Reggane : les irradiés du Sahara

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En février 1960, la France réalisait son premier essai atomique sous le nom de code “Gerboise bleue”. Suivirent, jusqu’en 1966, trois autres essais atmosphériques et 13 essais souterrains dans le Hoggar, avec des conséquences sur l’homme et l’environnement désastreuses. Plus de 60 ans après, les séquelles sont toujours visibles et les victimes ont du mal à se faire entendre. Nos reporters ont enquêté sur les deux rives de la Méditerranée, auprès des anciens appelés du contingent français, qui se battent pour être indemnisés, mais aussi des populations civiles algériennes, qui se sentent abandonnées à leur sort.

Le 13 février 1960, lorsque le premier essai nucléaire français en Algérie retentit à Hamoudia, près de l’oasis de Reggane, l’Algérie marche déjà de façon inéluctable vers l’indépendance. Mais dans les accords d’Évian, signés en mars 1962, les négociateurs français arrachent la possibilité de maintenir des installations militaires sur le territoire pour procéder à des essais jusqu’en 1966, bien après l’indépendance.

Les 17 expérimentations nucléaires auxquelles la France procédera au total vont avoir un impact catastrophique sur les appelés français, les populations civiles locales mais aussi l’environnement, jusqu’à des centaines de kilomètres autour des sites concernés.

Bombes fatales

Depuis plusieurs années, les appelés français se battent pour obtenir réparation, soutenus notamment par l’Aven, l’Association des vétérans des essais nucléaires. Beaucoup ont développé des maladies radio-induites, d’autres ont péri sans savoir que leur exposition à la bombe leur avait été fatale.

En 2010, la loi Morin est venue faciliter leur indemnisation. Cette loi concerne aussi des populations du Sahara qui, souvent, ne savent même pas qu’elles peuvent être indemnisées. Et lorsqu’elles tentent de le faire, leurs dossiers sont fréquemment retoqués, faute de preuves et de documents.

Du matériel radioactif enfoui à la hâte

En quittant l’Algérie, l’armée française a enfoui à la hâte du matériel hautement radioactif utilisé dans la région de Reggane lors des premiers essais.

Dans le massif du Hoggar, autre zone où la France a procédé à des essais, certains sites ont été fortement contaminés, notamment après l’échec du tir Béryl, en mai 1962.

Déclassification des documents

La question des essais nucléaires est centrale dans le dossier mémoriel entre la France et l’Algérie. La déclassification de documents secret-défense permettrait de mieux appréhender les effets des expérimentations nucléaires sur les hommes et l’environnement. Mais pour cela, il faudra légiférer et abroger une loi de 2008 qui a rendu incommunicables certaines archives liées aux armes de destruction massive.

Aujourd’hui, les autorités algériennes réclament les positions de ces déchets radioactifs et invitent la France à participer à la décontamination des sites.



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