statistiquement, l’OL pourrait-il vraiment se qualifier pour l’Europe?

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En droit, un cas particulier existe: la perte de chance, la perte. Cette situation permet que lorsqu’un individu est victime d’un dommage, “d’un dommage à un bien immobilier”, considéré comme indépendant de sa volonté, il puisse demander réparation. Il a perdu “la chance potentielle de recevoir un intérêt”.

Par exemple, lorsqu’une personne doit réussir un examen ou un entretien d’embauche mais qu’une manifestation bloque la circulation et l’empêche de se présenter, elle a le droit de faire appel pour perte de chance. Il aurait pu réussir mais il n’a pas eu la chance d’essayer.

La perte de chance perdue appliquée au football

C’est précisément ce que Jean-Michel Aulas veut évoquer devant les tribunaux. Le président de l’OL veut s’attaquer à la décision de la LFP de clore définitivement la saison 2019-2020. Selon lui, son club n’aurait pas pu se qualifier pour l’Europe et risquerait de lourdes pertes économiques.

Sur les dix jours restants, il y avait une chance, une probabilité, que Lyon termine au moins 6e, synonyme de qualification en Ligue Europa. Et cette chance n’a pas pu être saisie, elle constitue un préjudice pour le club.

Seulement, comment garantir et certifier ce potentiel? Comment défendre l’idée même d’une chance ou d’une probabilité de qualification en Europe? Dans la ligue sur des matchs qui n’ont pas eu lieu, qui n’ont pas été joués?

La science au service des résultats

Sur ce point, Aulas sort l’argument de la science et cite des études scientifiques démontrant les probabilités données à Lyon de terminer entre le 4e et le 6e carré. Il pense notamment à l’analyse de Stats Peform, citée par le journal L’Equipe, qui, sur la base des statistiques individuelles de chaque club, admet que l’OL a 12,5% de chances de terminer 6e et jusqu’à 22,7% pour atteindre 4e carré.

En moyenne, sur plus de 10 000 simulations, ce modèle place Lyon au 5e carré. Soit une qualification européenne. Des dommages “légitimes, directs et certains” existeraient donc.

Le seul problème avec les chiffres, ce que vous pouvez leur faire dire n’importe quoi. Parce que le football reste bercé par une glorieuse incertitude et que, malgré les forces en jeu, les lois statistiques et le poids de l’histoire, tout peut arriver.

Rappelons que les chiffres avaient donné au Paris Saint-Germain 100% de chances de se qualifier alors qu’en 2017, il avait battu le Barça 4-0 lors des huitièmes de finale de la Ligue des champions. Rappelons que les statistiques ont fait de l’OM le grand perdant quand il était 4-0 contre Montpellier en août 1998.

L’incertitude du football

Rien n’est prévisible à l’avance dans le football et même les «études scientifiques» sont contradictoires. En effet, si nous nous intéressons maintenant non pas aux statistiques probabilistes mais aux statistiques historiques, on constate que, depuis 1993, une équipe classée 7e à dix jours de la fin n’a eu qu’une évolution moyenne négative de 0,88 place et, dans 61% des cas, sur 26 saisons, il a terminé 7e ou pire le dernier jour. Un lieu de 6e n’est arrivé que six fois, une fois 5e et deux fois 4e, pendant les saisons 2005-2006 (Lens) et 1999-2000 (Bordeaux).

Au final, quels que soient les chiffres, quel que soit le travail académique, rien n’est décidé d’avance et le football reste une science inexacte. Oui, Lyon a eu la chance de se qualifier en Europe et a donc le droit de demander réparation. Mais dire cela, c’est aussi reconnaître qu’il avait aussi le risque de faire moins bien, si le championnat était terminé, et de finir au-delà du 7e carré.

Comment donc calculer les dégâts? Un juge doit décider objectivement. Souhaitons lui bonne chance.





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