patients encore loin de la guérison, un mystère pour la médecine

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Plusieurs semaines après avoir éprouvé les premiers symptômes de Covid-19, de nombreux patients craignent que leur santé ne revienne pas à la normale. Un phénomène qui interroge les médecins, dans les hôpitaux et dans les bureaux.

Alors que l’épidémie de Covid-19 s’affaiblit en France, de nombreux patients se plaignent de ressentir des symptômes plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l’apparition des premiers signes de la maladie. Face à eux, les médecins peinent à trouver des explications à tous ces cas.

“Chaque fois que je pense que je me suis débarrassé du virus, la fatigue revient.” Pour Jacqueline, 62 ans, la lutte contre le Covid-19 est un long test. Deux mois et demi après avoir ressenti les premiers symptômes, le virus n’est toujours pas derrière.

Tombant malade le 19 mars, Jacqueline avait néanmoins développé une forme bénigne du coronavirus. Un rhume sévère associé à une perte de goût et d’odeur a fait place à une sorte de «mal de gorge» et de «douleur oculaire». “Les symptômes changeaient constamment, même en une journée”, se souvient-elle.

“Palpitations” et “fatigue intense”

Il a fallu un mois pour voir les symptômes disparaître. «Je sentais que ma forme revenait», explique Jacqueline. Mais cette amélioration n’a pas duré. “Une dizaine de jours plus tard, je suis retombée au fond du trou”, regrette-t-elle.

Malgré cette longue convalescence, Jacqueline n’a pas été hospitalisée. Si aujourd’hui elle se sent mieux, elle voit toujours la stigmatisation de la maladie. «Parfois, j’ai des palpitations et je ressens une fatigue intense. Je dois faire des siestes pendant la journée», décrit-elle.

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Sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter et Facebook, les témoignages du même type se multiplient. “Ce matin est compliqué. Je ressens une oppression thoracique. Mes problèmes de gorge sont toujours là, [j’ai] respiration difficile et je perds la voix. Quelqu’un at-il ces problèmes? “Demande Sophie, la quarantaine, dans un groupe Facebook appelé” # AfterD20 “réunissant des patients qui présentent encore des symptômes après vingt jours de convalescence.

Également affaibli depuis plusieurs semaines, Stéphane, âgé d’une trentaine d’années, répond: “Gêne dans la gorge depuis ce matin, dégagement, sensation d’avoir parfois du mal à respirer.”

Consultations dédiées

Les médecins voient plus de ces patients arriver en consultation depuis le ralentissement de l’épidémie. Certains hôpitaux ont donc dû mettre en place des consultations dédiées, comme à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. «Nous voyons ce type de patients tous les jours. Les demandes sont nombreuses et nous devons donc y répondre», explique Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales. Pour sa part, Stéphane Aszerman, urgentologue pour les médecins SOS en Île-de-France, a également déclaré avoir vu sur le terrain “beaucoup de monde dans cette affaire”.

Ces dernières semaines, les patients qui n’ont pas développé de formes sévères de Covid-19 pensent qu’ils sont passés inaperçus. “Je pense à ceux qui, sans réponse, et sans traitement, attendent de retrouver un état de santé normal et souffrent en silence”, a expliqué Dominique, 46 ans, sur Facebook, malade depuis 72 jours.

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Cependant, les soignants ont dû établir des priorités face à l’afflux de patients dans l’unité de soins intensifs. “Au début de l’épidémie, nous étions débordés. Nous n’avons pas vu ces patients. Ils arrivent maintenant que cette vague est terminée”, précise Éric Caumes, pour qui ces patients “pourraient être pris en charge par la médecine de la ville”. “Mais les généralistes ne sont pas assez nombreux”, regrette le spécialiste des maladies infectieuses.

“Ce n’est pas un nouvel épisode de Covid-19, c’est la suite”

“Pour le moment, ces patients n’apparaissent pas dans les statistiques, explique le médecin urgentiste Stéphane Aszerman. Ils prennent en compte les visites aux urgences, les hospitalisations et les réanimations et les décès en maison de repos. Mais pour le reste de la population tombée malade, nous commençons seulement à faire des statistiques à travers des tests “, précise-t-il.

Douleur thoracique, tachycardie, palpitations, perte de goût et d’odeur … Les symptômes dont se plaignent les patients sont très variés. Mais selon Stéphane Aszerman, ces signes ne sont pas nouveaux, ils résultent parfois simplement d’une infection par le nouveau coronavirus. “Ce n’est pas un nouvel épisode de Covid-19, ce sont les conséquences”, a-t-il dit. Le médecin n’est pas surpris par cette persistance des symptômes. “Cela ne me surprend pas car ce virus n’est pas un simple rhume et il provoque plusieurs pathologies”, a expliqué le médecin urgentiste.

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Pour expliquer la persistance des symptômes, Éric Caumes estime qu’il faut d’abord distinguer les causes. Pour lui, il est nécessaire de différencier ceux qui développent une “asthénie post-infectieuse”, c’est-à-dire un état d’affaiblissement du corps après une infection, des patients qui présentent des “manifestations tardives d’origine immunitaire”, comme “la fatigue et une toux persistante” “.

La prise de médicaments anti-inflammatoires peut aggraver l’état du patient, les médecins ont limité la prescription de ces médicaments pendant la crise. Une méthode qui aurait eu des effets directs sur l’état des patients. “Nous sommes agacés, car comme la plupart des séquelles persistantes sont de nature inflammatoire et que nous ne donnons pas de médicaments anti-inflammatoires, les symptômes persistent”, explique Stéphane Aszerman.

Selon Éric Caumes, ces symptômes peuvent également correspondre à des “séquelles du virus” telles que “la fibrose pulmonaire”, ou à des “séquelles de soins intensifs”, telles que des myopathies ou des difficultés à se déplacer.

L’anxiété, un facteur aggravant

Les conséquences psychologiques et psychiatriques pourraient également expliquer l’existence de ces signes qui ne disparaissent pas. Selon Éric Caumes, il est probable que ceux qui se plaignent de symptômes multiples sans être testés positifs présentent des “manifestations psychosomatiques”: troubles physiques aggravés par des troubles psychologiques tels qu’un sentiment d’anxiété.

“Nous sommes parfois surpris par la normalité des examens: ils ne rapportent aucune anomalie et les patients ne présentent que des symptômes”, note Éric Caumes.

Ce phénomène montre que le nouveau coronavirus n’a pas encore révélé tous ses secrets. “Si nous savions à chaque fois pourquoi ces personnes ont toujours des symptômes, ce serait formidable. Mais nous n’avons pas encore tout compris concernant le Covid-19”, admet Stéphane Aszerman. De quoi mobiliser encore plus de soignants déjà épuisés par la crise sanitaire.



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