“Nous voulons que la moitié des élus soient des femmes lors des prochaines élections et une participation de qualité afin de briser le mythe” – Le Sahel

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La participation à la vie politique de la femme nigérienne est aujourd’hui une question d’actualité. Dans quelques mois, le Niger entend organiser des élections municipales, législatives et présidentielles. Les femmes représentent plus de la moitié de la population, selon le rapport du recensement général de 2012 de l’Institut national de la statistique. Cette participation se serait améliorée ces dernières années grâce à une loi sur les quotas votée à l’Assemblée nationale, mais ces progrès sont inférieurs à leur nombre dans les instances de la société. Pour soutenir ce segment de la population, des organisations non gouvernementales nationales et internationales s’emploient à promouvoir l’équité sociale et l’égalité pour les femmes nigériennes. Dans l’interview qui suit, Mme Aminatou Daouda Haynikoye, responsable du projet Mata Masu Dubara (MMD) à l’association Cooperative for Assistance and Relief Everywhere (CARE international Niger), nous parle du soutien que les femmes reçoivent pour se positionner sur le vie socio-économique et politique.

Les femmes restent sous-représentées dans les instances de décision au Niger. La sphère politique est largement dominée par les hommes. Vous êtes responsable d’un programme qui travaille pour l’avancement des femmes. Comment percevez-vous la conquête de ces espaces par les femmes, notamment dans les partis politiques et quel soutien apportez-vous à ces femmes au Niger?

Merci beaucoup de m’avoir donné l’occasion de parler dans les colonnes de votre journal. Pour répondre à la pertinence de votre préoccupation, ici à CARE International, nous avons un programme de promotion de l’équité, de l’égalité sociale et de la société civile (PROMEESS) qui est dans sa troisième phase. Ce programme vise à promouvoir les droits socio-économiques et politiques des femmes et des filles. Le programme a une composition politique participative des femmes, opérant dans six régions du Niger. La phase actuelle qui vient de commencer mobilise les femmes non seulement pour être candidates, mais seulement pour être électrices lors des consultations électorales au niveau des élections municipales. CARE travaille au Niger depuis 1974. Elle est attachée à l’injustice sociale et a fait des questions de genre et d’équité une priorité. CARE intervient principalement sur le thème Empowerment and Leadership of women and girls since 1991 à travers le Programme Mata Masu Dubara (MMD) qui a connu plusieurs phases successives dont l’actuelle qui est le Programme Promotion de l’Equité – Egalité Sociale et Société Civile (PROMEESS III ). Le modèle MMD est la mobilisation des femmes pour faire de l’épargne crédit. Au vu des succès enregistrés au fil des ans, ce programme s’est concentré sur l’aspect participation politique des femmes. Avec la réalisation des besoins pratiques des femmes, en particulier l’épargne, elles parviennent à répondre à leurs besoins quotidiens grâce à la création de grands réseaux structurés d’où le besoin de stratégies incluant la participation politique des femmes.

Les femmes connaissent aujourd’hui leur numéro numérique. Ils sont actifs dans tous les domaines. Le pays doit donc se construire avec eux. Les femmes doivent participer à la création de richesse, créer des emplois et participer pour être entendues. Le mouvement MMD, en ce qui concerne les groupes encadrés par CARE-Niger, est au nombre de 21 000, totalisant plus de 650 000 membres. Ces réseaux doivent constituer un mouvement social pour promouvoir la voie des femmes et participer à la gestion des affaires publiques, notamment au niveau communautaire.

Une étude CARE datant de 2017 montre que ¾ des femmes élues sont issues de MMD. Cela explique pourquoi les choses ont commencé à évoluer au niveau rural en termes de sensibilisation pour lutter contre les inégalités persistantes entre les sexes. Par exemple, si les femmes ne siègent pas aux conseils municipaux, leurs besoins spécifiques ne seront pas pris en compte. Concernant l’éducation de la fille, avec toutes les difficultés, les barrières socioculturelles, les femmes doivent s’asseoir pour donner leur avis afin que le Plan Communal de Développement (PDC) et le Plan Annuel d’Investissement (PIA) des communes puissent s’occuper de la besoins spécifiques des femmes et des filles pour leur émergence.

Chaque apparition étonnante d’une femme sur la scène politique est rapidement applaudie, mais laisse parfois l’opinion indifférente. Pour dissiper cet état de fait, quelles sont vos interventions stratégiques auprès de ces femmes pour une prise de conscience collective?

Le travail de CARE à travers ce programme, qui est dans sa phase III (2020-2024), est de sensibiliser et de motiver les femmes sur leurs droits électoraux. D’abord renforcer leurs capacités sur le système électoral, les aider à acquérir des documents d’état civil car tout doit commencer à ce stade, les mobiliser pour s’enrôler. Ensuite, nous identifierons des candidates potentielles. Ce sont des femmes déterminées et déterminées à devenir conseillères locales. Nous avons plus de 1069 femmes potentielles dans ce programme MMD réparties dans les six (6) régions (Maradi, Niamey, Tahoua, Tillabéry et Zinder et Dosso) de l’intervention du programme au Niger.

Un programme de renforcement des capacités a été développé pour ces femmes sur le système électoral au Niger, les droits et devoirs des élus, comment mener la campagne, comment construire une alliance avec d’autres partis politiques. Nous savons numériquement que les femmes n’ont rien à faire; malheureusement, ils manquent de stratégies politiques. Malgré l’existence de la loi électorale et celle du quota, ils ne parviennent pas à créer des synergies avec ceux qui ont déjà été élus et qui sont en fin de mandat pour partager leur expérience afin de bien se positionner pour être élus et parler pour la femme et la fille nigériane. C’est sur ce programme que nous travaillons avec nos partenaires d’exécution locaux.

Au niveau de notre programme, nous mettons en avant la formation au leadership. Il ne s’agit pas de faire émerger des femmes, ces femmes doivent être engagées et déterminées. C’est pourquoi dans notre programme, l’accent est mis sur la formation. Nous nous concentrons sur l’alphabétisation avec plus de 80% des femmes analphabètes au Niger, nous devons les responsabiliser dans ce sens. Nous avons de nombreux centres d’alphabétisation fréquentés à plus de 98% par des femmes et des filles pour les aider à écrire et à écrire. Une fois alphabétisé, il y a huit (8) modules de renforcement, dont le premier porte sur le leadership, l’estime de soi, la négociation, les techniques de communication, l’éducation financière, etc.; une fois les femmes accompagnées au cours d’un processus de huit (8) mois, à la sortie, le groupe est libéré et se dit indépendant. Je vous assure que si vous arrivez dans une communauté, dès que vous rencontrez des groupes de femmes, vous ferez la différence entre la femme MMD et les autres. Elle communique bien en groupe et maîtrise son domaine d’intervention. Ce sont des femmes qui ont leur propre agenda et pour leur groupe. Ils sont responsabilisés et montrent de bons exemples dans le monde rural.

Compte tenu des inégalités cruciales qui existent entre les femmes et les hommes dans leur participation à la vie publique, une loi sur le quota de 25% a été adoptée qui a récemment été révisée à 30%. Compte tenu des objectifs de votre programme et de son soutien, peut-on parler maintenant de l’émergence politique des femmes pour la construction et la consolidation de la démocratie au Niger?

Nous commencerons par féliciter le gouvernement pour cette réalisation. En effet, l’idéal était la parité, mais étant donné le contexte socio-économique nigérian où les femmes se battent pour leur émergence avec la survie de nos pratiques culturelles, il n’est pas facile pour nous d’avoir une parité de 50% à cause de l’analphabétisme. Cependant, le quota doit être transitoire. Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à promouvoir le quota. Nous devons nous donner du temps. Peut-être qu’en 2035-2040, nous pourrons atteindre la parité. Pour la première fois, le quota nous a bien servi, car il a permis aux femmes d’être présentes dans tous les cas à tous les niveaux. Mais nous voulons plus que cela. Nous voulons une prise de conscience collective des femmes pour retrouver leurs droits de participation politique afin de siéger sur les corps et défendre leurs intérêts au même titre que les hommes. Oui pour la participation politique des femmes, mais non pour l’émergence de femmes qui ne méritent pas. Car ceux-ci, une fois arrivés aux instances de décision, n’auront pas la capacité de faire évoluer les choses. Ils ne peuvent pas faire face aux défis quotidiens auxquels ils sont confrontés. Cela signifie qu’il vaut mieux investir dans la formation pour un résultat convaincant. C’est ce que nous faisons au niveau de notre programme.

On dit souvent que la promotion des femmes en politique nécessite de considérer des quotas dans chaque parti politique. Parfois, les femmes n’ont pas confiance en elles. Quels conseils donneriez-vous à ces derniers, qui constituent l’épine dorsale des partis politiques du point de vue de la mobilisation des électeurs?

Nous invitons chacun à s’impliquer, à avoir une volonté politique, chacun à son niveau. Si le chef de l’État a adopté les lois, chacun à son niveau doit faire quelque chose. Nous devons promouvoir l’équité, le genre à tous les niveaux, les femmes, les jeunes, les hommes. Il s’agit de vous donner une chance. Aujourd’hui, il y a des femmes qui excellent dans tous les domaines de la vie socio-économique et politique au Niger et partout ailleurs. Il suffit d’avoir la volonté. C’est dire à la fin que dans notre programme, le souhait est de voir autant de femmes élues aux conseils municipaux respecter le quota et au-delà. Le quota n’est qu’un minimum. Mais la lecture qui se fait au Niger, quand on parle de quota, on ne pense qu’au pourcentage recommandé. J’encourage toutes les parties prenantes à se battre pour que la loi sur les quotas soit clarifiée et comprise. Aujourd’hui, un parti politique peut dresser une liste sur laquelle 50% des candidats sont des femmes, rien ne l’interdit au Niger. Malheureusement, faute de volonté politique, d’engagement et de déterminisme, nous réalisons que les gens ont du mal à respecter ce quota. Dans la nouvelle phase du programme MMD, nous voulons que la moitié des femmes élues soient des femmes et fassent une participation de qualité afin de briser le mythe et faire la différence. Le changement tant attendu ne peut venir que de bas en haut, et non l’inverse.

Réalisé par Seini Seydou Zakaria (onep)



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