Mayotte toujours en proie à Covid-19, les autorités sanitaires ont souligné

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Alors que la progression du Covid-19 est en net recul en France métropolitaine, Mayotte reste dans la zone orange, comme l’a annoncé Emmanuel Macron dimanche soir. Trois mois après l’apparition des premiers cas, l’épidémie est restée virulente et les associations ont dénoncé une mauvaise gestion par les autorités sanitaires.

Toute la France passe au vert. Tous sauf Guyane et Mayotte, seuls départements à toujours être classés en zone orange. L’épidémie reste très virulente et se propage de jour en jour, notamment à Mayotte, un archipel de l’océan Indien, situé au large du Mozambique et de Madagascar.

Le 12 juin, l’Agence régionale de la santé (ARS) a signalé 2 268 personnes infectées sur 270 000 habitants, 1 790 patients guéris, 39 hospitalisés dont 13 en soins intensifs et 28 décès. Cependant, peu de cas graves ont été enregistrés sur l’île, où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans, relativisent les agences de santé publique.

Santé Publique France rappelle néanmoins que “les facteurs de risque identifiés (maladies cardiovasculaires, diabète, hypertension, obésité) sont particulièrement répandus à Mayotte”, écrit-elle dans sa dernière étude publiée le 11 juin. Une étude d’épidémiologistes estimait notamment en 2019 que 80% des femmes y étaient obèses ou en surpoids dès l’âge de 30 ans. Un facteur aggravant pour le Covid-19. Sur les 133 premiers patients hospitalisés au début de l’épidémie, 99 présentaient au moins une comorbidité et 58% étaient en surpoids ou obèses, précise Santé publique France.

L’épidémie actuelle est-elle sous-estimée?

“Il est probable que l’ampleur de l’épidémie actuelle soit sous-estimée”, craint Santé publique France. Après une accalmie de deux semaines à la mi-mai, une recrudescence de cas a été observée au cours des deux dernières semaines après “la célébration de l’Aïd et la réouverture des magasins”, note l’agence nationale de la santé.

L’augmentation des chiffres sur l’île s’explique également par l’apparition d’un cluster dans le centre pénitentiaire du village de Majicavo-Lamir. Les premiers cas positifs ont été détectés parmi le personnel pénitentiaire, puis chez les détenus. Au total début juin, 26 agents étaient positifs sur 142 et 178 parmi les détenus (soit 56% des détenus).

La proximité immédiate de cet environnement clos a conduit les autorités à mener une vaste campagne de filtrage au sein de la prison, puis à mettre en place des mesures de protection pour briser les chaînes de transmission: isolement des détenus positifs et mise en quarantaine des sujets contacts et nouveaux détenus. Mais ces mesures préventives n’ont pas été généralisées sur l’île, au grand dam de l’Union des associations d’usagers de la santé (Urass).

Confinement impossible

Urass estime que la lutte contre l’épidémie de Covid-19 orchestrée par l’ARS est inefficace et il l’a fait savoir dans une lettre adressée à Dominique Voynet, directeur de l’ARS Mayotte. Elle dénonce notamment une communication mal adaptée à la population, l’insuffisance des tests et des équipements de protection individuelle pour les professionnels de santé ou encore le manque de suivi des patients touchés par le coronavirus.

Dans le contexte de grande précarité de l’île, où 82% des familles mahores vivent en dessous du seuil de pauvreté et 39% vivent dans des logements précaires, sans confort sanitaire ni point d’eau, les mesures de prévention et les barrières sont très difficiles à respecter. D’où l’urgence et la nécessité de “tests à grande échelle”, affirment les associations.

“Mais y a-t-il suffisamment de tests pour faire face?” Inquiète Urass. “Envisagez-vous une campagne générale et spécifique (prenant en compte les représentations sociales liées aux maladies) pour inciter la population à se faire tester?”, Demande-t-elle.

S’adapter aux coutumes locales

De nombreuses questions sont liées notamment à l’adaptation des mesures sanitaires aux usages locaux et les associations souhaiteraient que les anthropologues, spécialistes de l’archipel, soient associés à la communication des agences de santé. Urass rappelle notamment l’arrivée imminente de la saison des grands mariages traditionnels mahorais (“Manzaraka”), pour lesquels il demande un “protocole spécial”.

Elle est également préoccupée par la manipulation des corps pour les rites mortuaires et les enterrements. “En l’absence de dépistage, n’y a-t-il pas un risque de contamination lors de la manipulation des dépouilles?” Elle a demandé. “Non, le risque n’est pas vraiment là”, explique à France 24 un épidémiologiste, bon connaisseur de Mayotte, qui estime que le risque réside plutôt dans les rassemblements générés lors des funérailles et dans le refus de certains patients de mourir à l’hôpital donc que les rites funéraires traditionnels soient respectés.

Pour endiguer l’épidémie et permettre le déconfinement, les spécialistes estiment que le suivi de la population – sur le terrain – est essentiel. Santé Publique France recommande, encore et encore, le port d’un masque pour limiter la contagion, et la mise en place de “moyens concrets pour prévenir l’émergence de flambées dans des situations propices à des contacts étroits et prolongés”. Surtout les mariages et les funérailles.



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