un “coup de pied dans la fourmilière”

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La mort mercredi du chef d’Aqmi, Abdelmalek Droukdal, dans le nord du Mali, lors d’une opération française, est “un bon résultat” mais “ne résout pas le problème du Sahel”, a indiqué un spécialiste de la région.

Il a été l’un des principaux dirigeants de la nébuleuse islamiste sahélo-saharienne pendant vingt ans, la mort du chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal, est un “coup de pied dans la” fourmilière djihadiste ” dont l’impact reste à déterminer.

Tout a été très rapide mercredi soir 3 juin dans la zone d’Oued (lit de la rivière) d’Ourdjane, à deux kilomètres au sud du village de Talhandak, dans la vaste étendue désertique de l’extrême nord du Mali.

Les circonstances de l’opération

Situé à 80 km à l’est de Tessalit à vol d’oiseau et à 20 km de la frontière algérienne, l’oued a accueilli “une réunion” entre les chefs Aqmi, selon une source locale interrogée par l’AFP. Cet oued, loin des habitations, est un endroit où les animaux des éleveurs de la région boivent, selon la même source.

En début de soirée, “entre 18h et 21h” (heure locale et GMT), a expliqué à l’AFP un habitant, “il y a eu une grève et des combats” dans cet oued. Il dit: une grève contre un véhicule, “suivie de l’intervention d’une demi-douzaine d’hélicoptères et d’hommes au sol”.

Parmi les djihadistes tués: Abdelmalek Droukdal (également orthographié Droukdel), le chef d’Aqmi, mais aussi, selon l’état-major français, Toufik Chaib, “un officier supérieur aqmi chargé de la coordination et de la propagande de cette organisation terroriste”.

Un autre “djihadiste a préféré se rendre sans combattre” et a été arrêté, a déclaré le colonel Barbry. Le résident évoque le même bilan: deux morts et un prisonnier.

La région de Talhandak, carrefour des transporteurs routiers qui y attendent parfois plusieurs semaines pour l’ouverture de la frontière avec l’Algérie, “est un foyer de trafic de migrants” au Sahara, selon un membre du groupe d’experts des Nations unies au Mali rejoint par l’AFP.

Quelles conséquences dans la lutte anti-djihadiste au Sahel?

Cette opération, réalisée avec des renseignements en provenance des États-Unis, selon l’armée américaine, est un djihadiste “coup de pied dans la fourmilière”, explique à l’AFP Denis Tull, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à l’IRSEM (Institut de recherche stratégique des écoles militaires) à Paris.

Mais, pense-t-il, “nous ne résoudrons pas les problèmes uniquement en coupant des têtes. Il est très bon de neutraliser certains dirigeants, cela affaiblira les structures dans une certaine mesure mais nous avons vu pour d’autres raisons que la décapitation des chefs n’a jamais été suffisante. ”

Parce qu’Abdelmalek Droukdal est loin d’être le seul leader djihadiste au Sahel: la région, endeuillée depuis 2012 par des violences qui ne cessent de s’aggraver, est le domaine d’intervention de plusieurs groupes djihadistes.

Il y a d’abord le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM selon ses initiales en arabe), lié à Al-Qaïda, dont Aqmi est membre. Cette alliance formée en 2017 rassemble également d’autres groupes, dont les principaux sont Ansar Dine, dirigé dans le nord du Mali par Iyad Ag Ghaly, et la katiba Macina, fondée au centre du pays par Amadou Koufa.

“Cela ne résout pas le problème du Sahel”

Dans la zone dite des «trois frontières» entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali, un autre groupe est très présent: l’État islamique du Grand Sahara (EIGS, affilié à l’EI), dirigé par Adnan Abou Walid Sahraoui.

Depuis de nombreux mois, la violence est concentrée dans cette région des trois frontières, au Centre du Mali et à l’Est du Burkina Faso. “Sur le terrain, aujourd’hui, les groupes qui agissent le plus (ceux de Koufa et Sahraoui, Ndlr) ne sont pas sous la coupe de Droukdel”, note Ibrahim Maïga, de l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako.

“La position insurrectionnelle sera maintenue par ces groupes, même si la mort de Droukdel leur montre que personne n’est en sécurité, que Barkhane peut frapper dans leurs rangs”, a-t-il ajouté.

“C’est un beau résultat” mais “cela ne résout pas le problème du Sahel”, résume un expert anti-terroriste en France interrogé par l’AFP, sous couvert d’anonymat.

Parce que ces problèmes sont légion: attaques récurrentes souvent à dimension communautaire – au moins 26 villageois ont encore été tués vendredi dans le centre du Mali – problèmes politiques – suspicions de détournement de fonds au Niger, contestation croissante du pouvoir au Mali -, et accusations d’atrocités contre le national armées qui se multiplient. “Peut-être que tout cela pourrait éclipser cette mort”, observe Ibrahim Maïga.

Avec AFP





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