Sommet du G5 Sahel: engagements à Nouakchott pour maintenir l’élan amorcé à Pau (Communiqué final)

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A l’invitation du président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, président de la République islamique de Mauritanie, les chefs d’État des pays membres du G5 Sahel et le président de la République française se sont réunis mardi à Nouakchott, avec un en vue de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route établie lors du sommet de Pau (France) du 13 janvier 2020, et d’évaluer la situation au Sahel.

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Le sommet s’est terminé par un communiqué final qui résume les principales décisions prises à Nouakchott et dont le contenu complet est le suivant:

“1. À l’invitation de SEM Mohamed Cheikh El GHAZOUANI, Président de la République islamique de Mauritanie, Président en exercice du G5 Sahel, des chefs d’État des pays membres du G5 Sahel et du Président de la République française s’est réuni aujourd’hui, 30 juin 2020, à Nouakchott, afin de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route convenue lors du Sommet de Pau (France), le 13 janvier 2020, et d’évaluer la situation au Sahel.

2. Les chefs d’État suivants étaient présents à ce sommet:

– S.E. Emmanuel MACRON, président de la République française;

– S.E.M. Idriss DEBY ITNO, président de la République du Tchad;

– S.E. Issoufou MAHAMADOU, président de la République du Niger;

– S.E.M. Ibrahim Boubacar KEITA, président de la République du Mali;

– S.E.M. Roch Marc Christian KABORE, président du Burkina Faso.

– S.E.M. Pedro SANCHEZ, président du gouvernement du Royaume d’Espagne;

3. Le Sommet a enregistré la participation de:

– S.E. Moussa Faki MAHAMAT, Président de la Commission de l’Union Africaine;

– S.E. Mme Louise MUSHIKIWABO, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie.

4. Les personnes suivantes ont également participé au Sommet, par vidéoconférence et par vidéo enregistrée:

– S.E. Charles MICHEL, président du Conseil européen;

– S.E. Mme Angela MERKEL, chancelière de la République fédérale d’Allemagne;

– S.E.M. Giuseppe Conte, président du Conseil des ministres de la République italienne; – S.E. Antonio GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies.

5. Ce sommet marque une nouvelle étape dans le suivi des engagements communs pris à Pau. Elle s’inscrit dans un contexte international marqué par des évolutions majeures, notamment la persistance des attentats terroristes au Sahel et la détérioration de la situation sécuritaire en Libye, avec de réels risques pour la stabilité au Sahel et dans la sous-région. Cette stabilité est également mise à l’épreuve par la pandémie de COVID-19, dont l’impact économique et social se fait déjà cruellement sentir.

6. Au-delà de son lourd équilibre humain et sanitaire, la pandémie affecte gravement les économies des pays déjà fragiles du G5 Sahel, avec un risque de forte contraction du produit intérieur brut (PIB) pouvant aller, pour certains États, de 7% à 8% en 2020. L’organisation physique de ce sommet dans de telles circonstances est en soi une preuve de résilience et de persévérance face à cette crise sans précédent. Tout en réaffirmant leur détermination à déployer tous les moyens nécessaires pour vaincre ce fléau, les chefs d’État expriment leur solidarité avec les familles en deuil et adressent leurs vœux de prompt rétablissement à tous les malades.

7. Tout en remerciant tous les partenaires qui ont déjà manifesté leur soutien aux plans d’intervention élaborés par les pays du G5 Sahel, les chefs d’État du G5 Sahel ont saisi cette occasion pour renouveler leur appel à l’annulation de la dette extérieure des pays du G5 Sahel, tel que formulé dans la «Déclaration de Nouakchott sur la pandémie COVID-19», issue de la session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État du G5 Sahel le 27 avril 2020.

8. Examinant la mise en œuvre de la Feuille de route de Pau, en lien avec l’évolution de la situation dans la zone du G5 Sahel, les chefs d’État ont salué les efforts déployés par tous les acteurs aussi bien les États sahéliens que leurs partenaires internationaux. Ils ont rendu un vibrant hommage aux victimes civiles et militaires des conflits en cours au Sahel. Les chefs d’État du G5 Sahel ont rappelé que les allégations d’abus par des éléments des forces de défense et de sécurité feront l’objet d’une enquête et, si les faits sont prouvés, de sanctions exemplaires.

9. Les chefs d’État ont salué le lancement officiel de la «Coalition pour le Sahel» le 28 avril, dans le cadre d’une vidéoconférence entre l’Union européenne et le G5 Sahel, et la tenue de la première réunion ministérielle de cette coalition, le 12 juin 2020. Ils se félicitent de la forte participation de tous les partenaires du G5 Sahel à cette réunion, et appellent à la consolidation de ladite Coalition, ainsi qu’à la détermination de son architecture et de ses outils de gouvernance, en étroite collaboration avec l’Exécutif du G5 Sahel Secrétariat.

10. La lutte contre le terrorisme se poursuit avec détermination et une meilleure cohérence globale.

Les chefs d’État du G5 Sahel ont salué l’engagement de personnel supplémentaire de la force Barkhane au cours des six derniers mois et l’opérationnalisation du mécanisme de commandement conjoint facilitant la coordination entre la force conjointe G5 Sahel et la force Barkhane. Ils se sont félicités de la reprise des opérations soutenues dans la région des Trois frontières, des succès enregistrés par les forces nationales, la Force conjointe et les forces internationales. De plus, ils se sont félicités de la neutralisation du chef d’AQMI le 3 juin 2020 dans la région de Tessalit par Force Barkhane et ses alliés.

Les chefs d’État ont une nouvelle fois salué le succès de l’opération éclair “La colère de Boma” dans la région du lac Tchad, en avril 2020, contre les factions de Boko Haram qui imposent un autre front au Tchad et au Niger, méritant également l’attention de la communauté internationale.

Les chefs d’État se félicitent également de l’adoption par la CEDEAO d’un plan d’action prioritaire 2020-2024 pour éradiquer le terrorisme dans la région de la CEDEAO, encouragent sa mise en œuvre effective et se félicitent des consultations avec les parties prenantes. Dans le même temps, les chefs d’État apprécient grandement, dans le cadre de ce plan d’action, le soutien au Mali, au Burkina Faso et au Niger, afin de participer à la sécurisation des trois frontières de la zone de Liptako.

Les chefs d’État ont néanmoins constaté la persistance d’un second front dans la zone du lac Tchad, au Niger et au Nigéria, et un renforcement des capacités terroristes locales dans ces zones, remettant en cause les résultats obtenus lors de l’opération “Colère de Boma”. Ils ont également noté la propagation de la menace terroriste en Côte d’Ivoire, à la suite de la récente attaque de la garnison ivoirienne à Kafolo.

Les chefs d’État se sont déclarés préoccupés par la propagation de la menace terroriste dans la sous-région et ont souligné l’urgence d’une action collective et énergique pour l’éradiquer.

Les chefs d’État ont noté avec satisfaction la revitalisation progressive du cadre d’échange, d’analyse et d’utilisation coordonnée des informations, à travers le processus d’institutionnalisation des plateformes de coopération en matière de sécurité nationale (PCMS).

11. Le renforcement des capacités militaires des États se poursuit et demeure crucial.

Les chefs d’État ont salué l’engagement et le rôle décisif de l’Union européenne dans les domaines du conseil, de la formation, des équipements et des infrastructures. Ces efforts sont valorisés et rendus cohérents dans le cadre du Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel (P3S).

Tout en se félicitant de l’engagement et des contributions d’autres partenaires, notamment des États-Unis, les chefs d’État ont souligné la nécessité de poursuivre et de renforcer le soutien matériel des Forces de défense et de sécurité des États membres du G5 Sahel et de la Force conjointe. Ils ont également encouragé l’élargissement et la diversification des activités de soutien de tous les partenaires à tous les pays membres du G5 Sahel, y compris la formation, en fonction des besoins et des spécificités de chacun.

12. Le retour de l’État et des administrations dans les zones fragiles est en cours.

Les chefs d’État ont pris note du redéploiement progressif des administrations et du retour de certaines personnes déplacées vers leur lieu d’origine, au profit d’opérations de sécurité. Ils ont noté que des efforts restent à faire, non seulement pour le retour effectif des populations, mais aussi pour la mise en œuvre de programmes de développement, entravés ou retardés par la survenue de la pandémie de coronavirus.

Ils ont souligné l’importance de mener, dans les meilleurs délais, des initiatives aux niveaux régional, national et local, en faveur du dialogue intercommunautaire, de la réconciliation et du traitement des questions de fond sur le partage des ressources ou les litiges fonciers.

Les chefs d’État soutiennent l’engagement permanent et multiforme de l’Union européenne par le biais de missions de renforcement des capacités des forces de sécurité intérieure (EUCAP), en partenariat avec les agences des Nations Unies, en particulier l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme Droits de l’Homme (HCDH), et estiment que cet engagement doit être renforcé pour tous les pays du G5 Sahel.

13. La mobilisation des ressources pour le développement de la zone G5 Sahel se poursuit.

Tout en saluant les efforts consentis jusqu’à présent par certains partenaires, les chefs d’État rappellent l’importance du programme d’investissement prioritaire (PIP) pour les populations du Sahel et pour la lutte contre le terrorisme et invitent la communauté internationale à débloquer tous les fonds promis à le sommet de Nouakchott le 6 décembre 2018.

Les chefs d’État ont également salué la mise en place d’une approche territoriale intégrée conforme au Cadre d’action prioritaire intégré (CAPI) du G5 Sahel, adopté lors du sommet de février 2020 à Nouakchott, et ont appelé à sa mise en œuvre diligente.

En outre, les chefs d’État se sont félicités de la nouvelle dynamique induite par la tenue de l’Assemblée générale de l’Alliance du Sahel le 25 février 2020 à Nouakchott, et se sont félicités de la poursuite de la mise en œuvre des projets du Programme de développement d’urgence (PDU) par le Alliance du Sahel.

Conscients que la crise au Sahel est également un enjeu de développement, les chefs d’État se sont félicités de la tenue, le 16 juin 2020, de la réunion des ministres en charge du développement des pays membres du G5 Sahel qui a examiné l’exécution de la PÉPIN. Ils ont chargé lesdits ministres d’accélérer la mise en œuvre des programmes de développement, en coordination avec les partenaires du G5 Sahel.

14. Tout en saluant la dynamique positive engagée, les chefs d’État ont souligné la nécessité d’intensifier la lutte sur tous les fronts des forces nationales et internationales contre les groupes terroristes et ont appelé à la poursuite de la mise en œuvre de la feuille de route de Pau et du plan d’action du G5. Force conjointe du Sahel.

À cet égard, les chefs d’État ont renouvelé leur engagement de ne tolérer aucune violation des droits de l’homme et de respecter le droit international humanitaire. À cette fin, ils se sont engagés à renforcer la judiciarisation des champs d’opérations, notamment en poursuivant la montée en puissance de la composante prévôt des armées nationales et de la Force conjointe, et l’adhésion de l’ensemble de la défense et de la sécurité au cadre de respect des Droits de l’Homme .

15. Les chefs d’État du G5 Sahel ont plaidé pour un engagement militaire accru de la communauté internationale dans la lutte mondiale contre le terrorisme au Sahel. Ils ont exprimé leur gratitude pour le soutien crucial apporté par la France et les États-Unis, ainsi que celui de la MINUSMA au profit de la Force conjointe du G5 Sahel. Ils se sont félicités des perspectives de déploiement des premiers soldats de la Force Takuba à l’été 2020, d’une brigade de Grande-Bretagne en soutien à la MINUSMA en 2020 et d’un contingent de 3000 hommes de l’Union africaine. Ils se sont également félicités du renouvellement et du renforcement du mandat de la MINUSMA.

16. Conscients que l’action de la Force conjointe du G5 Sahel s’inscrit dans une perspective à long terme de lutte contre le terrorisme au Sahel, les chefs d’État du G5 Sahel se sont félicités des propositions faites par le Secrétaire Général des Nations Unies pour son renforcement et a réitéré leur demande de financement pérenne de la Force, ainsi que l’octroi d’un mandat en vertu du Chapitre VII de la charte des Nations Unies. Dans l’intervalle, ils se sont félicités de l’appui logistique fourni par la MINUSMA dans le cadre d’un mécanisme de financement coordonné par l’Union européenne, et ont demandé de nouvelles contributions pour soutenir l’action des forces nationales et régionales du G5 Sahel, afin qu’elles acquièrent leur autonomie et s’approprier la situation sur le terrain.

17. Les chefs d’État ont réitéré leur soutien à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Côté sécurité, ils se sont félicités de la reprise du processus de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) et du retour des premières unités des Forces armées maliennes reconstituées (FAMAR) dans le Nord, qui reste cependant à finaliser à Kidal. S’agissant des aspects politiques, institutionnels et du développement, ils ont noté des progrès significatifs mais insuffisants et ont appelé à la poursuite des efforts des différentes parties.

Les chefs d’État ont également salué l’initiative de la CEDEAO d’envoyer une mission ministérielle au Mali afin de trouver une solution pacifique à la situation préoccupante du pays. Ils condamnent toute violence et exhortent les parties au dialogue. En outre, ils encouragent la CEDEAO à poursuivre ses efforts pour parvenir à l’apaisement social indispensable à la mise en œuvre des réformes et à la lutte contre le terrorisme.

18. Les chefs d’État ont noté avec satisfaction la dynamique positive du G5 Sahel dans la mise en œuvre de la stratégie de développement et de sécurité (SDD) et la perspective de l’issue de la réforme du Secrétariat exécutif du G5 Sahel en 2020.

19. Les chefs d’État ont exprimé leur profonde gratitude à SEM Mohamed Cheikh El GHAZOUANI, président de la République islamique de Mauritanie, au gouvernement et au peuple mauritanien pour la généreuse hospitalité, l’accueil authentiquement africain et l’attention qu’ils ont accordée ont été soumis tout au long de leur séjour à Nouakchott. Ils l’ont également félicité pour l’important dispositif mis en place pour protéger les participants dans ce contexte de pandémie de Covid-19.

20. Le prochain sommet se tiendra en 2021 dans un pays du G5 Sahel. La Coalition Sahel y sera associée. Le suivi des engagements comprendra les ministres en charge du développement en plus de ceux des Affaires étrangères et de la Défense.

Fait à Nouakchott, le 30 juin 2020.





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