Marou Amadou en plein dans ses bottes! – Niger Inter

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M. Marou Amadou, ministre de la Justice, garde des sceaux, a accepté d’accorder à Niger Inter Magazine cette grande interview exclusive où il a abordé des sujets d’actualité brûlants, notamment les lois sur la cybercriminalité et l’interception des communications électroniques, le scandale du ministère de la Défense, ses relations difficiles avec SAMAN, sa mission auprès du ministère de la Justice, son avenir politique et ses convictions dans l’épreuve du pouvoir. C’est sans tabou et dans son franc-parler habituel que le ministre et le citoyen Marou se sont confiés à nous à travers cette interview fluviale.

Niger Inter Magazine: Selon une enquête du réseau indépendant panafricain AFROBAROMÈTRE sur l’accès à la justice publié en 2017, le Niger se classe premier en Afrique de l’Ouest. Monsieur le ministre, quelle a été votre réaction après avoir appris ce résultat très flatteur pour notre pays?

Marou Amadou, ministre de la justice, garde des sceaux © NigerInter.com

Marou Amadou : Merci d’abord pour cette interview. Pour répondre à votre question, j’avoue qu’après les résultats de l’enquête AFROBAROMÈTRE nous étions animés d’un sentiment de fierté et de satisfaction dans le sens où ce rapport illustre qu’il est possible de changer les choses en 9 ans dans un pays. Et cela, d’autant plus que ce n’est ni un journaliste du Niger, ni une ONG de quartier qui a publié l’enquête, mais AFROBAROMÈTRE qui est un réseau indépendant reconnu pour la nature scientifique de ses investigations. Comme vous le savez, AFROBAROMÈTRE La devise de «Donner une voix au peuple» est un réseau de recherche panafricain indépendant qui mène des enquêtes sur les attitudes du public à l’égard de la démocratie, de la gouvernance, des conditions économiques et des questions connexes à travers l’Afrique. Au Niger, c’est le Laboratoire d’études et de recherche sur la dynamique sociale et le développement local (LASDEL), une unité indépendante de recherche en sciences sociales qui est le partenaire AFROBAROMÈTRE et qui coordonne toutes les enquêtes.

Niger Inter Magazine: Les résultats de cette enquête sont passés presque inaperçus. Il n’y a pas eu suffisamment de débats autour de cette enquête. Qu’est-il arrivé ?

Marou Amadou : J’étais vraiment gêné, car si le Niger était le dernier, il faudrait s’inquiéter là-bas. Pour mettre en contexte les circonstances dans lesquelles j’ai appris qu’il y avait eu cette enquête, c’est lorsqu’un ami m’a dit que la justice nigérienne était corrompue. J’ai protesté et l’ai mis au défi de faire mes recherches et de m’apporter les preuves. Et c’est précisément la même personne qui a trouvé dans ses recherches cette enquête deAFROBAROMÈTRE. Quand je suis passé par là, j’ai trouvé qu’en fait sur la confiance dans les tribunaux, le Niger est le premier en Afrique de l’Ouest; sur la perception de la corruption le Niger est à 23%, soit 77% de satisfaction des Nigériens qui estiment que la qualité de la justice s’est améliorée, alors qu’en 2012 tout le monde se souvient de l’ouverture des États généraux de justice où se trouvait le président de la République pas assez content, il s’est indigné des 53% ou 56% du taux de perception de la corruption. C’est précisément un exploit si, de 2012 à aujourd’hui, nous sommes arrivés les premiers en Afrique de l’Ouest et 8e en Afrique en termes d’intégrité de son système judiciaire.

Niger Inter Magazine: Comment expliquez-vous cette performance de la justice nigérienne?

Marou Amadou : Je dirais que c’est avant tout une question de volonté politique et de détermination. Un grand avocat français Samuel M avait déclaré lors des états généraux de la justice que la justice nigérienne est en train d’innover plus que de nombreux pays européens. Il y a certainement des défis à surmonter, mais je pense que si nous persévérons, notre pays pourrait se hisser au sommet.

Niger Inter Magazine: Selon la même enquêteAFROBAROMÈTRE Concernant la lenteur des tribunaux, le Niger n’est pas en bonne position avec 68% des personnes interrogées jugeant la durée de la procédure longue. Qu’avez-vous fait, monsieur le ministre, pour inverser cette tendance?

Marou Amadou : Je suis d’accord, c’est même une constatation populaire que la justice est lente au Niger. Mais il y a des explications: le personnel des magistrats et des greffiers est très insuffisant. Nous devrions avoir environ 1 500 magistrats mais nous en avons moins de 500. Nous devrions avoir plus de 3 000 greffiers, mais nous en avons également environ 500. Outre la pénurie de personnel, certains acteurs de la justice ne font pas preuve d’engagement personnel. Et il est conscient du travail à faire que notre gouvernement a pratiquement multiplié par trois (3) les avantages des magistrats pour s’assurer que les magistrats sont dans des conditions acceptables pour rester honnêtes et honorer leurs engagements. Nous avons complètement réformé le cadre juridique, même les opposants le reconnaissent. Et ce sont les deux choses dont vous avez besoin: un cadre juridique réformé et des juges fiables. Nous avons créé École de formation judiciaire du Niger (EFJN) qui commence à recruter chaque année au moins 50 auditeurs judiciaires appelés à devenir magistrats. Il est vrai qu’il y a deux ans, nous avons été bloqués par le Syndicat des magistrats qui contestait les conditions d’accès à l’école des magistrats. Mais enfin, l’opinion publique est témoin que la Cour constitutionnelle nous a donné raison et nous allons bientôt relancer ces concours pour recruter et former selon les moyens disponibles des magistrats afin de relever le défi de la couverture judiciaire que nous venons d’évoquer plus haut. Il nous faut donc redoubler d’efforts, il faudra peut-être recruter au moins 200 magistrats chaque année.

Nous avons réformé la carte judiciaire de notre pays. Nous avons créé 27 tribunaux dans les anciens postes administratifs devenus départements et tribunaux municipaux dans toutes les communes du Niger, de sorte que nous sommes aujourd’hui à environ 64% du taux de couverture judiciaire. Et je dois admettre qu’il existe encore aujourd’hui des localités où les citoyens doivent parcourir jusqu’à 200 km ou au moins 70 km pour rencontrer leur juge naturel. Ceci est inacceptable. C’est pourquoi nous travaillons pour relever ce défi. Le Niger n’est pas un terrain de football. En termes d’espace, le Niger est un sous-continent et la justice joue un rôle important pour assurer la cohésion et la paix civile dans un pays, même si cela a un coût. Et je dis, ce coût, l’Etat doit le supporter car c’est un domaine souverain. Je salue en passant nos partenaires qui nous soutiennent notamment l’Union européenne pour le renforcement de l’état de droit. Il appartient donc au gouvernement de prendre toutes les mesures pour garantir la justice car, lorsque la justice est garantie, tout est garanti. Comme nous le disons, si la justice n’a pas de prix, elle a un coût. La justice est la pierre angulaire de l’état de droit, de la bonne gouvernance et du développement socio-économique d’un pays. Par conséquent, nous devons y mettre les moyens pour que notre pays puisse être compté parmi les grands pays du monde.

Niger Inter Magazine: Ce qui entache la gouvernance au Niger, selon une opinion bien arrêtée des Nigériens, c’est la corruption malgré l’engagement du Président de la République à enrayer ce fléau. Peut-on savoir ce qui se fait au niveau de votre département pour lutter contre la corruption au sein du pouvoir judiciaire mais aussi au niveau national en ce sens que la justice constitue le moyen de répression par excellence contre les indélicats de toutes sortes?

Une vue du Conseil supérieur de la magistrature

Marou Amadou : Je dois vous dire que lorsque je suis arrivée au ministère de la Justice en 2011, ma première préoccupation était de savoir comment lutter contre la corruption dans le système judiciaire. C’est ainsi que, depuis mai 2011, nous avons créé par décret un bureau «information, plaintes contre la corruption et trafic d’influence dans le système judiciaire». Cela a donné lieu à des défis, nous avons réformé et c’est ainsi que la ligne verte a été effective le 13 août 2011 et officiellement lancée par le Premier ministre. Cela traduit notre engagement à lutter contre toute forme de trafic d’influence dans le système judiciaire, car à l’époque, il faut souligner que le système judiciaire était jugé très corrompu, le personnel politique se livrant au trafic d’influence pour bloquer le résultat des procès ou les bouleverser . Je dois souligner que la ligne verte est devenue aujourd’hui un organisme indépendant désormais créé par décret et que nous avons complètement réformé l’inspection générale des services judiciaires, motivant par conséquent les magistrats qui y travaillent pour que cette inspection se renforce et que les magistrats veulent maintenant être là parce que les conditions ont été considérablement améliorées. Les magistrats qui travaillent à l’inspection générale des services ne perdent aucun avantage par rapport à leurs homologues des hautes juridictions. Au niveau national, sur instruction du Président de la République, nous avons créé en juin 2011 le Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions similaires (HALCIE), d’abord par décret puis par une loi qui renforce ses prérogatives et son personnel et qui donne aussi des résultats. Et en plus de l’inspection générale des services, le Unité nationale de traitement de l’information financière (CENTIF) fournit des informations sur les informations financières et le blanchiment d’argent, toutes les formes de criminalité financière et le trafic d’armes de destruction massive, sans oublier qu’au niveau de chaque ministère, vous avez un service d’inspection. Bref, tous ces services contribuent au bon fonctionnement des services de l’État conformément aux lois et règlements de la République sans que les fonctionnaires qui les gèrent ne soient corrompus ou les personnes détournant des fonds publics. Cela nous a fait du bien année après année dans notre classement dans l’indice mondial de perception de la corruption. Transparence Internationale. Il y a des efforts à faire et je suis convaincu que les efforts que nous faisons produiront des résultats. Lorsque vous effectuez des réformes, c’est au fil du temps que ces réformes se traduiront en résultats. Et comme nous le disons, il n’y a pas d’hommes forts, il n’y a que des institutions fortes et nous les construisons. Et comme vous le savez depuis l’indépendance du Niger, ce n’est que sous le 7e République, vous avez une Cour de cassation qui s’occupe des affaires judiciaires, un Conseil d’État chargé de l’ordre administratif, une Cour des comptes efficace comme le prévoit la constitution qui fonctionne normalement, une Commission nationale des droits de l’homme qui fonctionne en toute indépendance selon Paris des principes. Cela signifie que le Niger aujourd’hui est plutôt assis sous des institutions fortes, même si je conviens également qu’il faudrait aussi une volonté politique, des hommes imprégnés de valeurs pour faire fonctionner les institutions.

Niger Inter Magazine: Le Niger vient d’adopter des lois sur la cybercriminalité et l’interception des communications électroniques. Certains pensent que ces deux lois sont liberticides. Que dis-tu?

Marou Amadou : Je dis tout de suite que nos assassins à propos de ces lois, quelles qu’elles soient, ont tout faux. Comme vous le savez, il n’y a pas de liberté absolue. Je réaffirme ici que je suis un activiste de la liberté. Je dirais que nos détracteurs devraient plutôt nous féliciter au lieu de chercher à nous lyncher pour avoir donné un cadre juridique à l’expression des libertés. Chaque fois la Constitution a institué une liberté, elle dit qu’elle s’exercera conformément aux lois dont la loi sur l’interception des communications électroniques qui était prévue par l’article 29 de notre constitution. Mais ce qui est choquant, ce n’est pas que l’opposition politique ou les acteurs de la société civile aient crié de scandale, je suis d’accord avec eux que les correspondances, la vie privée, le domicile doivent être inviolables. En effet, ils doivent l’être, c’est le principe mais à condition que les citoyens qui doivent en jouir n’affectent pas la paix civile et la liberté des autres, car votre liberté s’arrête là où cela commence les autres. Ce qui m’a choqué, c’est d’entendre certains médias internationaux manipuler mes propos en disant à l’opposition que j’ai dit qu’elle était écoutée par le gouvernement. Ce que j’ai dit, c’est que, historiquement, depuis l’époque des royaumes ou des empires jusqu’à aujourd’hui, l’écoute était le fait du prince, l’écoute électronique est consubstantielle à tous les États du monde. Si quelqu’un l’ignore avant 2013, je comprendrais. Mais depuis Edward Snowden (Note de l’éditeur: ancien employé de la Central Intelligence Agency (CIA) et l’Agence de sécurité nationale (NSA), qui a révélé l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques), on sait que même les grandes démocraties qui ont tendance à donner des leçons d’écoute. J’aurais peut-être dû dire ” nous avons peur d’être écoutés, nous sommes donc tous écoutés “. Cela aurait mieux reflété la nature impersonnelle de ce que je voudrais dire. Nous avons peur d’être entendus, nous le sommes déjà! Dans une démocratie, il faut les organiser et cela pour savoir qui écoute qui et comment cela doit se faire dans le respect de certaines exigences. Et l’autre plainte qui nous est faite par certains médias est que c’est l’exécutif qui va maintenant écouter les gens. Je renvoie plutôt ces médias à la loi de juillet 1991 sur l’interception des communications téléphoniques en France, je les renvoie également à la loi du 24 juillet 2015 sur l’interception des communications électroniques en France. Ils sont ordonnés par le Premier ministre de ce pays.

Les États-Unis ont également leacte patriote“(Ndlr: Acte pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour détecter et combattre le terrorisme adopté par le Congrès des États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre) et tout le monde le sait. Peut-être que les gens attendent le 11 septembre, si je peux le dire, admettre que la sécurité est importante et que la liberté est relative. Je ne mets pas ces deux valeurs fondamentales en conflit dans un État démocratique mais je dis qu’elles doivent être conciliées dans une loi. Le projet que j’ai proposé définit les circonstances dans lesquelles l’exécutif peut autoriser des interceptions administratives de sécurité. Pour certains, c’est comme si la prérogative avait été retirée au juge pour être accordée à l’exécutif alors que ce n’est pas le cas dans la mesure où le juge reste compétent en matière pénale devant lui. Ce qu’il faut retenir pour la défense et la sécurité de notre pays, pour sa souveraineté, il est évident que l’exécutif reste le plus vigilant sur les menaces à notre sécurité. Et je dois po C’est à nos détracteurs que j’ai été inspiré par des pays pleinement démocratiques pour élaborer ce projet de loi adopté par le Parlement. Cette loi dit essentiellement que si les intérêts fondamentaux de notre pays sont menacés, le président de la République à la demande du Premier ministre, à la demande du ministre de l’Économie et des Finances, à la demande du ministre de l’Intérieur ou de la Le ministre de la Justice peut autoriser ces interceptions si elles sont justifiées et proportionnées. Je dois également souligner que les communications relatives à la vie privée et au travail des citoyens ne doivent pas être transcrites. Et c’est pourquoi il existe une commission indépendante pour surveiller les interceptions de sécurité administrative. En cas de violation, le Conseil d’État est également là pour statuer sur une violation de la loi.

Au Niger, nous avons dit que c’est même l’homme qui a le plus de légitimité, à savoir le président de la République qui peut l’autoriser. Je dis que le Niger est un pays démocratique et que le parlement nigérien a le droit d’adopter des lois comme bon lui semble. Je ne prétends pas que nos textes sont parfaits, ils sont plutôt perfectibles. Bien avant cette loi, la loi sur la cybercriminalité avait également déversé beaucoup d’encre et de salive. Pourtant, à l’épreuve des faits jusqu’à présent, les personnes ont toujours été suspendues, malgré la gravité de leurs actes et les sanctions sévères prévues par la loi. Cela signifie que les juges considèrent la liberté comme la règle. Et souvent, ce que les gens ne savent pas, c’est le procureur qui permet aux gens de rentrer chez eux de la police judiciaire. Lorsque nous avons fait les vérifications, seulement trois personnes avaient été placées en garde à vue depuis l’adoption de cette loi pour des délits que les juges ont jugés extrêmement graves. Je vois que nous exagérons et manipulons nos consciences pour nous empêcher de légiférer dans le meilleur intérêt de notre pays. C’est comme si certaines personnes ne voulaient pas faire ce qui se fait ailleurs pour le maintien de la paix et de la sécurité nationale. Mais je dis que nous veillerons à ce qu’il y ait des lois qui concilient les libertés et l’avenir de notre pays comme il se doit dans un pays de liberté.

Niger Inter Magazine: Les relations entre l’Union autonome des magistrats nigérians (SAMAN) et vous sont difficiles. SAMAN vous a récemment reproché des lacunes dans la nomination des cadres et magistrats et vous accuse “d’ingérence scandaleuse dans les affaires judiciaires”. Quelle est votre réaction à ces allégations?

Marou Amadou : Je réagis ou réponds parfois aux attaques de ce syndicat devenu répétitif, qui ne m’a guère fait de concessions, malgré ma bonne volonté et ma détermination pour une bonne administration de la justice. Je n’ajouterais pas la controverse à la controverse. Je crois avoir répondu dans une déclaration de presse point par point à toutes les allégations de SAMAN contre nous. Ils nous accusent d’avoir nommé un vice-président du tribunal de commerce, ils accusent de ne pas leur avoir donné à temps les projets qui doivent être débattus au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ils nous accusent de sanctions déguisées à travers ce même organe qui est constitutionnel et ils nous ont également accusés d’ingérence dans les affaires judiciaires et d’avoir nommé un secrétaire général adjoint au ministère de la Justice, d’avoir organisé un “concours maison” qui aurait permis de désigner deux fonctionnaires du ministère pour suivre une formation. Sur toutes ces questions, j’ai répondu mais je préfère répéter ce que j’ai dit ici dans vos colonnes. J’ai dit qu’ils n’avaient aucun argument valable contre le magistrat qui a été nommé vice-président du tribunal de commerce

Concernant le Conseil supérieur de la magistrature, je dis généralement à SAMAN qu’il s’agit d’un organe constitutionnel chargé d’assister le Président de la République dans la nomination et l’affectation des magistrats du siège. Leur demande qu’il soit dirigé par un magistrat de la magistrature nécessite une réforme de la Constitution. Cependant, il est important de savoir que le CSM est composé de plus de 80% des magistrats. De ce point de vue, j’ai une conscience claire. À propos de ce que SAMAN considère comme des sanctions déguisées, pourquoi il ne saisirait pas le Conseil d’État s’il considère qu’il y a irrégularité. C’est aussi la séparation des pouvoirs. Je le dis clairement, à cause des lettres ou des communiqués de presse de SAMAN, je ne renoncerai pas à mes pouvoirs de ministre de la Justice. En ce qui concerne le dysfonctionnement du système judiciaire, c’est ma prérogative de vérifier ce qui est à l’origine du trouble. Je ne suis pas intéressé par la façon dont ils prennent leurs décisions devant les tribunaux. Mais s’il y a un dysfonctionnement, la loi me donne le pouvoir d’exiger des comptes et éventuellement de sanctionner les responsables de ce dysfonctionnement. En cas de dysfonctionnement de la justice, le parlement peut m’appeler pour savoir pourquoi. C’est précisément parce que la loi me donne ce pouvoir de m’informer en amont des raisons du dysfonctionnement du système judiciaire. De plus, ce que les gens ignorent peut-être, au ministère de la Justice, les plus responsables sont les magistrats majeurs et expérimentés par les patrons de nos détracteurs. Le directeur général des affaires judiciaires s’est engagé à vérifier un dysfonctionnement pour lequel un commis a été muté, mais il a protesté qu’il n’était pas responsable de ce dysfonctionnement. Je défie SAMAN de prouver le cas où le ministre de la Justice * a menacé un magistrat pour une décision qu’il aurait rendue.

Le ministre Marou Amadou échange avec des prisonniers

Niger Inter Magazine: Vous êtes, sans aucun doute, le plus jeune ministre à diriger le ministère de la Justice. Si on vous demande de nommer une action ou une décision qui a marqué votre passage à ce poste, quelle serait-elle?

Marou Amadou : la question est complexe lorsque nous avons duré 9 ans à la poste. Pour rendre compte des actions et des décisions prises au cours de cette mission, à mon avis, un mémoire est nécessaire pour en rendre compte. Je ne peux pas choisir entre de grandes décisions ou de grandes actions. Mais si vous ne devez en choisir qu’un comme vous le dites alors je dirais que c’est sans aucun doute les États Généraux de la Justice où sous l’autorité du Président de la République nous avions rassemblé le peuple (en miniature) au Palais des Congrès en novembre 2012 pour délibérer sur l’avenir de notre justice. Au moins 500 personnes se sont rassemblées, des professionnels de la justice, des universitaires, des chefs religieux, des chefs traditionnels, des acteurs de la société civile, des administrateurs civils et militaires sous l’œil attentif d’observateurs étrangers. Nous avions mis à nu notre système judiciaire, nous en avons débattu sans tabou, tiré des conclusions et des recommandations qui ont éclairé dans mon cas mon action à la tête de ce département. Et je pense que cet événement est historique et il le sera toujours. Nous pensons à son institutionnalisation car, à mon avis, l’action à la tête d’un département ministériel ne serait qu’un acte de circonstance si les moyens par lesquels nous sommes arrivés ne sont pas institutionnalisés. Par conséquent, si je dois choisir, je dirais que les États généraux de justice sont dans le moindre sens l’action la plus emblématique.

Niger Inter Magazine: Vous êtes reconnu comme un acteur de la société civile. Depuis 9 ans, vous êtes ministre de la Justice. Face aux faits, le pouvoir n’a-t-il pas changé l’homme, comme disent certains de vos anciens camarades?

Marou Amadou: Ceux qui me critiquent de cette façon sont soit ils ne me connaissent pas, soit ils ont des raisons d’être subjectifs. Mais, j’avoue, c’est une question à laquelle je ne dois pas répondre car il est difficile de se juger soi-même. Mais je considère que je suis le même citoyen Marou Amadou qui avait présidé le parlement de la transition (le Conseil National Consultatif) d’avril 2010 à avril 2011. Je suis toujours le même et je l’espère, probablement avec plus d’expérience, plus de force qui dirige le ministère de la justice depuis le 21 avril 2011.

En tant que ministre de la Justice, avec bien entendu la bénédiction du président de la République, du Premier ministre et de l’ensemble du gouvernement, j’essaie de proposer des mesures de politique publique pour qu’il y ait une meilleure justice au Niger et pour cela il est souvent nécessaire de prendre des mesures qui ne plaisent pas à tout le monde. En tant que chef d’école Marou ou acteur de la société civile, je choisis mes luttes et mes actions et je les mène librement (rires).

Et même alors, mes actions ne plaisaient pas à tout le monde, même si elles plaisaient aussi aux autres. C’est la même chose aujourd’hui, il y a des gens qui disent que j’ai changé négativement mais il y a des gens qui trouvent que j’ai changé mais positivement.

Mais je réponds à tous que je reste et reste le défenseur des droits de l’homme fidèle à mes convictions et principes d’hier et d’aujourd’hui.

Le ministre Marou Amadou avec des magistrats

Niger Inter Magazine: quel est votre avenir politique, autrement dit avez-vous des ambitions politiques?

Marou Amadou: Je vous rappelle que même lorsque j’étais acteur à plein temps dans la société civile, certaines personnes m’ont critiqué pour avoir fait de la politique. Si la politique se bat pour la liberté, pour la justice, je dis que je suis un politicien. Cependant, je ne suis pas partisan.

Niger Inter Magazine: Et pourtant, certaines personnes pensent que si vous n’êtes pas PNDS-Tarayya, vous êtes au PJD-Doubara…

Marou Amadou : Mais à quel parti ne suis-je pas accusé d’appartenir? Mon engagement politique ne se mesure pas à l’appartenance à un parti politique. Ce qui est le plus important pour moi, c’est de servir mon pays et les causes qui me tiennent à cœur.

Niger Inter Magazine: Quel est votre lien avec la lecture aujourd’hui?

Marou Amadou: JJ’ai l’habitude de dire que si vous n’y prêtez pas attention, vous courez le risque d’être un imbécile au sein du gouvernement car vous n’avez pas assez de temps pour lire. J’avoue que depuis le début de Covid19, J’ai eu le temps de lire et c’est une joie. Mais avant, ce n’est que pendant les voyages que vous avez le temps de lire et que vous n’avez pas souvent le temps de terminer un livre.

Je pense que nous devons lire car, l’homme, ce sont aussi ses lectures, ses amis, son parcours personnel, les institutions dans lesquelles il aura travaillé.

Niger Inter Magazine: Quel est le dernier livre que vous avez lu?

Marou Amadou : Le dernier livre que je viens de lire est, Mensonges et vérités: une fidélité à toute épreuve de James Comey (Note de l’éditeur: directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI) du 4 septembre 2013 au 9 mai 2017). James Comey a servi sous Clinton, Buisson, Obama et Donald Trump qui a fini par le renvoyer du FBI.

Niger Inter Magazine: Aujourd’hui, l’une des questions brûlantes de l’actualité est en effet le scandale au ministère de la Défense nationale. En tant que ministre de la Justice, que dites-vous aux Nigériens à ce sujet?

Marou Amadou : J’ai été le premier à réagir sur cette question du scandale de l’audit du ministère de la défense nationale si vous vous souvenez du point presse que j’ai animé à cet effet. Je demande aux Nigériens de faire confiance à celui qui a commandé cet audit, le président de la République. Parce que c’est lui et lui seul qui ont décidé cela. Je veux dire le lendemain douloureux Événements Inatès, lorsque nous sommes venus à la base 101 pour présenter plus de 70 corps de nos soldats tombés au combat, lors des cérémonies funéraires, je n’étais pas le seul nigérien à avoir vu la grande émotion qui a étranglé le chef de l’Etat et à peine un mois plus tard il y avait tragédie Chinagodar. C’est dans ces circonstances que le président de la République plus qu’indigné, absolument bouleversé par ces deux terribles événements et probablement à la lumière de certaines rumeurs qui l’ont atteint, a décidé de se taire, en ordonnant cet audit.

C’est une grande première en Afrique et peut-être dans le reste du monde qu’un chef d’État et chef suprême des armées ordonne l’audit du ministère de la défense qui, par symbolisme et par essence, est considéré comme le ministère des grands stupide c’est-à-dire un secret absolu. Il lui a ordonné de découvrir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Il l’a fait mais même si on ne peut pas l’applaudir, on ne peut pas dire que c’est quelqu’un d’autre qui l’a découvert car tout simplement dans la conduite de cet audit tout ce que les gens savaient que c’était les fuites dans les journaux ou les réseaux sociaux en faisant semblant de l’ignorer le chef de l’Etat a été ému par une conscience politique aiguë et c’est aussi le seul (puisque c’est lui seul qui a ce pouvoir) qui a transmis ce rapport d’audit à la justice. Depuis lors, ce dossier a fait l’objet d’une enquête préliminaire par les services compétents de la police judiciaire. Ces enquêtes sont très avancées et le reste aboutira devant les tribunaux.

Je demande simplement à tous les patriotes de soutenir le Président de la République pour ce qu’il fait pour le pays et de faire confiance à la justice. Je suis, comme vous le savez, membre du Conseil de sécurité nationale, donc je sais quel avait été l’engagement du Président de la République SE Issoufou Mahamadou pour recruter des hommes, équiper les forces, leur fournir des ressources substantielles, les nourrir et les habiller . Quand on est témoin de son engagement et que l’on veut lui attribuer les déceptions de cette guerre, c’est vraiment pénible. Mais je vous le dis, l’histoire jugera et je suis convaincue que l’histoire restaurera la vérité. Et moi, en tant que ministre de la Justice, je voudrais dire à mes concitoyens de croire en l’indépendance de notre justice. La justice dira la loi. En justice, il y a trois parties: le parquet qui représente l’entreprise, les avocats qui représentent l’accusé ou l’accusé et la justice est au milieu. La justice suivra en tout état de cause son cours dans la sérénité et dans le respect des grands principes de la justice.

Elle va entender toutes les parties, Elle va juger de ce rapport et des conclusions des enquêtes et rendra justice au nom du Peuple nigérien car c’est bien en son nom que la justice rend ses décisions. Elle le fera sans passion. Elle le fera au nom et sur la base des éléments du dossier mais elle ne fera pas parce que c’est x ou y qui est dedans. La justice c’est des faits, c’est des lois et des intentions. C’est la base de ces trois éléments que la justice rend sa décision. C’est ce qui se fera dans les cabinets d’installation et ensuite devant le Tribunal. Que chacun fait confiance à la justice car elle est DIGNE de CONFIANCE.

Niger Inter Magazine: Quel est votre message particulier aux Nigériens?

Marou Amadou : J’ai envie de dire à mes concitoyens que je reste et demeure le Marou d’hier qu’ils ont connu en permanence insurrection contre la dictature et avec une philosophie de vie très simple. Dans la poursuite de mes engagements militants, je ne crains rien, je n’espère rien.

Interview réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane et Abdoul Aziz Moussa

NigerInter Magazine N ° 026 de Juin 2020





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