Rencontre historique entre le pape François et le grand ayatollah Ali Sistani

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Le pape François a rencontré à Najaf, au deuxième jour de sa visite en Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, figure de l’islam chiite et en Irak. Ce dernier a affirmé que les chrétiens d’Irak devaient “vivre en paix et en sécurité”.

Le grand ayatollah Ali Sistani, référence religieuse de la plupart des chiites d’Irak et du monde, a affirmé au pape François, samedi 6 mars, que les chrétiens d’Irak devaient “vivre en paix et en sécurité” et bénéficier de “tous les droits constitutionnels”.

Avec cette rencontre religieuse au sommet, l’une des plus importantes de l’histoire, le pape argentin voulait tendre la main à l’islam chiite mais aussi porter la cause des chrétiens d’Irak – 1 % de la population dans ce pays musulman – qui se disent régulièrement victimes de discrimination.

Le grand ayatollah Ali Sistani, 90 ans, plus haute autorité religieuse de nombreux musulmans chiites d’Irak et d’ailleurs, a reçu le pape François dans sa modeste maison de la ville sainte chiite de Najaf, à 200 km au sud de Bagdad.

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Les deux hommes se sont entretenus pendant près d’une heure pour une visite “privée”, deux ans après que le pape François a signé avec le grand imam d’Al-Azhar, institution de l’islam sunnite en Égypte, un “document sur la fraternité humaine”.

Ni la presse ni d’autres invités n’ont assisté à ce huis clos qui a débuté à 6 h GMT mais l’ajout de cette étape au programme papal est déjà une source de fierté pour de nombreux chiites dans un pays qui va depuis 40 ans de conflits en crises, en passant par une guerre civile meurtrière entre musulmans chiites et sunnites.

“Nous sommes fiers de ce que représente cette visite (…), elle va donner une autre dimension à la ville sainte”, se félicite auprès de l’AFP le clerc chiite Mohammed Ali Bahr al-Ouloum.

Garant de l’indépendance de l’Irak

À sa descente d’avion, le souverain pontife a pu lire l’immense appel au dialogue placardé sur l’aéroport pour sa venue.

“Les hommes sont de deux sortes : soit vos frères dans la foi, soit vos égaux en humanité”, assure la banderole, citant l’imam Ali, gendre du prophète Mahomet et figure fondatrice du chiisme enterré dans la ville sainte.

Le grand ayatollah Ali Sistani est la plus haute autorité pour la majorité des 200 millions de chiites du monde – minoritaires parmi les 1,8 milliard de musulmans. Son unique rival religieux est le Guide suprême iranien, le grand ayatollah Ali Khamenei.

>> À lire : Pape François en Irak : une visite “cruciale” après “30 ans de descente aux enfers”

De nationalité iranienne, le grand ayatollah Sistani se pose depuis des décennies en garant de l’indépendance de l’Irak et dirige une école théologique qui prône le retrait des religieux de la politique – ils doivent seulement conseiller – au contraire de l’école de Qom en Iran.

“L’école théologique de Najaf est plus laïque que celle de Qom, davantage religieuse”, rappelle le cardinal espagnol Miguel Angel Ayuso, président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Najaf, ajoute-t-il encore, “accorde plus de poids à l’aspect social”.

Des mots toujours savamment soupesés

Le grand ayatollah a d’ailleurs pesé de tout son poids pour faire tomber le gouvernement qu’ont conspué durant des mois, en 2019, de jeunes manifestants fatigués de voir leur pays s’enfoncer dans la corruption et la gabegie.

Le pape et le grand ayatollah sont deux personnalités religieuses qui font régulièrement des commentaires politiques. Mais tous deux soupèsent savamment leurs mots.

>> À voir : L’Irak se prépare à la visite du pape François

Une nouvelle fois, le pape a parsemé son discours aux autorités irakiennes d’allusions à la situation du pays, pris en étau entre ses deux grands alliés américain et iranien. “Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale”, a ainsi lancé François.

La visite du pape – sous très haute sécurité – se déroule aussi sur fond de confinement total avec plus de 5 000 contaminations par le Covid-19 chaque jour. Si le pape a été vacciné avant son voyage, le bureau du grand ayatollah n’a pas fait état de telles mesures.

Après Najaf, François doit continuer son parcours vers le sud, à Ur, ville antique où selon la tradition est né le patriarche Abraham. Là, il priera avec des dignitaires chiites, sunnites, yazidis et sabéens.

Le programme du pape François

Le programme du pape François en Irak est ambitieux : Bagdad, Najaf, Ur, Mossoul, Qaraqosh, Erbil. De vendredi à lundi, il parcourra 1 445 km dans un pays marqué par des tensions irano-américaines toujours latentes et un nombre record de contaminations au Covid-19. Le trajet se déroulera en voiture blindée et sans bain de foule alors que l’hélicoptère ou l’avion du pape survolera parfois des zones où sont encore présents des jihadistes de l’organisation État islamique. Les Irakiens devront le suivre à la télévision.

  • L’évêque de Rome commencera vendredi à Bagdad par un discours devant les dirigeants du pays, abordant les difficultés sécuritaires ou économiques que subissent les 40 millions d’Irakiens. La situation de la minorité chrétienne sera sûrement évoquée.
  • Il sera ensuite reçu samedi dans la ville sainte de Najaf par le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour de nombreux chiites d’Irak et du monde.
  • Le pape se rendra ensuite dans la cité antique d’Ur, le lieu de naissance, selon la Bible, du patriarche Abraham, personnage commun aux trois religions monothéistes. Il y priera avec des musulmans, des Yazidis et des Sanéens (monothéismes préchrétiens).
  • François poursuivra son voyage dimanche dans la province de Ninive (nord de l’Irak), le berceau des chrétiens d’Irak. Il se rendra à Mossoul et Qaraqoch, deux villes marquées par les destructions du groupe État islamique.
  • Le souverain pontife présidera dimanche une messe en plein air, en présence de milliers de fidèles, à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Ce bastion kurde musulman avait ouvert grand ses portes aux centaines de milliers de chrétiens, Yazidis et musulmans fuyant les jihadistes.

Avec AFP



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