Quand les femmes s’approprient la filière – Le Sahel

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L’arachide est un produit de rente dont la culture à grande échelle au Niger remonte à la période coloniale. Cette époque est certes passée mais la culture de ce produit de rente a continué dans les zones à fort potentiel agricole. Parmi ces zones de production de l’arachide, figure la région de Dosso qui regorge de terres fertiles et entièrement favorables à la production de l’arachide. Si les producteurs de la commune rurale de Mokko, de Kargui-bangou, etc. bénéficient énormément de plusieurs avantages liés à la culture de l’arachide, le groupement féminin « tchétchin-bonsé » de Dosso, qui transforme ce produit en dérivés fortement consommés par la population nigérienne, tire son épingle du jeu grâce à l’extraction de l’huile d’arachide, le tourteau et la pâte d’arachide. C’est une activité économiquement rentable dans la cité des Djermakoye. Les graines de l’arachide sont transformées en « pâte d’arachide» communément appelée en langue vernaculaire ‘’Tiga-dagué’’ ; en huile ou encore en tourteau dont la commercialisation est surtout développée aussi bien dans le département de Dosso qu’à Dogondoutchi.

Le groupement féminin « tchétchin bonsé » de Dosso est une unité de transformation de l’arachide. Ce groupement est populaire dans la cité des Djermakoye à travers le sérieux avec lequel des femmes ayant fait le choix de se battre pour leur autonomisation conduisent le processus de transformation jusqu’à la commercialisation du produit fini. En effet, on ne saurait évoquer la transformation et la commercialisation des différents dérivés de l’arachide dans la ville de Dosso sans pour autant citer le nom de ce groupement reconnu comme l’un des plus rigoureux dans le processus de transformation de l’arachide. Ce groupement de référence a élu domicile chez la présidente Mme Fati Maiguizo sis en face de l’ancienne carrière où les habitants de la ville de Dosso fabriquaient ou confectionnaient à l’époque les briques en banco. Pour l’essentiel des maisons en banco de la cité des Djermakoyes, les briques ayant servi à leur édification provenaient de cette ancienne carrière. Cette dernière est devenue un lieu privilégié pour le décorticage de l’arachide. Cette activité est aussi un maillon essentiel dans la chaine de transformation de l’arachide. Ce sont généralement les femmes venant des zones rurales qui s’adonnent à cette activité moyennant une rémunération à la fin du travail. Elles sont dynamiques et savent exécuter cette tâche extrêmement pénible dans la transformation de ce produit de rente qu’est l’arachide. Le travail est souvent réalisé par groupe d’affinité. Ainsi, ce 27 mars 2020, les décortiqueuses d’arachide du groupement féminin « tchétchin bonsé » sont à leur lieu habituel de travail, c’est-à-dire dans le gouffre de l’ancienne carrière de Dosso. Il est 12h 05 mn ici à la carrière qui sert de lieu de décorticage de l’arachide. Le travail bat son plein  chez ces femmes ayant refusé de tendre la main ou quémander pour gagner leur pitance quotidienne.  Il fait chaud. La sueur est perceptible sur le corps de ses femmes battantes. Elles transpirent et essuient la sueur avant de continuer le travail. Difficile de répondre à la série de questions que j’ai prévues pour ces femmes qui forcent tout de même l’admiration dans leur travail. Le sentiment qu’éprouve un journaliste sur le terrain lorsqu’il n’a pas de réponses à ces questions est immense. Ce sentiment est partagé par mon complice dont le travail est justement de rendre compte en image  ce qui est dit dans l’article. Il finit par convaincre un groupe de femmes après avoir tendu un billet en guise de «cola » à ces dernières. Il pensait que le tour est joué. Ah non! Parce qu’elles ne sont pas convaincues de l’utilisation qu’il allait faire de leurs images. Au finish, il réussit malgré tout à arracher quelques images. Selon Mami Seydou, une ancienne décortiqueuse d’arachide que nous avons trouvée avec quelques membres du groupement féminin « tchétchin bonsé », l’activité est pénible. A l’époque, le travail était mal rémunéré. Le sac de 100 kg d’arachide était décortiqué à seulement 150 FCFA. Mais maintenant, l’activité est attrayante parce que la rémunération est revue à la hausse, soit 500 FCFA pour chaque sac décortiqué. ‘’ J’ai abandonné ce travail à cause du manque de machine. Celle-ci est en panne il y a  de cela 10 ans. En plus, il n’y a pas un endroit approprié pour notre travail. Le lieu dans lequel les femmes exercent actuellement ce travail appartient à l’Etat. On peut les chasser à tout moment. La preuve, nous avons quitté  trois endroits avant d’arriver à la place actuelle. Chaque fois, on nous fait déguerpir. Elles sont en train de chercher  un endroit fixe jusque là. L’activité est compliquée si la personne n’a pas la machine de décorticage. Avec une machine, toute celle qui est se bat peut décortiquer jusqu’à 10 sacs. Souvent, celle qui n’avait pas eu de contrat, travaillait avec son amie de telle sorte qu’on formait une équipe solidaire. L’essentiel est que chacune ait une petite somme au cours de la journée.

 

Le quartier Sirimbey : l’épicentre de la transformation de l’arachide

 

Dans la cité des Djermakoye, le quartier Sirimbey est considéré comme étant le quartier général de la pâte d’arachide, de l’huile et du tourteau dont la qualité est reconnue aussi bien par les dossolais que tous les clients qui en consomment. Sous un arbre, la présidente du groupement féminin « tchétchin bonsé », Fati Maiguizo, est assise sur son tabouret avec quelques membres du groupement. Les bidons d’huile d’arachide sont méticuleusement classés en attendant l’arrivée des clients. A côté de ces bidons, un certain nombre de sceaux hermétiquement fermés sont remplis de pâte d’arachide. Ici, il est proposé aux clients plusieurs types de récipients allant d’une simple boîte à tomate aux sceaux en caoutchouc. La présidente du groupement affirme avoir débuté cette activité depuis l991. ‘’Je suis à la tête de ce groupement il y a de cela trois (3) ans. Gérer un groupe de femmes est certes difficile, mais  nous faisons de notre mieux avec la patience. Chaque femme va au marché, achete l’arachide pour la transformer. A l’époque, nous disposions de terres pour cultiver l’arachide. Maintenant, les champs sont vendus. Il n’existe pas de champs de culture à proximité de la ville de Dosso. Nous sommes obligées de nous rendre aux marchés hebdomadaires de Mokko et de Kargui-bangou pour acheter les sacs d’arachide auprès des productrices et producteurs. La particularité du groupement féminin «tchétchin bonsé » réside dans le sérieux au travail. Quelque soit l’activité qu’on fait au monde, il faut se dire qu’un jour, on sera appelé à rendre  compte devant Dieu. Il ne sert à rien de tromper un client parce qu’un jour ou l’autre, on répondra. C’est pourquoi, je ne mélange jamais cette huile d’arachide à une autre. J’attire toujours l’attention de mes collègues par rapport à l’hygiène et surtout de ne jamais tricher. Je crois bien qu’elles ont suivi mes conseils parce que beaucoup de clients préfèrent venir à acheter la pâte d’arachide, l’huile et le tourteau ici. C’est la preuve que ces clients sont contents de nos produits ’’, a relevé la présidente du groupement.

Après le décorticage, il faut passer à l’étape suivante du processus de transformation de l’arachide. Cette étape consiste à griller les graines d’arachide à l’aide d’une machine dédiée à cet effet. Une fois que les graines sont soigneusement grillées, on commence à séparer la couverture rouge de la graine avant de passer à la machine. Cette dernière va transformer les graines blanches en pâte. Par ailleurs, pour extraire l’huile et le tourteau, il y a là aussi tout un procesus. Lorsqu’on a la farine, celle-ci est mise dans un mortier, puis on verse un peu de l’eau chaude dedans. Avec un pilon, on commence à malaxer rapidement la solution jusqu’à ce qu’on ait l’huile et le tourteau. ‘’J’ai acheté ma machine à 22.500 FCFA, il y a belle lurette. Elle est même vieille maintenant. Les autres membres du groupement et moi, nous souffrons énormément du manque de matériels de travail. Nos machines sont actuellement vétustes. Les prix de la pâte d’arachide varient en fonction des récipients. Il y a pour 750 FCFA ; 2.000 ; 2500 ; 3.000  jusqu’à 5.000 FCFA. Quant au tourteau, le groupement vend 100 unités à 400 FCFA. S’agissant de l’huile, elle est mise dans des bidons de 5 L et 10 L. Le bidon de 5 L se vend à 6.000 F, tandis que celui de 10 L coûte 12.000 FCFA. Celui ou celle qui veut acheter un litre, doit débloquer 1.100 FCFA ’’, a-t-elle expliqué.

La transformation de l’arachide est une activité transmise de génération en génération dans ce groupement féminin. C’est l’exemple de Réki Billo qui affirme avoir appris cette activité depuis sa tendre enfance aux côtés de sa maman. Avec une expérience d’au moins trente (30) ans, Réki sillonne les marchés hebdomadaires du département de Dosso pour acheter les sacs d’arachide. Aux marchés de Mokko et de Kargui-bangou par exemple, le sac de 100 kg d’arachide coûte actuellement 11.000FCFA. ‘’ Notre groupement comporte un certain nombre de valeurs qui fondent la vie en société. Ces valeurs sont entre autres : la solidarité, l’entraide, etc. Ce travail nous permet de subvenir à nos besoins personnels et ceux de la famille. Si la récolte de l’arachide est bonne, on peut extraire 10 à 11 L d’huile sur chaque sac de 100 kg. S’agissant de la pâte d’arachide, on peut obtenir sur un sac d’arachide 28 à 30 boîtes à tomate. C’est pourquoi, nous demandons à l’Etat et aux bonnes volontés de nous venir en aide par rapport aux matériels de travail, surtout les machines ; des charrettes pour transporter l’arachide. Nous avons certes reçu une seule fois de l’aide de la part de la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant. C’est une machine de décorticage. Elle est maintenant amortie parce qu’elle tombe régulièrement en panne. Notre souhait le plus ardent est d’avoir aussi des appuis financiers pour acheter la matière première afin que nous puissions faire des stocks pour s’assurer de la continuité du travail avec un bénéfice lorsque nous allons vendre le produit transformé’’, a précisé Mme Bello Reki. Les clients de ce groupement proviennent aussi bien de la région de Dosso que celles d’autres régions. Mieux, certains voyageurs sur Maradi, Zinder, Tahoua ou Agadez font régulièrement escale à Dosso pour acheter soit de la « pâte d’arachide », de l’huile ou du tourteau à cause de la qualité des produits transformés.

 

Hassane Daouda, Envoyé Spécial (onep)



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