément marquée pour le style marqué par les tenues militaires. J’aurais été un homme, c’est sans doute que je serais entré dans le prytaneum militaire. C’est un univers émotionnel qui me rassure. De plus j’aime le côté rigoureux, organisé et hiérarchique de ce corps. C’est donc tout naturellement que je m’en inspire. Ma loge personnelle est basée sur le style «officier». C’est un style avec du caractère.

Toujours au cours des derniers mois, les jeunes de cet organisme sont tombés en grand nombre tout en assurant la sécurité des biens et des personnes au Niger. Attaques de Boko Haram, des jihadistes qui mettent les familles nigériennes en deuil. J’étais bouleversé et très attristé comme tous les Nigériens. C’est ma façon de rendre hommage à ces vaillants et courageux fils de la nation.

J’ai grandi entre Gamkallé et Saga, Sonitextile ou Enitex est l’une de mes références. Avec l’accessibilité de la cire, j’ai du faire mon premier “Yorbo Yorbo” avant mes 10 ans. La cire me ramène à mes racines, l’Afrique. Sur le plan opérationnel, c’est un niveau d’entrée dans mon projet global.

Enfin, quel regard portez-vous sur la culture africaine, notamment nigérienne?

La culture africaine est infiniment riche et sous-exploitée. Les artistes sont talentueux mais manquent de visibilité et de ressources. De mon point de vue, si les Etats africains pouvaient dépolitiser cet aspect et avoir une vision industrialisée de la culture pour initier la transition numérique dans ce domaine, beaucoup de jeunes seraient épanouis et l’Afrique serait dynamisée économiquement parlant. En effet à l’ère du numérique, je m’attends très bientôt à une explosion de consommation de la culture africaine, source de plusieurs générations d’inspiration dans le monde.

Au Niger, l’intégration de la dimension culturelle pourrait être plus importante au niveau de l’éducation nationale, à partir de l’école primaire. Si les programmes scolaires sont chargés, pendant les vacances au Niger la majorité des jeunes ne voyagent pas. Nous pouvons saisir une opportunité pour développer des activités sur la période et donner plus de perspectives aux nouvelles générations. Cela permettrait de rompre avec un modèle scolaire classique qui n’est pas une garantie de réussite pour beaucoup de gens. À mon avis, les nouvelles générations devraient être démystifiées en rompant avec la vision de la sous-profession. En effet, lorsque j’ai déployé mon blog personnel Mellesoumana sur Facebook pour présenter mes créations, les retours d’un petit frère m’ont bouleversé. Le sujet, aurais-je autant étudié et cousu? Pour répondre à ce petit frère “perdu”, j’ai répondu: c’est tout naturellement que je me suis inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris et que j’ai créé ma propre entreprise dans le domaine. Sans la culture de l’humilité, pourrions-nous parler de notre identité? “. Aujourd’hui, si je peux promouvoir l’Afrique de la plus petite manière à mon niveau, je suis aussi créateur de mode et de style.

Par Aïssa Abdoulaye Alfary (onep)



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