plaider pour un renouveau vert et une “transformation profonde”

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Trente-quatre mesures pour sortir de la crise et repenser le monde de demain. C’est la proposition d’une alliance sans précédent réunissant un large panel d’organisations, d’associations et de syndicats classés à gauche, déterminés à changer de mode d’action.

Un plan pour sortir de la crise pour une reprise verte et solidaire. Alors que la France s’apprête à entamer la deuxième phase de déconfinement, un large panel de vingt organisations, majoritairement de gauche, dont Greenpeace, Oxfam, la Confédération paysanne, Unef ou encore la CGT, a publié le mardi 26 mai, un résumé en 34 points proposition de “transition structurelle” environnementale et sociale. Une série de mesures autour de la relance verte, visant à renforcer les services publics, à reprendre l’économie, voire à réduire l’instabilité des marchés financiers. A cette occasion, France 24 fait le point avec le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard.

France 24: Comment cette alliance était-elle composée d’organisations, d’associations et les syndicats ?

Jean-François Julliard : Nous étions conscients d’avoir atteint nos limites en agissant de notre propre chef et nous avons entamé des discussions il y a un an, notamment avec la CGT. Notre objectif était d’aller au-delà des slogans et de trouver une position commune. Après la crise des Gilets jaunes, déclenchée par la taxe carbone qui nous semble essentielle, même si elle a été très mal présentée par le gouvernement, nous avons pris conscience de la nécessité de mieux réfléchir à l’impact social des réformes environnementales. Il est impossible de diffuser le message écologique d’une mesure sur le carburant si son coût n’est pas réparti équitablement dans la société. Nous avons donc ouvert une large consultation avec une seule limite: ne pas intégrer les partis politiques, s’adresser au plus grand nombre. Bien sûr, nous avons des divergences et parfois des priorités différentes. C’est le cas de la sortie du nucléaire, par exemple. Nous avons trouvé un compromis avec la CGT en convenant de la nécessité de mettre fin aux investissements dans le secteur. D’autres sujets, au contraire, sont unanimes, comme la rénovation des bâtiments, qui permettent de créer des logements et des emplois accessibles en réduisant l’impact écologique.

Selon vous, quelles sont les principales priorités d’une reprise verte ?

Pour nous, la priorité est d’imposer des mesures environnementales aux multinationales. L’accord de Paris n’atteindra jamais son objectif de limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2 degrés Celsius si nous n’imposons pas d’obligations annuelles de réduction des émissions aux entreprises polluantes. Notre proposition est d’interdire le versement de dividendes aux actionnaires si les objectifs ne sont pas atteints. Aujourd’hui, ces entreprises prônent toutes un discours écologique. Mais leur modèle même est le climat.

Vient ensuite la question des transports: la construction ou l’extension des aéroports, ainsi que les projets d’infrastructures routières, doivent être arrêtés. On sait aujourd’hui que le développement des routes favorise davantage l’augmentation du nombre de voitures qu’il ne régule le trafic. En parallèle, il faut renforcer le ferroviaire, largement sous-développé, relancer les trains de nuit, arrêter la suppression des lignes régionales et développer les infrastructures cyclables pour le transport périurbain, dans des villes comme Marseille ou Nice encore trop centrées sur le transport par camion.

Enfin, il est indispensable de transformer le modèle agricole pour favoriser les circuits courts, arrêter le modèle de subvention à l’hectare et lutter contre la déforestation importée qui consiste, par exemple, à détruire des écosystèmes en Argentine ou au Brésil pour nourrir le bétail consommé en France.

La France sur deux mois de détention. Qquel bilan apprendre d’un point de vue écologique ?

Le confinement nous fournit la preuve, s’il en existait encore, que l’activité humaine a un impact majeur sur la qualité de l’air. L’arrêt de la route, du transport aérien et des activités industrielles lourdes a entraîné une forte baisse des polluants atmosphériques, notamment en Chine, dans le nord de l’Italie et dans les grandes villes. Les experts estiment déjà que les émissions de carbone en Europe diminueront de 9% en 2020.

Le problème est qu’il s’agit d’une réduction liée à la conjoncture économique et pas du tout aux politiques environnementales. Si la relance se fait sans transformation profonde des modes de production et de consommation, nous manquerons une belle opportunité. Pour l’instant, ce n’est qu’un répit pour le climat, car ce type de réduction doit s’étendre sur plusieurs années pour avoir un réel impact sur le réchauffement climatique.

On a beaucoup dit que l’écologie était l’affaire de tous et proposer des gestes individuels. Y a-t-il une leçon à tirer de la crise de Covid-19 à ce sujet? ?

La crise a confirmé que si des actions individuelles sont nécessaires, elles restent très insuffisantes face aux défis climatiques. On a beaucoup dit que la consommation individuelle d’électricité avait explosé pendant le confinement, avec le streaming en particulier, mais cela n’est pas comparable aux gains observés en raison du ralentissement de l’activité. Bien sûr, il est essentiel que chacun repense ses comportements individuels tels que la mobilité et la consommation, mais ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont des changements systémiques.

Par exemple: comment pouvons-nous encore avoir un régime fiscal aussi avantageux pour le transport aérien, qui rend certains trajets courts moins chers que le train? Les Français qui utilisent la voiture sont lourdement taxés sur l’essence. Il en va de même pour la chaîne alimentaire avec l’exemple des crevettes élevées dans un pays, décortiquées dans un autre et qui font le tour du monde pour débarquer dans notre congélateur. Le consommateur a peu de pouvoir de décision sur ces questions.

Il appartient au gouvernement d’agir et nous considérons que les premières annonces, notamment sur l’industrie automobile et l’aéronautique, ne comportent pas de vision écologique à long terme. Emmanuel Macron nous avait promis que le lendemain serait “très différent de la veille”. À ce stade, nous sommes inquiets.



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